LAFFARGUE Sylvain [surnom : Camille]

Par Gilles Pichavant

Né le 15 juin 1889 à Mont-de-Marsan (Landes) ; chauffeur mécanicien, ajusteur ; syndicaliste CGT ; socialiste, adhérent au Comité de la 3e internationale ; cheminot révoqué des chemins de fer en 1920.

Le 15 juin 1889, Sylvain Laffargue naquit à Mont-de-Marsan (Landes), fils d’Armand et de Catherine Dabadie, boulangers. Le 14 mars 1911, il se maria avec Anna Marty à Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime). En 1920 ils avaient un fils.
Sylvain Laffargue fut nommé, peut-être en 1918, au dépôt des chemins de fer de Dieppe (Seine-Inférieure-Seine-Maritime).

Syndiqué à la CGT, il prit une part active dans l’organisation du premier mai 1919 à Dieppe, en prenant la parole dans le meeting, à la suite de Perry et Lejolivet*. Il participa à la délégation qui fut reçue par le maire de Dieppe. Ce fut lui qui en rendit compte à la foule, estimée par la presse à 4500 personnes. Celle-ci annonça que Sylvain Laffargue était aussi le secrétaire du groupe socialiste local.

A la suite de cette manifestation qui fut la première grande manifestation interprofessionnelle de l’histoire de Dieppe, un comité intersyndical de lutte contre la vie chère se constitua, au sein duquel les militants des diverses organisations syndicales locales apprirent à se connaître. Dans ce comité germa l’idée de constituer une Union locale des syndicats qui fut créée le 25 septembre 1919. Sylvain Laffargue participa à sa création, ainsi qu’à la création d’un Comité des loisirs ouvriers.

Sylvain Laffargue s’investit activement dans les grèves des chemins de fer de 1920. Le 29 février, il fut très affecté par la défection de Pierre Dréau, l’ancien secrétaire du syndicat des cheminots, devenu secrétaire de l’Union locale, qui avait cédé devant le déploiement de force militaire en gare de Dieppe, et la menace de révocation brandie par le ministre. Réunis à une cinquantaine dans un café, par Louis Leymarie, le secrétaire de leur section syndicale, les ouvriers du dépôt et les aiguilleurs grévistes décidèrent de continuer la grève. La reprise se fit sur un appel de la fédération le 1er mars. Mais les choses n’étaient pas réglées, et en mai ce fut de nouveau la grève. Au cours de celle-ci, qui dura trois semaines, Sylvain Laffargue fut révoqué en même temps que Robert Arpajou, Louis Leymarie, et André Perry.

Mais pour Sylvain Laffargue les choses allaient prendre un tour plus dramatique. Utilisant un article de la loi contre les menées anarchistes, le pouvoir tenta de briser dans l’œuf tous les balbutiements d’organisations communistes. Le 12 mai à 4h30 du matin, sous prétexte de réprimer un complot contre la sécurité de l’État, Sylvain Laffargue fut arrêté par la police. Avec Paul Briard, André Perry, Alfred Roussel*, Eugénie Gaignon, et son père Aimable, il fut incarcéré à la prison du Pollet à Dieppe. Parallèlement la police procédait des perquisitions à leur domicile, ainsi que dans le local des syndicats où le groupe socialiste conservait ses archives. Tous étaient socialistes, tous avaient adhéré au Comité de la 3e internationale. Léonie Kauffmann, militante parisienne pour l’adhésion à l’internationale, fut elle aussi inquiété. D’origine rouennaise, alors qu’elle était en villégiature à Dieppe, elle avait organisée une réunion à Dieppe le 11 août 1919, au cours de laquelle un grand nombre des arrêtés avaient adhéré au comité. On rechercha en vain Alexandre Offenberger*, militant d’origine roumaine, que la police qualifia d’anarchiste, alors qu’il était connu par les militants arrêtés comme étant socialiste. Il était intervenu dans cette réunion.

La presse fit courir le bruit que les militants arrêtés à Dieppe voulaient y constituer un soviet local, et qu’une liste de personnes à arrêter avait été saisie chez Paul Briard. En réalité tout était faux. La police ne trouva rien, et l’accusation de complot contre la sûreté de l’État s’effondra. Le tribunal prononça un non lieu, et ils furent tous libérés le 10 juillet, soit 56 jours après leur arrestation. Seul Paul Briard fut poursuivi pour avoir vendu une brochure de Jacques Sadoul* à l’entrée du meeting du 1er mai.

Sylvain Laffargue trouva un travail de boulanger pâtissier à Saint-Martin-de-Ré. C’est là qu’il reçu l’ordonnance de non-lieu en sa faveur, prononcée le 12 janvier 1921 par le juge d’instruction.

On ne sait ce que Sylvain Laffargue est devenu par la suite. Peut-être a-t-il été réintégré dans les chemins de fer vers 1926, et est-il le Sylvain Laffargue qui fut nommé ajusteur par décision de la direction des chemins de fer de l’État, du 29 janvier 1930 (JO du 07/02/1930).
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Veuf d’Anna Marie Marty, il se remaria en secondes noces le 28 octobre 1952 à La Tardière avec Renée Aline Bodet, secrétaire de mairie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174241, notice LAFFARGUE Sylvain [surnom : Camille] par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 28 juillet 2015, dernière modification le 30 décembre 2019.

Par Gilles Pichavant

SOURCES : Arch. Dép. de Seine-Maritime, cotes 10M 355, 2U 1-899 — Fonds ancien de Dieppe : L’Impartial, l’Éclaireur, La Vigie. — État civil en ligne cote 4 E 192/93, vue 29.

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