LEBRUN Claude, Joseph

Par Daniel Grason

Né le 21 septembre 1899 à Pierrefitte hameau d’Autun (Saône-et-Loire), mort le 23 février 1986 à Vigneux-sur-Seine (Essonne) ; ajusteur-monteur ; militant communiste ; déporté politique à Sachsenhausen (Allemagne).

Fils de Jean, sabotier et de Lazarette, née Garnier, cuisinière, Claude Lebrun épousa Henriette Lejars le 2 août 1930 à Paris (XVIIe arr.). Militant communiste avant la Seconde guerre mondiale, Claude Lebrun vivait dans une cité H.B.M. de la ville de Paris construite en 1934 au 104 avenue des Grésillons à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine). Mobilisé lors de la déclaration de guerre en 1939 au 147ème Régiment d’infanterie, ajusteur, il fut affecté spécial en novembre chez le constructeur aéronautique Morane-Saulnier à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine).
Il constitua un comité populaire de l’usine Morane-Saulnier, trois militants extérieurs à l’entreprise distribuaient les tracts aux heures de sorties des salariés. Claude Lebrun affichait les tracts à l’intérieur de l’usine. Il jouait la carte de la légalité, rencontrait la direction du personnel. Dénoncé par lettre anonyme, la Brigade spéciale d’intervention (BSi) du commissariat de Puteaux l’arrêta le 13 novembre 1940 vers 19 heures à son domicile.
Il retrouva au commissariat de Puteaux Maurice Klein et Georges Racineux qui l’épaulaient dans son activité. Brutalisé, frappé ainsi que ses camarades lors de son interrogatoire, puis incarcéré à la prison de la Santé, la Xe chambre correctionnelle le condamna le 14 janvier 1941 à quatre mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939. Sa femme écrivit le 27 mars au Préfet de police, elle s’étonnait que son mari qui avait purgé sa peine ne soit pas libéré, mais emprisonné à la Centrale de Clairvaux (Aube). Elle demandait sa libération.
Le 6 avril 1941, Claude Lebrun était de retour à la Santé dans la 14ème Division, cellule 7, le 17 avril il s’adressait au Préfet de police et au Ministre de l’Intérieur. Il écrivit : « Accusé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 relatif à la distribution des mots d’ordre émanant de la 3ème Internationale. En réalité je n’ai fait que servir d’intermédiaire entre les ouvriers de chez Morane-Saulnier où je travaillais et la direction de cette usine, pour essayer de trouver un accord amiable au sujet des salaires et indemnités dus depuis le 1er Juin et pas encore payés en Octobre. Toutes mes démarches et discussions furent faites en accord et surs les conseils du Ministère du travail. Jamais la moindre idée politique ne vint se mêler de politique ». Il fit observer qu’il avait déposé son « nom et adresse au Ministère du Travail, il aurait fallu être fou pour me mêler de politique ».
Il dénonçait ses conditions d’incarcération « pas d’eau et des W-C sans tout à l’égout », ainsi que la promiscuité avec les droits communs. Il demandait le regroupement de « tous les internés politiques dans un même quartier ou division », l’ouverture des cellules « pour renouveler l’air et permettre de circuler » et « une douche par semaine pour éviter les épidémies ».
Le 16 mai 1941, nouvelle lettre au préfet de police où il estimait sa « détention contraire l’esprit du décret nous assignant une résidence surveillée. Actuellement je subis tous les inconvénients de la détention pénale alors que ma peine est finie depuis le 14 février1941. Cette situation étant anormale, je vous serais reconnaissant de prendre une décision à cet effet ». Cinq jours plus tard, dans une nouvelle lettre il se faisait le porte-parole des autres internés venant de Clairvaux. Il demandait l’amélioration de la nourriture, une douche tous les quinze jours au lieu de toutes les cinq semaines, deux draps au lieu d’un en raison de paillasses ou couvertures douteuses, restitution des montres et stylos, fourniture de savon… Le 25 septembre 1941 Claude Lebrun était transféré au camp d’internement de Gaillon (Eure), le 3 mars 1942 déplacement au camp de Voves (Eure-et-Loir). Le 20 mai 1942 les autorités allemandes l’emmenait au camp de Compiègne.
Le 24 janvier 1943 il était dans le convoi de 1466 hommes à destination d’Orianenbürg-Sachsenhausen (Allemagne). Après le transport du 6 juillet 1942, composé principalement d’otages communistes, ce fut le second, formé de déportés arrêtés par mesure de répression. Son transfert s’effectua dans un Kommando de travail, les barbelés ceinturaient le vaste espace boisé de Germendorf (un village à une dizaine de kilomètres au sud-ouest d’Oranienburg), où alternaient les blocks des déportés et les halls de fabrication du constructeur d’avions Ernst Heinkel. Claude Lebrun déporté politique dont le matricule 59367 était inscrit dans un triangle rouge fut libéré le 3 mai 1945. Il arriva à son domicile le 22 mai 1945 et pesait trente-six kilos.
Il témoigna le 1er juin 1945 devant la commission d’épuration de la police, Claude Lebrun relata son interrogatoire, il avait été attaché au tuyau d’un radiateur et frappé à coups de poings, de pieds et de règle par un inspecteur. Le commissaire Lucien Bizoire dont le bureau était mitoyen n’intervint pas. À son arrivée à la prison de la Santé, il avait le visage tuméfié, des ecchymoses étaient visibles sur plusieurs parties de son corps. Le directeur de l’établissement demanda au docteur Paul de l’examiner. Claude Lebrun porta plainte contre les inspecteurs et le commissaire.
Les 18 et 19 octobre 1945 Lucien Bizoire comparut devant la Cour de Justice de la Seine, le Commissaire du gouvernement précisa : « Je ne retiendrai pas les affaires faites entre Juin 1940 et Juin 1941, parce-que si pendant cette période les communistes attaquaient les nazis, ils attaquaient les capitalistes anglo-saxons ». L’arrestation de Claude Lebrun ne fut pas évoquée.
Claude Lebrun poursuivit son activité militante au parti communiste, il était également membre du bureau de l’amicale des locataires des H.B.M. de l’avenue des Grésillons. Il devint en juin 1946 le directeur de publication de Vie Soviétique, édité à 50.000 exemplaires, hebdomadaire de huit pages propriété de l’ambassade Soviétique.
Claude Lebrun a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF). Il mourut à l’âge de 87 ans le 23 février 1986 à Vigneux-sur-Seine (Essonne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174326, notice LEBRUN Claude, Joseph par Daniel Grason, version mise en ligne le 29 juin 2015, dernière modification le 14 décembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 1W 0638, BA 1849, BA 2113, BA 2374, BA 2397, KB 10. – Bureau Résistance GR 16 P 348415. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Site internet Souviens-toi. – État civil Arch. Dép. de Saône-et-Loire 5E 14/330 p.61.

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