ROBERT Pierre, Jean, Victor

Par Jean Limonet

Né le 10 janvier 1931 aux Moutiers-en-Cinglais (Calvados) ; ajusteur à la SMN à Mondeville (Calvados) ; permanent régional puis national JOC (1952-1955) ; syndicaliste CFTC puis CFDT ; président puis secrétaire national de la FGM-FGMM ; membre fondateur de la section métallurgie CFDT retraités ; conseiller municipal de Bretteville-sur-Odon (1995-2010).

Son grand-père paternel, Auguste Robert, né en 1868 à Dampierre (Calvados), marié avec Clotilde Gentil née en 1871, avait eu cinq enfants dont Albert Robert, mort en 1919 des suites de ses blessures de guerre, et Auguste Robert, engagé volontaire dans les Brigades Internationales tué en Espagne en 1939. Il avait été embauché aux aciéries de Caen au démarrage de l’entreprise – qui deviendra la Société métallurgique de Normandie (SMN) – et y était mort le 8 août 1928, victime d’un accident du travail. Son grand-père maternel, originaire de l’Orne, Victor Maillard, né en 1871, et sa grand-mère maternelle, Louise Hergault, née à Lonlay-L’Abbaye (Orne) avaient exploité une petite ferme à Giel-Courteille près de Putange (Orne). Leur fils aîné, Maxime Maillard fut prisonnier pendant cinq ans en Allemagne et André, leur troisième fils, fut tué à l’âge de vingt ans, le 15 août 1944 lors des combats de la poche de Falaise. Ces événements marquèrent durablement sa famille.

Son père, Arthur Robert, né le 26 mars 1905, originaire de Saint-Martin-de-Fontenay (Calvados), exerça le métier de coiffeur dans l’Orne et dut se déplacer à de nombreuses reprises pour assurer son emploi. Sa mère, Alice Maillard, née le 20 novembre 1905 à Lonlay-L’Abbaye (Orne) était issue d’une famille rurale. Lorsque Pierre Robert naquit, son père dut changer de métier et devint ouvrier dans une fromagerie à Les Veys près d’Isigny. Il se syndiqua à la CFTC et fit partie de la délégation qui négocia en 1937, à Saint-Lô, un accord salairial pour les ouvriers des fromageries pour le département de la Manche. Ce fut à cette occasion qu’il vit Gérard Espéret alors responsable régional CFTC, de passage à la maison familiale. La famille déménagea en 1939 à Ranville, au nord de Caen, non loin de la SMN où son père avait été embauché.

Pierre Robert fut l’aîné d’une fratrie de huit enfants composée d’un garçon, de jumeaux (garçon et fille), une fille, un garçon, des jumelles et un garçon, Guy Robert. Il passa une grande partie de son enfance et de son adolescence à Ranville, au sein d’une famille modeste très insérée dans le village, recevant une éducation catholique. Son père militait pour la défense des familles et de l’enfance malheureuse et était engagé à l’Union nationale des associations familiales (Unaf). La famille vécut un moment historique ainsi que tout le village avec l’atterrissage des parachutistes et des troupes aéroportés britanniques dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 à quelques centaines de mètres de leur habitation.

Scolarisé à l’école publique de la commune composée d’une seule classe de garçons, et malgré les difficultés économiques liées à l’Occupation, Pierre Robert obtint le certificat de fin d’études élémentaires en mai 1945. Il travaillait en dehors des périodes scolaires dans des fermes. Avec le CEP, il fut employé durant l’été au cimetière militaire de Ranville à creuser des tombes pour enterrer les militaires anglais et allemands morts lors des combats jusqu’en septembre 1945, date à laquelle il entra au centre d’apprentissage de la SMN. Ayant obtenu un CAP d’ajusteur en 1948, il fut embauché à la SMN, non classé durant six mois, et devint ouvrier professionnel P1 dans le service d’entretien électrique, puis P2 et P3.

Lorsqu’il était au centre de formation professionnelle, il découvrit la JOC. Avec Bernard Buet, Guy Clément, Charly Clément, il forma une équipe d’apprentis et de jeunes adhérents jocistes à partir de 1947. Localement, la JOC était soutenue par des prêtres diocésains, la Mission de France et des prêtres-ouvriers dont certains avaient adhéré à la CGT. Cette expérience lui permit de découvrir l’importance des forces sociales que constituaient le patronat, les syndicats, l’État, pour faire aboutir les objectifs du moment. Michel Coignard de Vernon, permanent régional de la JOC de Normandie, venait régulièrement les soutenir dans leurs activités.

Appelé le 15 avril 1951 au service militaire et affecté à la base aérienne du Bourget, il obtint le certificat mécanicien avion moteur, puis fut affecté le 19 septembre 1951 à l’escadre de chasse de Villacoublay (Seine-et-Oise). Il fut muté le 1er mai 1952 à la base aérienne 120 de Caen-Carpiquet et libéré le 6 octobre 1952. Il devint alors permanent JOC de la Normandie et du département de l’Eure-et-Loir, succédant à Michel Coignard, puis permanent national à Paris de 1953 à 1955.

Arrivé au secrétariat national Pierre Robert fut chargé, à la suite de Tony Scarsetto*, de l’action au travail et partagea les responsabilités nationales avec René Delécluse, André Acquier, René Salanne, Guy Baudrillard*, Alain Letty, Roger Bergin, Edmond Bailleul, Alfred Martinache*, Dominique Alunni, accompagnés par l’abbé Grenet. Outre l’action spécifique sur les lieux de travail, Pierre Robert anima et soutint des fédérations territoriales qu’il fallait informer. Durant son mandat, il insista auprès des jeunes pour qu’ils découvrent les débouchés possibles de leurs actions en lien avec des institutions telles que le syndicalisme. Il termina son mandat en octobre 1955 et fut réembauché à la SMN dans son ancien poste de travail, dès novembre. Marié depuis quelques jours, Pierre Robert et son épouse décidèrent de ne pas demander de louer un logement appartenant à l’entreprise SMN et accompagné de nombreux avantages pour avoir plus de liberté vis-à-vis de l’employeur.

Alors qu’il était encore à la JOC, Pierre avait adhéré à la CFTC début 1949 et avait découvert les réalités syndicales CFTC de la métallurgie, composée de deux sections de la SMN, l’une concernant l’établissement de Mondeville, l’autre celui de Sarazin. La CFTC, très minoritaire, était composée en majorité d’adhérents employés et agents de maîtrise, ce qui donnait peu de place aux ouvriers et aux jeunes et entraînait des tiraillements. Elle était animée par le président Jean Martin*, dessinateur industriel.

Quelques mois avant le retour de Pierre Robert à la SMN en novembre 1955, un grave accident mortel avait causé sept morts dans l’établissement. L’action syndicale engagée avait permis de déboucher sur de nouvelles prérogatives du comité d’hygiène et de sécurité en obtenant un nombre de délégués suppérieur à ce que prévoyait la loi tout en donnant quinze heures de délégation. Pierre Robert fut désigné par la section syndicale et obtint le mandat avec quinze heures de délégation par mois. Quelques années plus tard, il fut élu au CE puis devint secrétaire du comité d’entreprise. La SMN, société sidérurgique qui comptait alors plus de 6 000 salariés, produisait un million de tonnes d’acier par an, avec une direction pratiquant un paternalisme d’envergure, avec 1 200 logements à la disposition du personnel, des écoles primaires, un centre d’apprentissage, une école ménagère, un service social important avec trois assistantes sociales, des coopératives d’alimentations, un dispensaire médical, un cinéma, et de nombreuses activités comme le sport, une harmonie musicale et même un théâtre.

La section CFTC, participa aux travaux du syndicat de la métallurgie de Mondeville et de l’Union métaux normande dans lequel, Pierre Robert rejoignit Claude Gagnard, secrétaire du syndicat, ainsi que les principaux animateurs tels que Jean Pierre Brunet, Roger Masseron, Édouard Sochacki, Pierre Bystryewsky, Edmond Hergiault, François Cailloox, François Aussant. Dans cette période, la CFTC s’implanta et se développa dans de nombreuses entreprises comme Saveur, La Saviem, du groupe Renault, Jaeger, Moulinex, Radio technique, etc.

Pour contrer l’action syndicale, la direction de la SMN institua pour tous les salariés une prime de productivité, versée en juin et en décembre. Cette prime pouvait atteindre chaque fois la valeur d’un mois de salaire. Par contre, elle était amputé de 5 % à chaque absence non autorisée en incluant les temps de grèves quelle qu’en soit la durée. C’était une prime « antigrève » redoutable à cause des pénalités financières qui en résultaient. Dans ce contexte, la qualité des contacts entre les membres de la section syndicale CFTC-CFDT et les salariés était prioritaire pour que l’action syndicale puisse exister. La diffusion de l’information prit la forme de distributions régulières de 5 000 tracts aux quatre entrées différentes, aux quatre postes différents. Les contacts sur les postes de travail permirent d’assurer le collectage des cotisations des 1 000 adhérents, taux de syndicalisation en 1968 avec un grand nombre de sympathisants.

