ROGNON René, Claude

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

Né le 24 juillet 1916 à Charolles (Saône-et-Loire), mort le 20 septembre 1982 à Paris (XIIIe arr.) ; pasteur de l’Église réformée ; pasteur-ouvrier ; tourneur, agent de maintenance ; membre du conseil, du bureau puis du secrétariat national du Mouvement de la Paix.

Différents témoignages dus à ses convictions tant religieuses que syndicales ou politiques permettent de retracer l’itinéraire de René Rognon. Fils de Louis Gabriel Rognon et de Marie Louise Seulfort, descendant d’une famille du pays de Montbéliard qui compta plusieurs pasteurs, René Rognon aurait fait, selon Gilles Perrault qui le cite dans son livre sur Henri Curiel, Un homme à part (1984), des études de théologie à Genève (Suisse) de 1934 à 1939.

Marqué par sa détention au stalag XB pendant la Seconde Guerre mondiale qui l’amena à repenser son apostolat, il fit le choix, à la Libération, d’être à la fois pasteur et ouvrier en usine. Embauché comme tourneur chez Panhard, porte d’Ivry, dans le même atelier que le prêtre-ouvrier Bernard Striffling. N’ayant pas de charge de paroisse, il suppléait l’absence des pasteurs des temples voisins.

Il habitait rue de la Butte-aux-Cailles dans le XIIIe arrondissement de Paris dans des locaux que l’Église réformée avait mis à sa disposition : appartement privé au premier, espace collectif au rez-de-chaussée, qui servait de bibliothèque, d’atelier, de salle de réunions et, à partir de 1958, de siège pour l’association « Les amis de la bienvenue » qu’il avait créée avec Françoise Perrotte. René Rognon en était l’animateur avec sa femme (née Marcelle, Valentine Charrière), ouvrière d’usine, puis traductrice indépendante à domicile. Il s’agissait de regrouper les habitants autour de leurs préoccupations quotidiennes, de questions politiques (comme la paix, la guerre d’Algérie, l’émancipation des peuples), de développer des cours d’alphabétisation et d’initier des études bibliques ouvertes à tous (protestants, catholiques et athées).

Volontiers considéré comme « compagnon de route » du Parti communiste, René Rognon occupa d’importantes responsabilités au Mouvement de la Paix : il fut membre du conseil national dès 1955 puis fut élu le 14 décembre 1959 au bureau du conseil départemental de la Seine. Il entra au bureau national à l’issue des élections des 24-25 octobre 1960 et appartint dès lors au secrétariat national. Il allait assumer cet engagement pendant vingt ans, assistant aux congrès nationaux et internationaux du Mouvement de la Paix (il était membre du Conseil mondial) et en faisant partie de nombreuses délégations.

Il avait rejoint le Mouvement de la Paix comme de nombreux chrétiens que l’appel de Stockholm, en 1950, avait réunis. Il avait été délégué au congrès des peuples pour la Paix à Vienne, les 12-19 décembre 1952 et avait tenu à rappeler les raisons de sa présence : « Je suis pasteur et je ne serais pas ici pleinement un représentant du peuple français si je ne me sentais pas aussi lié à tous les membres de l’Église à laquelle j’appartiens, à tous les membres de ma paroisse que je connais et que j’aime, comme à ceux qui ne m’ont pas délégué à Vienne. Je suis ouvrier, et je ne serais pas ici pleinement un représentant du peuple français si je ne me sentais pas lié à tous mes camarades d’usine qui tous aiment la paix et la veulent, qui tous souffrent de la tension actuelle, même ceux qui, en refusant d’acheter la carte du congrès diffusée en France ou en s’abstenant d’assister aux réunions du congrès ne m’ont pas délégué à Vienne. Pas plus que je ne serais pleinement un représentant du peuple français si j’acceptais, si peu que ce soit, de me laisser désolidariser des camarades de mon syndicat qui sont communistes, si je cédais si peu que ce soit à la pression d’une propagande et de mesures policières qui voudraient introduire une discrimination entre eux et moi. »

C’est bien dans le dialogue et le respect des opinions que ses combats furent, tout au long de sa vie, ceux du Mouvement de la Paix. Ce fut ainsi que René Rognon fut de toutes les actions contre la guerre d’Algérie (il signa la déclaration sur le droit à l’insoumission dit « Manifeste des 121 »), qu’il participa aux manifestations pendant la guerre du Vietnam contre l’intervention américaine (il fut signataire de l’un des premiers appels du Mouvement de la Paix le 22 février 1965), qu’il se mobilisa contre l’armement nucléaire (il était de ceux qui avait lancé l’« Appel des 100 » pour une marche de la paix le 20 juin 1982) et qu’il dénonça diverses ingérences (l’agression israélienne au Liban par exemple).

À côté de ses responsabilités au Mouvement de la Paix, René Rognon appartint au réseau Solidarité, créé en 1962, pour venir en aide aux mouvements de libération du tiers-monde. Ce fut dans ce cadre qu’il rencontra Henri Curiel. Il s’occupait également de réfugiés avec la CIMADE.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174714, notice ROGNON René, Claude par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 22 juillet 2015, dernière modification le 30 juillet 2015.

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : Le sermon sur la montagne, Université de Genève, Faculté autonome de théologie protestante, 1948. — Im Anfang (Au commencement, traduction française par René Rognon), Albeuve (Suisse), Éd. Castella, Zurich : Flamberg, 1969.

SOURCES : Arch. départementales de Seine-Saint-Denis, fonds Mouvement de la Paix, 1941-1995 170 J 1-227 22Fi ; 1-358 ; 16 J 1-146 ; 170 J 4. — Les Temps modernes, août-septembre 1960. — Raoul Crespin, Des protestants engagés. Le christianisme social 1945-1970, Les Bergers et les Mages, 1993. — Jacques Poujol, Protestants dans la France en guerre 1939-1945, Les Éditions de Paris, 2000, p. 261. — Paul Valet, Prêtre-ouvrier. Itinéraire d’un ancien jociste, Karthala, 2008. — Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, « La Mission ouvrière : la justification religieuse d’un déplacement à gauche (1940-1945) », dans Denis Pelletier et Jean-Louis Schlegel (dir.), À gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours, Paris, Le Seuil, 2012, réédité en format poche en 2015. — Notes de Jean-Yves Carluer, de Michèle Rault, de Sabine Rousseau.

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