ROLANT Michel, Louis, Marius

Par Frank Georgi

Né le 21 mars 1934 à Vallauris (Alpes-Maritimes), mort le 27 mars 1996 à Valbonne Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) ; ouvrier agricole et employé ; secrétaire général (1963-1968), puis président (1968-1971) de la Fédération générale de l’Agriculture CFTC puis CFDT ; membre du conseil confédéral (1965-1970), puis du bureau national (1970-1982) de la CFDT ; membre de la commission exécutive de la CFDT (1971-1982) ; membre du Conseil économique et social (1974-1982, puis 1989) ; premier président de l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (1982-1987) ; président de la Sonacotra (1992-1995) ; maire PS de Valbonne Sophia Antipolis (1989-1996)

Né dans une famille de petits paysans des Alpes-Maritimes, d’un père communiste et d’une mère catholique, Michel Rolant, après son certificat d’études primaires, suivit des études secondaires jusqu’au baccalauréat. Au bout d’un trimestre à l’Ecole supérieure de commerce de Marseille, d’où il fut renvoyé pour activisme syndical, il fut embauché comme ouvrier agricole. L’année suivante, il monta à Paris où il travailla comme employé de bureau au siège de la Mutualité agricole. Au cours de cette période, il suivit parallèlement des cours de droit. Mobilisé en Algérie de juillet 1959 à octobre 1961, il prit une part importante à la résistance des appelés au putsch des généraux dans le Constantinois. Il fut chargé de mission auprès de l’Inspecteur général de l’administration en mission extraordinaire (IGAME) de Constantine. A ce moment, il entra en contact avec Michel Rocard*, Inspecteur des Finances à Paris. Après avoir, adolescent, milité « quelques mois » dans une cellule communiste à Vallauris, puis au Mouvement de libération du peuple (MLP), il entra au PSU au début des années 1960.
Ayant adhéré à la CFTC dès 1953, alors que, selon sa propre expression, il n’était « pas de la paroisse », mais que son absence d’orthodoxie le séduisait, il devint dès l’année suivante secrétaire du syndicat de l’agriculture. À son retour d’Algérie, en novembre 1961, il s’engagea totalement dans le syndicalisme. Il fut d’abord trésorier de la Fédération générale de l’Agriculture (FGA), en fut élu secrétaire général en 1963, à l’âge de vingt-neuf ans, avant d’en devenir président de 1968 à 1971. Très actif, il impulsa un travail d’implantation efficace qui en fit l’organisation la plus représentative des salariés agricoles. Sous sa direction, cette petite fédération, marginale au sein de la CFTC, passa en quelques années de 2500 à quelque 43 000 adhérents. Il prit parallèlement des responsabilités à l’échelle de la confédération. En 1965, il fut désigné par son organisation, avec laquelle il fallait désormais compter, au sein du conseil confédéral, l’organisme directeur de la CFDT. En mai 1968, il fit partie de la délégation confédérale à la conférence de Grenelle. En mai 1970, il fut élu au bureau national, mais pas à la commission exécutive (CE). Si ses qualités intellectuelles, humaines et militantes faisaient l’unanimité, son parcours atypique, le secteur périphérique dont il était originaire, le marxisme dont il se réclamait, mais aussi sa faconde, son enthousiasme permanent, son refus des convenances, l’ambition dont il ne faisait pas mystère, suscitaient parfois des réserves au sein de la confédération. Politiquement, il avait noué des relations avec certains leaders du Ceres, comme Didier Motchane* ou Georges Sarre*. Pour le congrès de 1970, il avait contribué à la préparation de la motion « révolutionnaire » défendue par Frédo Krumnow*, mais sans s’y rallier. À l’occasion du départ d’Eugène Descamps pour raisons de santé et de l’accession au secrétariat général en septembre 1971, il « monta » à la CE, dont il fut le benjamin. Le nouveau secrétaire national fut d’abord responsable du secteur Main d’œuvre et formation permanente, en relation avec le secteur économique dirigé par René Bonéty*. En 1973, au départ de ce dernier, les deux départements fusionnèrent en un secteur unique dit AEEEP (Action économique, emploi, éducation permanente), placé sous la houlette de Michel Rolant. Celui-ci entra en 1974 au Conseil économique et social (CES), à la section des problèmes économiques et de la conjoncture, et fut, en tant que responsable du secteur économique, président du groupe CFDT au CES jusqu’en 1982. Il fut également, au titre du CES, nommé en 1979 à la Commission des comptes et des budgets économiques de la Nation.

Au sein de la Commission exécutive, il fut l’une des personnalités les plus brillantes, souvent considéré comme le « numéro deux », et parfois présenté comme le successeur possible d’Edmond Maire*. Celui-ci appréciait sa compétence et sa valeur, mais demeurait sur ses gardes face à un esprit très indépendant et dont le secteur apparaissait comme un bastion d’un « marxisme économique » qui coïncidait mal avec ses propres approches. En 1975, deux lignes s’affrontèrent au sein de la CE et du secrétariat confédéral, autour de l’analyse de la « crise ». Michel Rolant et son équipe diagnostiquaient une crise structurelle du capitalisme d’une intensité exceptionnelle, dont les origines seraient à rechercher, entre autres, dans la « baisse tendancielle du taux de profit », et qui pourrait conduire rapidement à l’effondrement du système. Edmond Maire, s’appuyant sur les analyses de Marcel Gonin* et de Pierre Rosanvallon, insistait sur la dimension culturelle d’une crise perçue comme une mutation globale, et sur la nécessité de ne pas sous-estimer les capacités d’adaptation du capitalisme. Cependant, ni le secrétaire général, ni le responsable du secteur économique ne souhaitaient aller jusqu’à la rupture et une solution de compromis fut trouvée, qui permit l’expression des deux approches. De fait, Michel Rolant, en dépit de positions parfois divergentes sur des sujets importants, ne se situa jamais dans une opposition frontale et continue à Edmond Maire, avec lequel il évitait les conflits ouverts. Il l’appuya à deux occasions déterminantes sur le plan stratégique : les Assises du socialisme en 1974 et surtout le recentrage en 1978-1979. Dans les deux cas, il apporta sa touche personnelle. Favorable à une intervention active du syndicalisme dans l’arène politique, proche de plusieurs personnalités du Ceres, il adhéra lui-même au PS dès 1974, et lors de la rupture de l’Union de la gauche à l’automne 1977, il défendit vigoureusement une initiative de la CFDT pour tenter de rapprocher socialistes et communistes autour de propositions concrètes pour combattre la crise. Au lendemain de l’échec de la gauche aux législatives, il jugea indispensable que le syndicalisme prenne ses distances avec toute forme de subordination à l’égard du politique. Il fut donc favorable à la politique de « recentrage » engagée par Edmond Maire, mais, comme d’autres personnalités de la gauche de la majorité confédérale, il en donnait une lecture qui privilégiait une relance de l’action syndicale pour « arracher les compromis », ne croyant pas à la négociation sans rapport de force. Durant toutes ses années, il fut souvent aux avant-postes dans le soutien de la CFDT aux nouveaux mouvements sociaux, n’hésitant pas à défier le Premier ministre Jacques Chirac lors de l’affaire des comités de soldats en 1975 ou se faisant le défenseur acharné d’un autre type de croissance et l’adversaire résolu du tout-nucléaire.

L’arrivée de la gauche au pouvoir, à laquelle il était l’un des rares à croire au sein de la direction cédétiste à la veille de l’élection présidentielle de mai 1981, eut des conséquences importantes sur sa carrière. Edmond Maire avait déclaré souhaiter son départ de la CE, mettant en cause les mauvaise relations entre son secteur et le secteur Action revendicative, dirigé par Albert Mercier*. Michel Rolant ne maintint pas sa candidature à la commission exécutive. Dans un contexte de relations devenues difficiles avec le secrétaire général, il était déjà contact avec l’Elysée autour du projet de création d’une Agence française pour la maîtrise de l’énergie (AFME) - qui deviendra l’ADEME en 1992 - , coiffant recherche, information au public, conseil aux entreprises et aux collectivités, dont il prendrait la présidence. Il prit donc en charge, entre mai 1982 et juillet 1987, dans la continuité de ses engagements antérieurs, ce nouvel établissement public visant à favoriser les économies d’énergies et à développer les énergies renouvelables, doté d’un budget important, d’agents nombreux et d’un important secteur recherche et développement. Selon Denis Clerc, qui travailla à ses côtés, son action volontariste et obstinée et sa volonté de « tenir tête aux ingénieurs du corps des mines » n’a pas été sans effet sur la baisse de la consommation d’énergie et la promotion des énergies nouvelles, qu’il développa en généralisant les contrats de plan Etat-régions dans ce secteur. Le retour de la droite au pouvoir entraîna son limogeage, et lui-même y vit, outre une sanction politique et la main du lobby nucléaire, une forme de revanche de la « caste des hauts fonctionnaires » issue des grandes écoles contre un patron autodidacte formé par le syndicalisme, jugé illégitime.

En 1988, la nouvelle alternance mit fin à une brève période de chômage. Il entra en septembre au cabinet de Pierre Bérégovoy*, ministre de l’Economie du gouvernement de Michel Rocard, en tant que conseiller technique. En septembre 1989, il fut désigné au Conseil économique et social en qualité de représentant des entreprises publiques, au titre des entreprises énergétiques. En février 1992, il quitta le cabinet de Pierre Bérégovoy pour prendre la présidence de la Sonacotra (Société nationale de construction de logements pour les travailleurs), à la suite d’une grave crise de gestion et de la démission de son PDG. Depuis longtemps sensibilisé à la situation des travailleurs immigrés (à la CFDT, il avait présidé la commission confédérale qui s’occupait de cette question), il travailla à « remettre sur les rails » la société qui visait à « loger tous ceux qui en avaient besoin ». Arrivé au terme de son mandat, en juin 1995, il décida de se consacrer entièrement à la commune de Valbonne et à sa technopole Sophia Antipolis, dans ces Alpes-Maritimes dont il était originaire, municipalité qu’il avait conquise sur la droite aux élections de mars 1989, et dont les habitants venaient à nouveau de lui accorder sa confiance. Il devait décéder moins d’un an plus tard, emporté par un cancer. Marié, il était père de trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174408, notice ROLANT Michel, Louis, Marius par Frank Georgi, version mise en ligne le 6 juillet 2015, dernière modification le 6 mars 2018.

Par Frank Georgi

SOURCES : Arch. confédérales CFDT : dossier personnel ; archives du secteur économique confédéral ; réunions statutaires ; Michel Branciard, Secrétariat confédéral 1953-1980, BRAEC-CFDT, 1980 ; notice biographique de Louisette Battais. – Maya Jacquier, L’organisation des salariés agricoles à la CFTC-CFDT 1936-1968, mém. maîtrise histoire, Paris 1, 1997. - Hervé Hamon, Patrick Rotman, La Deuxième gauche. Histoire intellectuelle et politique de la CFDT, Ramsay, 1982. - Michel Branciard, Histoire de la CFDT. 70 ans d’action syndicale, La Découverte, 1990 . - Guy Groux, René Mouriaux, La CFDT, Economica, 1989. - Pierre Cours-Salies, La CFDT. Un passé porteur d’avenir, La Brèche-PEC, 1988. - Frank Georgi, L’invention de la CFDT 1957-1970, Éd. de l’Atelier/CNRS, 1995. – Frank Georgi, CFDT : l’identité en questions, Arbre bleu éditions, 2014. - Nicolas Defaud, La CFDT (1968-1995), Presses de Sciences Po, 2009. - Jean-Michel Helvig, Edmond Maire. Une histoire de la CFDT, Seuil, 2013. - Théo Leray et Bertrand de La Roncière, 30 ans de maîtrise de l’énergie, éd. de l’ATEE,‎ 2002. – Hmed Choukri, Loger les étrangers isolés. Socio-histoire d’une institution d’État : la Sonacotra (1956-2006), thèse science politique, Paris 1, 2006.- Emile Favard, « Les conditions du futur pour Sophia Antipolis », Les Echos, 4 septembre 1992. - Michel Noblecourt, « Michel Rolant. De la direction de la CFDT à la présidence de l’AFME », Le Monde, 30 mars 1996.- Denis Clerc, « Michel Rolant. Une énergie qui va nous manquer », Alternatives économiques, mai 1996. – Who’s who in France, édition 1993.

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