Buziet (Basses-Pyrénées, actuellement Pyrénées-Atlantiques), 17 juillet 1944

Par Audrey Galicy

Le 17 juillet 1944, les troupes allemandes menèrent une opération contre le maquis et exécutèrent sommairement dix personnes, 8 résistants espagnols et 2 Françaises.

En 1939, face à l’afflux de réfugiés espagnols, l’État considéra que, pour la plupart, ils devaient être soumis aux mêmes contraintes de service que les Français. Ainsi, furent créées les compagnies de travailleurs étrangers (CTE). La principale mission des CTE, placées sous l’autorité du ministère de la guerre, fut de réaliser des travaux visant à la défense nationale en temps de guerre. Ces compagnies existèrent jusqu’à leur transformation en GTE, ou groupement des travailleurs étrangers, par une loi du 27 septembre 1940.
Cette loi créa des camps d’internement où les étrangers étaient forcés de travailler comme main d’œuvre dans des travaux de gros œuvre. Les hommes étaient soumis à une discipline et des conditions de travail très strictes.
Dans les Basses-Pyrénées (Pyrénées-Atlantiques), environ 800 travailleurs étrangers, principalement Espagnols, républicains, communistes, anarchistes, antifascistes, anciens internés du camp de Gurs pour certains, furent affectés à des travaux forestiers, à la construction de barrages ou centrales électriques. Deux chantiers furent créés : le 518eme GTE qui travailla sur la centrale électrique de Saint-Cricq et le 526ème GTE sur la construction du barrage hydroélectrique de Fabrèges.
Parallèlement, la résistance s’organisa. Quelques Espagnols républicains profondément antifascistes s’organisèrent pour lutter contre l’occupant allemand sur le sol français et surtout pour se préparer à la reconquête de l’Espagne républicaine : « Ils ont combattu en France, le regard obsessionnellement tourné vers l’Espagne » écrit Jean Ortiz, universitaire palois. Le maquis espagnol de Pédehourat (Vallée d’Ossau), premier maquis du Béarn, fut créé par des bûcherons en novembre 1942. En 1943, la 10ème brigade des guérilleros des Basses-Pyrénées fut mise en place par Victorio Vicuna, un officier républicain particulièrement actif en Ariège. Ce groupe se développa et réalisa de nombreuses actions, notamment le dynamitage de l’usine de Louvie-Juzon ; destruction de lignes à haute tension à Jurançon, Bizanos, Buzy, et Gan ; destructions à la centrale électrique de Arthez-d’Asson, destruction du pont ferroviaire de la ligne de Canfranc, attaque de patrouilles allemandes….
Les Allemands organisèrent des représailles dans la vallée.


17 juillet 1944
Le 17 juillet 1944, vers 14h00, une colonne allemande, venant d’Oloron, attaqua le village de Buziet et investit la maison Anglade qui servait d’infirmerie et de poste de commandement. En effet, les hommes de la 10ème brigade avaient l’habitude de se faire soigner et de se reposer à la maison Anglade (« maison amie ») à l’entrée du village. Au cours de l’attaque, la propriétaire, Anne Anglade et quatre guérilleros furent abattus. Les combattants espagnols ne disposaient que de deux pistolets. Ils firent face jusqu’à l’épuisement des munitions. Trois autres tentèrent de fuir mais furent capturés et exécutés. Mme Marie-Louise Campagne, agricultrice buziétoise âgée de 52ans, trouva la mort au cours de l’attaque : en voyant une ombre derrière une fenêtre d’une habitation, les soldats allemands ouvrirent le feu, tuant Mme Campagne.
Carmen Bazan, agent de liaison, témoigna : « Les corps des guérilleros gisaient au même endroit, devant la porte, près du garage, et le dernier, au pied de la haie qui aurait pu le sauver. Je n’en connaissais que deux : Amado, blessé à Herrère et qui espérait, ici, récupérer des forces pour d’autres affrontements, Carrion, surtout, avec qui j’étais en « liaison » depuis 1941. Les maisons étaient criblées de balles. Des balles qui avaient aussi fauché une dame âgée, propriétaire du refuge des guérilleros, et une voisine. En tout, dix cadavres, dix victimes d’un terrorisme implacable. Venus on ne sait d’où, les nazis avaient pris position sans hésiter. Ils savaient où ils allaient, ils savaient ce qu’ils cherchaient. « Ils ouvrirent le feu sans sommation », me dit l’unique rescapé de la tuerie. Les résistants espagnols venaient du maquis de Pedehourat et s’étaient arrêtés là pour attendre la nuit et une nouvelle opération contre les nazis. Encore armés, ils étaient en train de manger lorsque les premiers coups de feu éclatèrent. La riposte fut immédiate et fulgurante, mais, très vite, on manqua de munitions. Seule solution, sortir, fuir. Par le garage, mais le fusil-mitrailleur installé en face ne leur laissa aucune chance. Les Allemands connaissaient la configuration des lieux. Pourquoi ? Grâce à qui ? Et Cecilio, mon camarade d’un jour d’infortune, qu’était-il devenu ? Les Allemands l’avaient enfermé dans la grange, cette même grange où j’avais appuyé mon vélo, en attendant qu’on m’autorise à reprendre la route vers Oloron. Il n’était pas seul. Face au mur, Cecilio avait pu entrevoir, malgré l’obscurité, trois Espagnols pieds et mains liés comme lui. Une nuit d’angoisse pour ces hommes qui venaient de perdre leurs compagnons de combat et qui s’apprêtaient à les suivre dans la mort. Au petit matin, les nazis exécutèrent sommairement les guérilleros d’une balle dans la nuque. La quatrième balle ne fut pas pour Cecilio comme il s’y attendait. Il suivit les Allemands jusqu’à la caserne de Pau, où, faute de charges contre lui, on dut le libérer. »


Le bilan fut particulièrement lourd.
Huit combattants espagnols trouvèrent la mort :
AMADO Francisco
ANDRES Angel
ANTONIO Felipe
CARRION Diego
FERRANDO José
GIL Gregorio
GIMENEZ Francisco
PINIES Andres
Deux résistantes françaises
ANGLADE (née PRAT) Anna
CAMPAGNE (née ARNAUD-SARTHOU) Marie-Louise

Lieu de mémoire
Les funérailles officielles eurent lieu le 5 octobre 1944, le chanoine Biers leur rendra un émouvant hommage : « Ces hommes ne sont pas morts pour défendre leur patrie, ni leur famille, ni leur village, ni leur clocher, ni leur maison, ni leur compte en banque, mais simplement pour la Liberté et la Dignité ».
Les combattants espagnols furent enterrés au cimetière de Buziet. Sur la tombe on peut lire : « Morts pour la liberté et la fraternité franco-espagnole ».
En 1998, un mémorial, conçu par Luis Léra, fut érigé en leur honneur. Chaque année, une cérémonie rappelle le souvenir de ces combattants espagnols.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174603, notice Buziet (Basses-Pyrénées, actuellement Pyrénées-Atlantiques), 17 juillet 1944 par Audrey Galicy, version mise en ligne le 18 juillet 2015, dernière modification le 14 janvier 2021.

Par Audrey Galicy

SOURCES : ORTIZ. J, Rouges, maquis de France et d’Espagne. Les Guérilleros, Atlantica, 490 p. — CUBERO J. Les Républicains espagnols, Cairn, 361 p. — MARTIN M. Résistance en Haut-Béarn, Atlantica. — Lettre du maire de Buziet au sous-préfet d’Oloron, 18 octobre 1944, Arch. Dép. Pyrénées-Atlantiques, notes de Jean-Claude Malé.
lettre du maire de Buziet au sous-préfet de d’Oloron, 18 octobre 1944, Arch. Dép. Pyrénées-Atlantiques, notes de Jean-Claude Malé.

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