Dans les travaux préparatoires du congrès fédéral de la FGM-CFTC, de décembre 1958 à Paris, le syndicat de Mondeville, décida de présenter Pierre Robert, avec le soutien de plusieurs secrétaires nationaux, comme candidat du syndicat à l’élection du conseil fédéral. Pierre Robert fut élu et participa aux travaux dirigés par Eugène Descamps, secrétaire général de la FGM. Il participa aux travaux de la commission « actions professionnelles ».

Ayant un trop grand nombre de responsabilités à exercer sur la région caennaise, et n’étant ni détaché du poste de travail à la SMN, ni permanent, il fit le choix de suspendre son mandat et démissionna du conseil fédéral pour se consacrer aux responsabilités professionnelles et interprofessionnelles locales et départementales.

La section syndicale de Mondeville participait aux travaux de la branche nationale de la sidérurgie. Claude Cagnard représentait la section. Outre les échanges d’informations et de réflexions, la branche, en lien avec la FGM négociait régulièrement avec le GESIM, groupement des entreprises sidérurgiques et minières, des accords nationaux, ou des conventions sociales. Au départ de Claude Cagnard pour prendre la responsabilité de permanent interprofessionnel sur la région, Pierre Robert lui succéda et continua de participer activement aux réunions de travail où il rencontra d’autres responsables de la branche de la sidérurgie du Nord : Albert Cornu, Raymond Guienne, Roger Cornard ; de Lorraine : Victor Madeleine*, Louis Zilliox*, René Carème, Henri Schwanner ; du Centre avec la Loire : Charles Weber*, et du Creusot : Camille Dufour, Bernard Loiseau, Jacky Porrain et encore du Sud : Marcel Grignard de Solmer.

Dans la période qui précéda le congrès confédéral extraordinaire en 1964, Pierre Robert se positionna avec beaucoup de force et de conviction pour la déconfessionnalisation de la CFTC et l’adoption des nouveaux statuts pour la CFDT. Il participa à de nombreux débats au sein de la section syndicale, du syndicat de la métallurgie de Mondeville, et toutes les équipes s’engagèrent pour l’évolution de la CFTC en CFDT en adoptant les nouveaux statuts. Aucun militant ne quitta l’organisation après le congrès de 1964.

Il participa régulièrement aux négociations nationales de branche qui débouchèrent sur de nombreux accords nationaux en particulier après les conflits de mai, juin 1968. Les accords portèrent sur les classifications, les conditions de travail avec l’obtention de la cinquième équipe pour les feux continus – ce qui donna un horaire de 33 h 36 par semaine – l’obtention de la convention générale de protection sociale de la sidérurgie (CGPS) qui protégea des dizaines de milliers de travailleurs de ce secteur dans les crises de restructurations et de licenciements collectifs par une gestion du personnel négociée apportant de véritables garanties sociales. Avec ses nombreuses expériences et sa mobilisation personnelle, la FGM demanda à Pierre Robert d’être de nouveau candidat à l’élection du conseil fédéral. Il fut élu au congrès fédéral de Grenoble le 23 novembre 1974 et entra à de la commission exécutive fédérale. Il fut réélu au congrès suivant à Strasbourg en novembre 1977, au conseil fédéral puis à la commission exécutive. Il devint ensuite président de la FGM, comme successeur depuis juin 1976 de Georges Granger devenu secrétaire national.

Sur proposition de ce dernier, élu entre-temps secrétaire général, Pierre Robert fut élu entre deux congrès, secrétaire national en septembre 1979. Il exerça cette responsabilité jusqu’en juin 1986. Durant ses mandats, il travailla avec la branche sidérurgie, les métaux non ferreux, les fonderies, les machines textiles. Il fut chargé de suivre les relations plus particulièrement avec les Unions Métaux, Aquitaine, Poitou-Charentes, Nord, Franche-Comté, ainsi que les dossiers portant sur les lois Auroux, les droits d’expression des travailleurs qui procurèrent un soutien supplémentaire au débat sur les conditions de travail et de sécurité. Il eut également la responsabilité des relations avec le comité de liaison de la CECA, communauté européenne charbon acier, avec l’obtention d’importantes informations économiques et industrielles. Il participa à de nombreuses réunions internationales coordonnées par la fédération internationale des organisations de la métallurgie (FIOM) liée à la confédération internationale des syndicats libres (CISL).

