SALGUES Robert

Par Michel Pigenet

Ingénieur du port autonome du Havre (Seine-Inférieure), syndicaliste, membre du comité national de la Fédération CGT des Ports et Docks (1948-1960).

Robert Salgues, issu d’une famille quercynoise et charentaise, était titulaire, entre autres, d’une licence de droit. Engagé volontaire pendant la Première Guerre mondiale, le jeune lieutenant eut le nez gelé en 1917. Membre du haut personnel administratif du port du Havre, il aurait tenté, selon Désiré Brest, d’organiser ses collègues dans les années 1923-1924 avant d’y renoncer et d’adhérer au syndicat ouvrier. Exceptionnelle à cette date, la démarche témoignait de la forte personnalité de Robert Salgues, affilié, par ailleurs, à la Grande Loge de France.
Discret pendant l’entre-deux-guerres, il appartint à l’Association du personnel permanent du port autonome du Havre dont il était le secrétaire en mars 1942. Lui-même expliqua plus tard comment, après un temps d’internement, il avait dirigé un groupe de résistants au Havre, puis commandé un maquis. Aux dires de Brest, Salgues était colonel FFI à la Libération. De retour sur le port, son engagement syndical prit une importance nouvelle. Délégué au congrès de la Fédération des Ports et Docks tenu en 1946, ses compétences le désignèrent pour présenter le rapport de la commission technique des chambres de commerce et des ports autonomes. Son rôle dans la transformation de cette dernière en Cartel lui valut d’en assurer la présidence. Attentif à ne pas couper la nouvelle structure de la Fédération, il entretenait les meilleures relations avec Désiré Brest qui admirait les connaissances, le dévouement et la truculence de ce bon vivant. De fait, à l’heure de la scission, Robert Salgues demeura à la CGT. En 1948, il expliqua que les « patrons de combat » voulaient « diviser les travailleurs sur des questions politiques et idéologiques » qui n’avaient « pas leur place (...) chez les syndicalistes ». Sur quoi, il dénonça les « camarades aveugles ou cupides qui se sont faits les instruments de la scission ». A l’issue du congrès, il entra au comité national. Sans attache partisane connue, il soutint constamment le secrétariat soumis aux fortes pressions de l’aile la plus politisée de la majorité fédérale. Ainsi contribua-t-il, en 1950, à l’échec de la proposition, avancée par Vaubaillon, tendant à la mise sous tutelle des secrétaires fédéraux. Compétent, il mit son savoir au service de la Fédération. Brest souligna ainsi sa contribution dans l’échec, en 1949, de la création de ports francs. Esprit indépendant, il polémiqua, en 1955, avec le secrétaire du syndicat des Magasins réunis du Havre auquel il reprochait d’avoir apporté sa caution à l’ancien maire de droite à l’occasion d’une démarche intempestive à la veille des élections municipales. Dans une lettre datée du 5 juillet 1958 et publiée par L’Avenir des Ports, Salgues expliqua pourquoi, à la suite de l’adhésion des ingénieurs et cadres supérieurs portuaires, notamment ceux du Havre qu’il représentait jusque-là, à l’Association syndicale indépendante, il ne détenait plus aucun mandat justifiant son maintien à la présidence du Cartel. Contraint de démissionner, il rappela combien, tout au long des années passées à la Fédération, il avait veillé à l’union « en dehors de toute influence extérieure quelle qu’elle soit ». Il invita ses camarades à ne pas juger indispensable le recours à la grève lorsque celle-ci n’est pas indispensable et à prendre toute leur place au sein des conseils d’administration des ports autonomes. Ce retrait entériné, il ne fut pas réélu au comité national fédéral en 1960.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174506, notice SALGUES Robert par Michel Pigenet, version mise en ligne le 14 juillet 2015, dernière modification le 14 juillet 2015.

Par Michel Pigenet

SOURCES : Archives nationales (CARAN) : F22 1792. — [L’Avenir des Ports de juillet-août 1958. Congrès de la Fédération nationale des Ports et Docks, les 19-22 mars 1946 (Paris) ; 6-4 avril 1948 (Marseille) ; 22-24 juin 1950 (Paris) ; 8-9 octobre 1952 (Paris) ; 17-18 mai 1955 (Paris) ; 24-25 octobre 1957 (Paris) ; 18-19 mai 1960 (Paris) ; 20-21 juin 1968 (Paris). — D. Brest, Mémoires (inédits), 1972. — Entretien avec Henri Fiquet, le 6 novembre 1998.

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