CARLIER Placide, Augustin

Par Daniel Grason

Né le 14 février 1896 à Prouvy, arrondissement de Valenciennes (Nord), mort de violences policières le 28 mai 1940 à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine) ; conducteur d’autobus de la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne (STCRP) ; communiste de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine).

Fils de Placide, François, journalier et de Adélaïde, née Bigayon, ménagère, Placide Carlier vint à Paris. Il épousa le 19 août 1919 Louise Ménager en mairie du XVIe arr. à Paris. Le couple demeurait 32 rue Albert-Caron à Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine), il travaillait dans une ville voisine comme chauffeur d’autobus au dépôt Charlebourg à La Garenne-Colombes. En mai 1940, il fut l’un des conducteurs chargé de conduire un camion de ravitaillement dans la zone des armées. Un incident se produisit le 17 mai, selon le chef du convoi : « Carlier » montra « une évidente mauvaise volonté », il refusa d’exécuter un ordre. Le chef du convoi Gaston P…, chef d’entretien à la STCRP fit effectuer une enquête. Il apparut que Placide Carlier était « un communiste notoire », il rédigea aussitôt un rapport à l’intention de la Direction.

Le 27 mai 1940 de la Brigade spéciale d’intervention (BSi) du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) interpellaient Placide Carlier à son domicile, lors de la perquisition domiciliaire, des tracts édités par le Parti communiste clandestin étaient saisis. Il fut inculpé d’infraction à l’article 75 du code pénal (rébellion).
Frappé, martyrisé par des membres de la BSi avec la participation du commissaire Lucien Bizoire. Le 28 mai 1940 au matin Placide Carlier, le visage tuméfié était enveloppé dans une couverture, placé dans la voiturette du commissariat était emmené à l’hôpital de la Maison départementale de Nanterre. Il y mourut, peut-être était-il déjà mort avant d’y arriver.

Une enquête de l’Inspection générale des services (IGS) eut lieu, trois gardiens de la paix témoignèrent courageusement des violences physiques exercées sur Carlier. Convoqués par un Juge d’instruction l’un Georges N… confirma sa déclaration.

Après la Libération les trois hommes furent auditionnés. Georges N…, Placide Carlier : « était frappé alternativement par messieurs Bizoire et F…, ce dernier répétait à chaque instant les paroles suivantes : “Tu vas causer Carlier, tu vas causer, fumier, où je te crève”. Et, dans une courte accalmie, où, il n’était pas frappé, j’ai entendu le sieur Carlier qui disait “Je vous jure que je suis innocent, j’ai dit toute la vérité, ne me tuez pas. J’ai des enfants”. À une heure cinquante du matin, un collègue vint chercher Georges N… ils remarquèrent que « Carlier était couché sur le dos, et que le Brigadier F… lui sautait à pieds joints sur le ventre en disant : “La vache, il n’a pas voulu causer, nous le reprendrons demain”. Carlier ne se plaignait plus de ces coups. » Un Brigadier demanda à Bizoire s’il fallait emmener Carlier à l’hôpital, celui-ci répondit « Je vous interdits formellement d’ouvrir la porte du violon, après notre départ, il n’y a qu’à le laisser crever ». (Déposition du 27 octobre 1944).

Le gardien Pierre L… écrivit : « d’autres détenus étaient frappés d’une manière par trop abusive ». Ces faits « étaient fréquents ». […] Le commissaire Bizoire ne tenait d’ailleurs pas, et pour cause, qu’un gardien accompagna un détenu au bureau où se faisaient les interrogatoires ». (Déposition du 3 novembre 1944). Convoqué par le Juge d’instruction, au moment des faits, il assura avoir reçu la convocation trop tard.

Le gardien Léon M… décrivit en des termes semblables le massacre de Placide Carlier devant l’IGS. Il reconnut que : « convoqué comme témoin par Monsieur le Juge d’Instruction Combeau […] je ne me suis pas présenté, ma déclaration pouvant encore me nuire ».

Le Brigadier-chef des gardiens de la paix de la BSi Louis F… qui martyrisa Placide Carlier sollicita le 30 juin 1943 sa réforme, il fit valoir ses droits à la retraite le 16 juillet 1943. Arrêté le 8 mars 1945, il comparut devant la commission d’épuration de la police, Louis F… s’était porté volontaire pour faire partie de la BSi. Tenant compte des nombreuses violences qu’il exerça sur des militants et résistants, la commission d’épuration le suspendit de sa pension de retraite à titre définitif.

En raison des violences qu’il exerça sur Placide Carlier et qui en mourut, Louis F… comparut le 6 juillet 1948 devant la Cour d’assise de la Seine, condamné à un an de prison… il fut immédiatement amnistié.

Les 18 et 19 mars 1945 Lucien Bizoire, ex-commissaire principal de Puteaux, puis chef de la 3ème section des Renseignements généraux comparut devant la cour de justice. Il était responsable de la mort de treize résistants communistes de la région ouest de la région parisienne qui furent fusillés. Le Commissaire du Gouvernement déclara : « L’affaire Carlier nous démontre que les sévices ont été exercés dans le mois de mai 1940 ». Il ajouta aussitôt : « Cependant, je ne retiendrai pas cette affaire, la Cour de Justice n’étant compétente que pour les affaires postérieures au 18 juin 1940 ».

« Il s’agit de démontrer si les sévices et les brutalités exercées par Bizoire étaient faits dans le but de rendre service à l’ennemi. Je ne retiendrai pas les affaires faites entre Juin 1940 et Juin 1941, parce que, si pendant cette période les communistes attaquaient les nazis, ils attaquaient les capitalistes anglo-saxons ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173945, notice CARLIER Placide, Augustin par Daniel Grason, version mise en ligne le 14 juin 2015, dernière modification le 24 mars 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. KB 10, KB 42, KB 85, BA 1849. – Arch. Dép. du Nord. Page 494, acte n°7.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément