KASMAN Rebecca [née GAMEROW] alias MERCIER Irène

Par Daniel Grason

Née le 26 janvier 1911 à Wilne, Wilno, Vilnius (Biélorussie, Russie, Lituanie), morte après le 9 octobre 1985 à Paris ; ouvrière en fourrures ; communiste ; militante de la Main d’œuvre immigrée (M.O.I.).

Fille de Tolbias et de Chana, née Pajkin, Rebecca Gamerow vint vivre en France, elle épousa Borich Kasman. Un enfant naquit, la famille vivait 57 rue de Lancry à Paris (Xe arr.). Militante de la Main d’œuvre immigrée, elle fut interpellée dans son domicile de refuge avec son mari, 3 avenue des Chasseurs à Paris (XVIIe arr.). Lors de la chute d’une trentaine de militants de l’organisation dont celle d’Henri Krasucki quelques jours auparavant des listes de noms avaient été saisies lors des perquisitions domiciliaires.
Le 29 mars 1943, dans le domicile du couple Kasman les policiers de la BS2 découvraient des tracts du Parti communiste et une liste de souscription ainsi que la carte d’identité de Maurice Berkovitz accompagné d’un acte d’état civil au nom de Sorel. Rebecca était chargée de « laver » la pièce d’identité en faisant disparaître la mention « Juif ». Le 30 mars au matin, les policiers arrêtèrent Maurice Berkovitz.
Les militants de la M.O.I. étaient interrogés, brutalisés, parfois torturés dans les locaux du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine), puis par les hommes de la BS2 à la Préfecture de Police. Rebecca Kasman internée au camp de Drancy sous le matricule 1071 était le 18 juillet 1943 avec son mari Borich dans le convoi n° 57 de un millier de déportés à destination d’Auschwitz, 440 furent gazés dès l’arrivée au camp le 21 juillet. Elle fut affectée au bloc 10, celui des expériences gynécologiques.
En juillet 1944, Rebecca Kasman fut transférée avec d’autres déportées au camp de Birkenau où les détenues effectuaient des travaux de terrassement. Quand l’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945 il ne restait que 43 survivants dont 16 femmes, Rebecca Kasman matricule 50374 était parmi les seize survivantes.
Les 18 et 19 mars 1945, Lucien Bizoire, ex-commissaire principal de Puteaux, puis chef de la 3ème section des Renseignements généraux comparut devant la cour de justice. Il dégagea sa responsabilité sur la BS2, l’un de ses oncles, général, sous-chef d’État-Major certifia que son neveu était « tout ce qu’il y a de plus antiallemand », qu’il avait rendu des services à un réseau de résistance dont lui-même était membre.
Humour noir involontaire, un colonel, chef du 2ème bureau assura que Bizoire lui avait « fourni des renseignements sur la police française et allemande en ce qui concerne la répression des patriotes ».
Le Commissaire du gouvernement déclara que l’adjoint à la tête de la BS2, Pierre Gautherie : « Cent fois plus coupable » que Bizoire « a été gracié par le Général de Gaulle que je considère comme le premier Résistant de France ; je ne passerai pas outre, car il y aurait injustice et je demande une peine de travaux forcés à perpétuité ». Puis s’adressant à Bizoire, il lui lança : « Il faut que vous portiez le poids de votre châtiment jusqu’à votre dernier souffle ». Après délibération, la Cour condamna Lucien Bizoire à cette peine et à l’Indignité nationale.
Membre de la Jeunesse communiste, militant de la Main d’œuvre immigrée, Henri Krasucki déporté à Auschwitz, fut affecté dans un camp de travail dans les mines de charbon à Jawischowitz, il rentra à Paris le 28 avril 1945. Il témoigna dans le cadre d’une commission rogatoire sur l’activité de Lucien Bizoire. Il le reconnut sur photographie, déclara : « Il m’a brisé un nerf de bœuf sur les reins et a montré une satisfaction évidente en ajoutant même que j’avais les reins solides ». Il porta plainte contre Bizoire et une dizaine de tortionnaires.
David Diamant recueilli le 9 octobre 1985 le témoignage de Rebecca Kasman : « Notre destin était de servir de cobayes à la “science” nazie, cruelle et inutile, causant des souffrances et la mort » témoigna-t-elle. Elle a été homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déportée internée résistante (DIR). Survivante de la Main d’œuvre immigrée, Rebecca Kasman fut décorée Chevalier de la Légion d’honneur et la Médaille militaire avec palmes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173867, notice KASMAN Rebecca [née GAMEROW] alias MERCIER Irène par Daniel Grason, version mise en ligne le 11 juin 2015, dernière modification le 30 juin 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. PCF carton 14 rapports sur l’activité communiste pendant l’Occupation, KB 10, BA 1849. – Bureau Résistance GR 16 P 241360. – David Diamant, Par-delà les barbelés, 1986, p.264-265. –Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’Occupation, Éd. Perrin, 2001. – Site internet CDJC.

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