Au départ de Pierre Robert du secrétariat national de la FGMM, il bénéficia de l’accord de la CGPS en étant mis en disponibilité et retourna dans sa famille à Bretteville-sur-Odon en Basse-Normandie. Il s’engagea et développa une coopération de solidarité entre la commune de Bretteville en constituant un comité de jumelage avec Odon et Ouonck-en-Casamance (Sénégal). Il se rapprocha de Jean Guy de Carpentier, vice-président de l’Association citées unies France. Il présida ce comité de 1991 à 2011. Avec la municipalité et une partie importante de la population de Bretteville, de nombreux projets furent réalisés, en matière de scolarisation puisque 22 classes élémentaires et 3 collèges, furent construits avec l’aide et la participation des communautés rurales. Ces actions dans l’enseignement débouchèrent sur d’autres besoins et trois châteaux d’eau avec forages à 160 mètres de profondeur et 60 kilomètres de canalisation furent installés et un service de santé se constitua.

Par ailleurs, il fut à l’origine d’une nouvelle section de retraités CFDT de la SMN. Avec les anciens de la CFDT de la SMN, il développa des activités culturelles sur l’histoire de la SMN. Avec Jean Pierre Brunet, Jacques Allot, François Caillou, Jean-François Sobecki, Bernard Henrio et l’Association Trip normand, héritière du comité d’entreprise après la fermeture de la SMN le 5 novembre 1993, Pierre Robert fêta le vingtième anniversaire de la fermeture le 15 mai 2014. Ce fut l’occasion de rapatrier la « poche n° 50 » de la dernière coulée sur le terre-plein central de la voie d’accès au site Normandial. Cette installation symbolique demanda de nombreuses négociations pour conserver la poche et elle devint un lieu de mémoire pour tous ceux qui avaient travaillé sur le site et où de nombreuses luttes sociales s’y étaient déroulées.

De 1995 à 2001, Pierre Robert fut élu conseiller municipal de sa commune sur une liste d’union. Il avait épousé Colette, Rose, Henriette, Gallas, née le 9 septembre 1928 à Strasbourg (Bas-Rhin) le 28 octobre 1955, à Mondeville. Ils eurent trois enfants : Bernard né le 10 septembre 1956, Christian né le 15 mai 1959 et Catherine née le 14 juillet 1964. Sa femme, Colette Gallas, était la fille d’Henri Gallas, né à Vendôme et jeune orphelin, engagé dans l’armée en 1912 qui fit la Première Guerre mondiale qu’il termina avec le grade d’adjudant-chef. Il était devenu secrétaire de la commission française des réparations de Wiesbaden. Il avait épousé Wilhelmine Knoerzer, allemande, et avait dû quitter l’armée après à son mariage. Le couple s’était installé à Strasbourg. Après avoir obtenu le brevet et le concours des PTT, Colette Gallas avait été mutée à Libourne et avait été responsable d’un groupe Amitiés postières et membre de l’équipe nationale. Elle fut adhérente à la CFTC-CFDT et exerça des responsabilités locales et départementales à Bergerac et Caen. En retraite, elle assura avec Pierre Robert d’importantes responsabilitées dans le jumelage entre Bretteville-sur-Odon et Ouonck au Sénégal de 1991 à 2011.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174407, notice ROBERT Pierre, Jean, Victor par Jean Limonet, version mise en ligne le 6 juillet 2015, dernière modification le 20 février 2021.

Par Jean Limonet

SOURCES : Archives interfédérales FGMM-CFDT. — Arch. JOC (SG), fichier des anciens permanents. — Archives JOC : appels de permanents, responsables, propagandistes, arrivées (44J-917E). — Archives personnelles de Pierre Robert, documents SMN avec le journal de l’exposition 2013-2014, au musée de Normandie à Caen. — Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, Une histoire de la Mission de France (1941-2002). La riposte missionnaire, Karthala, 2007, p. 532. — Entretiens des 14 et 15 avril 2014 au siège de la FGMM-CFDT, plusieurs courriers : 2 et 3 avril puis des 23 et 24 avril, mai, juin 2014, mars 2015. — Notes d’Éric Belouet.

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