ROUGET Moïse

Par Alain Prigent

Né le 30 octobre 1930 à Morieux (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor) ; instituteur puis PEGC ; membre du conseil de la section du SNI des Côtes-du-Nord (1965-1979) ; militant du PCF ; maire de Collinée (1983-1995).

Moïse Rouge était le fils de paysans de Morieux. Il avait un frère agriculteur. Après sa scolarité à l’école publique de Morieux, il entra à l’école primaire supérieure, devenue collège, de Lamballe dirigée par Henri Avril, président du Comité départemental de Libération et Préfet des Côtes-du-Nord à la Libération. Il eut à la rentrée 1944 comme enseignants Georgette Manesse), militante du PCF, et Jean Dabezac*, militant de la SFIO, tous deux candidats aux élections cantonales de septembre 1945.

Reçu au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Saint-Brieuc, il fit partie de la promotion (1947-1951). A sa sortie de l’ENI, il fut nommé en 1951 à Lanrodec dont le maire était un ancien déporté communiste, Albert Ellien. De novembre 1952 à avril 1954, il fit son service militaire dont une partie à Tübingen (Allemagne). Il suivit la formation des élèves officiers de réserve) de Saumur. A son retour de l’armée, il se maria avec Christiane Ollivier, institutrice, fille d’un ouvrier agricole de Kergrist-Moëlou (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor).

En mai 1956, Moïse Rouget fut rappelé comme officier au sein d’un bataillon opérationnel à Boufarik (Algérie). La brutalité de la guerre et la réalité de l’Algérie coloniale furent décisives dans son engagement militant. A son retour en métropole en 1958, il s’investit dans le syndicalisme et adhéra au Parti communiste français.

Instituteur à Collinée, il fut itinérant agricole de 1960 à 1974, assurant un cours professionnel auprès des apprentis agricoles. Il devint ensuite professeur d’enseignement général des collèges section I (Français-histoire et géographie) au collège de Collinée dirigée jusqu’à sa retraite, en 1985, par son ami Yvon Renault, conseiller général communiste. Délégué cantonal du Syndicat national des instituteurs de Collinée en 1961, il fut élu sur la liste d’union au conseil syndical de la section départementale des Côtes-du-Nord en 1964, liste dirigée par Maurice Renault.

Poursuivant l’initiative d’Émile Thomas*, Maurice Renault concrétisa l’union entre les divers courants venus d’horizons politiques différents (communistes, militants de la SFIO en rupture, laïcs convaincus) en conduisant une liste d’union en 1960 avec Sylvain Loguillard. Il œuvra ainsi à la mise en place d’un bureau hétérogène intégrant les militants de « L’École Émancipée » jusqu’en 1966. Moïse Rouget siégea au conseil syndical jusqu’en 1979. Secrétaire de la commission laïque, il participa au congrès de Saint-Etienne en 1975. Il était membre de la commission administrative de la FEN des Côtes-du-Nord de 1973 à 1975 au titre du SNI. Moïse Rouget fut très actif lors des grèves de mai-juin 1968. Cependant les ouvriers des abattoirs Gilles de Collinée ne s’impliquèrent pas dans la grève. Fidèle au SNI et la Fédération de l’Éducation nationale, il fit le choix de la Fédération syndicale unitaire en 1992. En 2015, il était toujours adhérent du SNUIpp.

Il fut élu au conseil municipal de Collinée en 1965 sur une liste de défenses des intérêts communaux conduite par Paul Queffeulou. Il fut réélu en 1971. En 1977, il fut élu sur la liste conduite par le communiste Yvon Renault qui obtint 6 sièges sur 13. En 1983, Moïse Rouget conduisit la liste de gauche à la victoire (7 sièges contre 6). En 1995, la liste qu’il dirigeait fut défaite de justesse (8 sièges contre 7) : le 15e siège fut attribué au bénéfice de l’âge. Il siégea donc dans l’opposition à Pierre Schneider (RPR). En 2001, il mit un terme à son parcours municipal qui le fit siéger pendant 36 ans au sein de l’assemblée communale. Il fut candidat titulaire aux élections législatives de juin 1988, scrutin où il obtint 5,9 % des suffrages exprimés avec Louis Ollivier, son suppléant, agriculteur de Saint-Mayeux. Le désistement des communistes permit l’élection du socialiste Didier Chouat au second tour.

Érudit local, il participa en 1997-1998 à la rédaction d’un livre sur le Mené. Il se charge de la rédaction de l’histoire scolaire de cette région au XIXe siècle. Moïse Rouget a accepté d’intervenir dans les classes des lycées Freyssinet et Jean Moulin à Saint-Brieuc, pour évoquer la guerre d’Algérie et de témoigner au micro du Bistrot de l’histoire sur « Bretagne et Guerre d’Algérie » du 21 février 2O14.

Arrivée dès les années 1970, une forte communauté malienne s’est installée à Collinée et dans les communes voisines pour travailler aux abattoirs Kermené, un des plus gros employeurs de l’agro-alimentaire du département. Au début des années 2000, ils représentaient jusqu’à 10 % des habitants de Collinée. Moïse Rouget s’investit d’abord comme maire puis comme citoyen dans la mise en place de cours de français pour les femmes et de structure de soutien scolaire auprès des enfants scolarisés.

Son épouse Christiane fut aussi une militante du PCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174297, notice ROUGET Moïse par Alain Prigent, version mise en ligne le 28 juin 2015, dernière modification le 30 avril 2022.

Par Alain Prigent

OEUVRES : Le Mené au XIXe siècle, ouvrage collectif —Appelés du Mené, (Centre Bretagne) Algérie 1954-1962, témoignages et photographies, 2O12, propos recueillis par Julien Simon, auteur et artiste, aidé de Baptiste Turpaud et Denis Rocaboy, sur une proposition de Jean-Pascal Guillouët, Président de la Communauté de Communes du Mené.

SOURCES : Arch. dép. Côtes d’Armor 1192W25 (Elections municipales de 1977). —Composition des comités fédéraux et fichier des élus et des candidats de la Fédération des Côtes-du-Nord du PCF établis par Gilles Rivière. —Arch. de la FSU 22 (bulletins des sections départementales du SNI et de la FEN). —Archives Marcel Alory, ancien secrétaire fédéral du PCF des Côtes-du-Nord. — Bretagne Nouvelle, hebdomadaire des fédérations du PCF de Bretagne (1968-1981). —Alain Prigent (sous la direction de), Des salles de classe aux luttes sociales : Mai-juin 1968 dans les Côtes-du-Nord, Publication FSU-22, 2009. — Entretien le 15 juin 2015. —Notes de François Prigent.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément