STERN Max, Robert

Par Michèle Rault, Nathalie Viet-Depaule

Né le 5 janvier 1920 à Paris (XVIIe arr.), mort le 1er février 1996 à Louzouer (Loiret) ; fondateur du BERU ; résistant, membre du conseil national du Mouvement de la Paix.

Fils de Robert Stern, ingénieur chimiste, et de Juliette, née Spanjaard, Max Stern était l’un des descendants de deux familles ashkénazes établies, du côté paternel, dans l’empire austro-hongrois où ses ancêtres avaient développé un commerce de tissus et, du côté maternel, aux Pays-Bas où plusieurs générations avaient fait prospérer une usine de textile. Son père, juif intégré et patriote, avait été ambulancier dans les combats de l’automne 1915 aux Dardanelles, ce qui lui avait valu de nombreuses décorations et, en 1920, la nationalité française.

Appartenant à la bourgeoisie parisienne du XVIe arrondissement de Paris qui bénéficiait d’une certaine aisance financière, Max Stern fut élevé dans les valeurs laïques que prônaient ses parents tout en restant attachés à leurs racines et à leur identité juive. Il fréquenta le lycée Jeanson-de-Sailly jusqu’au baccalauréat, puis fut admis en propédeutique au lycée Condorcet. Il entra alors au lycée Henri IV pour préparer le concours de l’École normale : il fut admissible à l’écrit en 1939, mais recalé à l’oral.

La guerre allait changer sa destinée. Max Stern interrompit les études de lettres qu’il avait commencées pour s’engager dans l’armée française. Le 30 septembre 1939, il se rendit à Vincennes et fut incorporé, quelques jours plus tard, au dépôt de cavalerie (n° 42). Son engagement le libérait de son statut de mineur et faisait de lui un converti « officiel » au catholicisme. Il fut baptisé le 1er octobre 1939 contre l’avis de son père. Il s’était, en effet, sous l’influence d’Albin Chalendon dont il avait été le condisciple à Jeanson-de-Sailly et de proches de sa famille passés au catholicisme en 1930, converti.

Après trois mois à Laval, il fut admis comme élève officier à Saint-Cyr où il se lia avec Jacques Piette. En mai 1940, Max Stern fut incorporé dans la 36e compagnie du 42e régiment d’infanterie. Fait prisonnier, il réussit à s’évader et à gagner Lyon où il reprit des études d’histoire (il obtint un certificat d’histoire ancienne en 1942) et se trouva au cœur d’un réseau catholique, rencontrant notamment Jean Labasse, chrétien convaincu, qui lui fit connaître les thèses d’Économie et Humanisme développées par le dominicain Louis-Joseph Lebret, mais aussi Louis Augros, qui allait devenir supérieur de la Mission de France.

Envisageant de se consacrer à la vie religieuse, Max Stern prit l’habit des frères prêcheurs le 20 novembre 1942 au couvent Saint-Romain à Toulouse pour la province de Lyon. Il n’acheva pas son noviciat, constatant qu’il n’était pas fait pour la vie monastique. En septembre 1943, il décida de rejoindre les forces combattantes à Londres via l’Espagne où il fut arrêté, détenu et libéré, puis gagna Gibraltar et Alger. Il intégra le centre de formation ouvert par les Forces françaises de l’intérieur destiné aux officiers volontaires et, devenu lieutenant, fut parachuté deux fois en France pour instruire les maquisards de l’Ain et du Vercors. À nouveau envoyé en France, il participa à la libération d’Annecy et de Chambéry puis se vit confier une mission militaire sous le nom de lieutenant Jean-Paul Verne pour encadrer les maquisards dans la région de Saint-Jean de Maurienne qui, sous son commandement, réussit à encercler une garnison allemande. Après une courte permission à Paris pour retrouver sa famille, qui lui apprit que des oncles et tantes avaient péri dans les camps d’extermination, Max Stern s’engagea à nouveau comme agent de liaison entre la première armée française et la troisième armée américaine et participa, à ce titre, aux combats de l’hiver 1945 en Lorraine.

De retour en France, Max Stern, fort de ses rencontres avec des hommes de convictions, de ses contacts avec Louis Augros mais, sensible aussi à l’effervescence apostolique de l’après-guerre, s’orienta vers un style de vie totalement différent de celui auquel son origine bourgeoise et sa culture semblaient le destiner. Il allait faire partie des chrétiens progressistes. Ayant fait le choix de travailler en usine à l’instar des premiers prêtres-ouvriers, il trouva de l’embauche comme forgeron en janvier 1947 chez Chausson à Genevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). Dans la perspective de partager totalement la condition ouvrière, il avait quitté le domicile de ses parents et avait rejoint l’équipe sacerdotale du Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne) composée de prêtres-ouvriers et de laïcs, animée par François Laporte, sulpicien, membre de la Mission de Paris. Il vécut alors au 133 rue de Paris à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) dans une maison achetée par des mécènes catholiques persuadés de la nécessité de vivre parmi les ouvriers pour témoigner de l’Évangile. Il fit équipe avec Philippe Munck et Wladislaw Palley dit Slavik, constituant avec eux le noyau de permanents laïcs de la Mission de Paris que renforcèrent Jean Lerebourg, Claude Ribalet, Jean Fourgous et Jean Molinié.

Ensemble, ils essayèrent de faire du 133 rue de Paris un lieu de rencontre avec des foyers de chrétiens progressistes qui se retrouvaient pour des messes célébrées par Jean Gray, prêtre de la Mission de France. Leur implantation locale se construisait avec la Mission de France féminine dont le siège se trouvait aussi au Petit-Ivry et avec des associations qu’elles fussent culturelles comme le ciné-club d’Ivry dont Max Stern assurait le secrétariat ou plus politiques, comme le combat pour la paix : « À Ivry, des chrétiens sont engagés dans toute une série de points de concentration ouvrière. Dans plusieurs usines, parmi les cheminots, dans les milieux de la municipalité (Ciné-club, vacances populaires enfantines), dans les milieux de jeunes (Groupe théâtral), dans tous les milieux la lutte pour la paix est engagée. Tout le contexte de notre engagement ouvrier nous montre que cette lutte est juste », relatait le premier numéro du Bulletin d’informations et de recherches du XIIIe (1950).

En effet, dès la création des Combattants de la liberté en 1948 qui allait devenir le Mouvement de la Paix en 1949, Max Stern y assuma des responsabilités. Il connaissait bien Yves Farge (qui sera son témoin à son mariage civil) pour s’être côtoyés dans leurs activités de résistance. Responsable du comité de la Paix à Ivry, membre de la commission permanente et du conseil national du mouvement, Max Stern devint, au moment de l’Appel de Stockholm, le secrétaire bénévole de Frédéric Juliot-Curie qu’il accompagna au congrès de Vienne, en 1952. Pendant quinze ans, il allait assumer des responsabilités importantes au Mouvement de Paix en soutenant tous ses combats jusqu’à la campagne contre la guerre d’Algérie.

Parallèlement à son engagement au Mouvement de la Paix, Max Stern s’efforça de former des groupes de chrétiens dans la mouvance de Jeunesse de l’Église, adhérant aux idées du dominicain Maurice Montuclard qui, dénonçant la volonté de christianiser le monde moderne, plaidaient pour vivre en chrétien. Lié au groupe de militants de Boulogne-Billancourt, notamment à Jean-Pierre et Monique Serrant, il se rendait à Clairbois au Petit-Clamart où se trouvait le siège de l’association Jeunesse de l’Église pour participer aux rencontres organisées les troisièmes dimanches de chaque mois. Il faisait également partie de l’équipe de La Quinzaine, dirigée par Jacques Chatagner. Déjà auteur d’un article au nom des Combattants de la paix dans le premier numéro de Quinzaine (dirigée de novembre 1950 à février 1951) par les dominicains Boisselot, Henri Desroches et Joseph Robert* et destinée « à être le lien entre des militants de base et des expériences de base d’inspiration chrétienne »), il fut du petit noyau de militants bénévoles qui reprit le périodique sous le nom de La Quinzaine et assura l’essentiel du travail de rédaction jusqu’en 1955. Il incarnait au sein du journal le courant missionnaire proche du Parti communiste. Il faisait partie de ceux qui rallièrent l’Union des chrétiens progressistes (UCP), favorables à une alliance avec le PC.

À la suite de la condamnation de La Quinzaine en février 1955, la vie Max Stern allait s’infléchir. Il n’avait pas été longtemps ouvrier chez Chausson. Après avoir été embauché dans un centre anti-cancéreux, il était devenu chef de bureau du personnel de la Société nationale de constructions aéronautiques du Centre (SNCAC) 12bis avenue Bosquet à Paris (VIIe), puis avait travaillé au Comité des œuvres sociales d’EDF. En 1952, il avait pu avoir un emploi à la Banque commerciale de Paris grâce à Albin Chalendon, mais le milieu de la finance lui avait déplu et il avait trouvé un poste d’administrateur, d’abord dans un lotissement d’auto-constructeurs (« les castors ») à Sainte-Geneviève-des-Bois, puis à la coopérative Baticoop, une coopérative destinée à construire des pavillons pour des ménages qui se regroupaient en apportant par eux-mêmes main-d’œuvre et financements.

Si la crise du progressisme chrétien le fit s’éloigner de la pratique religieuse, ses convictions chrétiennes le firent s’engager au service du bien commun et, plus spécifiquement, au service de l’aménagement du territoire. Durant l’hiver 1956, il mit sur pied le Bureau d’études et de réalisations urbaines (BERU) avec Maurice Ducreux, Jean Bas, Rolande Lefebvre, Bernard Moreau et les syndicalistes Jacqueline Aymot et Suzanne Chaudouard. Ce bureau d’études, officiellement créé en 1957, avait pour but de « concourir, par des missions de conseil, d’études et d’assistance technique à la résolution des problèmes posés par l’aménagement du territoire, l’urbanisme et le logement, la conception et la réalisation d’opérations d’urbanisme », comme le précise Maryvonne Prévot (Catholicisme social et urbanisme… p. 81). Mû par la volonté de participer à la transformation de la société, Max Stern allait tenter dans un contexte de crise du logement de faire en sorte que le BERU jouât un rôle dans les rénovations urbaines, notamment à Ivry-sur-Seine.

Le BERU amena peu à peu Max Stern à nouer un grand nombre de relations professionnelles, à devenir, de 1959 à 1961, membre expert du Comité économique et social (section habitat), à être en 1963 à représenter la France au groupe de travail de l’ONU pour l’urbanisme et l’habitat ou encore à donner son avis sur le réaménagement des Halles de Paris. En 1968, lorsqu’Albin Chalendon devint ministre de l’Équipement, il entra comme conseiller dans son cabinet, abandonnant la présidence du BERU à Jean Baboulène. Pendant deux ans, il côtoya les grands aménageurs-promoteurs privés, mais resta en contact avec le milieu coopératif, notamment avec les services « aménagement » de la Caisse centrale de crédit coopératif qu’il ira rejoindre en 1970 avant d’entrer au service foncier de la banque La Hénin.

Lorsqu’il quitta La Hénin en 1980, Max Stern se consacra à l’enseignement. Ayant déjà assuré des sessions à Berkeley et à Philadelphie (USA) au MIT de Boston en tant que visiting professor, il allait donner des cours à l’Institut français de l’urbanisme (Paris VIII) jusqu’en 1993 tout en créant un cabinet individuel de conseil dont le but était d’identifier les besoins en formation des professionnels de l’aménagement auxquels la France pouvait participer.

Marié à Versailles (Seine-et-Oise) le 14 décembre 1950 avec Irène Auscher, dont il eut cinq enfants, Max Stern était décoré de la Croix de guerre fin 1944 et de la Bronze Star medal US Army ainsi que de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174480, notice STERN Max, Robert par Michèle Rault, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 12 juillet 2015, dernière modification le 22 novembre 2022.

Par Michèle Rault, Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : Articles dans Quinzaine, puis dans La Quinzaine.

SOURCES : Arch. Nat. CAC 19770813, dossier de Max Stern, conseiller technique au cabinet d’Albin Chalandon, 1969-1972. — Archives dominicaines de la Province de France, Lebret, 45 AS 49. — Étienne Fouilloux, « Des chrétiens à Ivry-sur-Seine (1930-1960) », Banlieue rouge 1920-1960, Autrement, 1992, p. 160-181. — Jean Desailly, Prêtre-ouvrier, Mission de Paris, 1946-1954, L’Harmattan, 1998. — Yvon Tranvouez, Catholiques et communistes. La crise du progressisme chrétien 1950-1955, Les Éditions du Cerf, 2000. — Thierry Keck, Jeunesse de l’Église 1936-1955. Aux sources de la crise progressiste en France, Karthala, 2004. — Bernard Schaefer, Beru-Codra, une aventure professionnelle et humaine, récit personnel, Codra, 2007, 68 p. — Michèle Rault, « Missionnaire dans le monde ouvrier : naissance de la Mission de France féminine », L’autre visage de la mission : les femmes, « Histoire et Missions chrétiennes », 16, 2010, p. 135-141, Karthala, 2011. — Maryvonne Prévot, Catholicisme social et urbanisme. Maurice Ducreux (1924-1985) et la fabrique de la Cité, Rennes, RUR, 2015. — Irène Stern, Récit d’une vie, brochure inédite, 2015.
Michèle Rault, Nathalie Viet-Depaule

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