VAN LOO Romain.

Par Jean Puissant

Gand (Gant, pr. Flandre orientale, arr. Gand), 18 octobre 1854 − Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 11 mai 1927. Ouvrier typographe puis employé à la Maison du peuple de Bruxelles ; syndicaliste, militant et dirigeant socialiste, dirigeant de l’Association libre des compositeurs et imprimeurs typographes de Bruxelles et de la Fédération typographique belge, dirigeant de la coopérative la Maison du Peuple à Bruxelles, fils de Pol Van Loo.

Nous ne connaissons la vie de Romain Van Loo que par ce que nous en apprend Louis Bertrand (voir Sources). Presque contemporains, manifestement proches dans leur vie militante depuis 1884, il est aisé de suivre dans leurs détails les propos du mémorialiste du Parti ouvrier belge (POB).

Fils d’un tisserand gantois qui figure parmi les fondateurs des « Broederlijke wevers » (les tisserands fraternels), première association syndicale dans la grande industrie en 1857, Romain Van Loo, aîné de six enfants et devant contribuer au budget familial, quitte l’école primaire à l’âge de onze ans et devient apprenti typographe. Le soir, il poursuit sa formation à l’école industrielle de la ville de Gand. À quinze ans, sans travail, il suit son père à la fabrique et devient tisserand (1869). Trois ans plus tard, il retrouve un emploi de typographe mais tire un mauvais numéro et doit faire son service militaire dans un régiment de cavalerie.

De retour à la vie civile, Romain Van Loo reprend son métier de typographe. Il gagne Bruxelles le 17 novembre 1882. Il y travaille dans divers ateliers avant de rentrer à La Réforme, nouveau journal libéral progressiste, comme compositeur en février 1884, puis chef d’atelier jusqu’en 1891. Il devient alors employé comptable à la boulangerie coopérative La Maison du peuple.

Romain Van Loo adhère à l’Association libre des compositeurs et imprimeurs typographes de Bruxelles (ALCIT). Il en est le secrétaire-adjoint du 2 décembre 1887 au 7 juin 1888. Il est également vice-président de la Fédération typographique belge du 8 janvier au 5 septembre 1889. En 1884, il habite rue de la Banque où il tient également un estaminet. Il tiendrait également une petite imprimerie autonome. Il est électeur capacitaire au titre de de lauréat d’un concours d’adulte.

Romain Van Loo adhère au Vooruit (en avant) de Gand en 1881. Tradition familiale, engagement personnel le poussent vers le milieu « socialiste » bruxellois. Syndicaliste, il participe à la Ligue typographique bruxelloise pour la réforme électorale En Avant ! (en faveur du suffrage universel) qui réunit les typographes comme Gustave Defnet, Désiré Vandendorpe, Alphonse Wormhout) : ils veulent s’engager dans la lutte politique sans mettre en danger l’unité syndicale au sein de l’ALCIT. Van Loo adhère à la Ligue ouvrière de Bruxelles en janvier 1884. Il devient administrateur de La Voix de l’ouvrier lors de sa reparution en août 1884, aux côtés de Louis Bertrand − ce dernier est engagé comme expéditeur de La Réforme où Van Loo l’est comme typographe −.

À l’été 1884, Romain Van Loo fait partie du Comité de la Fédération des ligues ouvrières et démocratiques de Bruxelles. En septembre, il adhère à la Ligue républicaine et signe son manifeste qui provoque des poursuites. Il figure ensuite sur la liste présentée par la Ligue ouvrière de Bruxelles pour les élections communales d’octobre 1884. Cette liste se retire pour ne pas fragiliser la majorité laïque à la ville et donc l’enseignement publique, objet de la contestation en cet automne troublé.

En avril 1885, Romain Van Loo participe activement au Congrès ouvrier qui décide la création du POB. Il plaide pour l’abandon par les organisations ouvrières de l’abstentionnisme politique et fait des propositions d’organisation du nouveau parti. Il fait partie du premier Conseil général du POB, il en démissionne en 1887 à la suite d’un échec au poll de la Ligue ouvrière de Bruxelles face notamment à Désiré Vandendorpe. « Les idées que je représente au POB, ne sont plus en harmonie avec celles de la grande majorité des membres de la fédération bruxelloise. » Van Loo défend effectivement alors une position d’extrême gauche au sein du parti au moment où se développe la controverse avec Alfred Defuisseaux*. Il n’en édite pas moins un numéro édulcoré de l’hebdomadaire de ce dernier, En avant pour le SU le 2 janvier 1887.

Par la suite, Romain Van Loo n’a plus d’activité strictement politique. Mais il siège à nouveau en 1894 au Comité de la Fédération bruxelloise du POB, puis en 1895 au Conseil général du parti et même à son Bureau mais cette fois comme représentant de la coopérative. Van Loo est également fondateur du Peuple en décembre 1885. Il fait partie de son conseil d’administration, tout comme de la société coopérative, La Presse socialiste, créée pour diriger les activités de presse du POB (1er mars 1886). En 1889, lorsque Jean Volders est appelé à La Maison du Peuple en difficulté, il est, comme trésorier, avec Auguste Dewinne, secrétaire, l’une des chevilles ouvrières du redressement et de la modernisation de la coopérative bruxelloise. Il est membre de son Comité exécutif. En 1891, il y devient comptable permanent. Lors de la maladie de Camille Standaert, il le supplée et, à la mort de ce dernier, le remplace comme administrateur délégué en 1899. Il a quarante-cinq ans.

Comme coopérateur responsable, Romain Van Loo participe à la création d’une coopérative de production, L’Union des confiseurs. Il crée la coopérative, Le Bon lait, d’Herfelingen (aujourd’hui commune d’Hérinnes-Herne, pr. Brabant flamand, arr. Hal-Vilvorde) dont il assure le secrétariat. Il contribue à développer le service médico- pharmaceutique de La Maison du peuple de Bruxelles, l’assurance mutuelle interne. Van Loo est également un des fondateurs de la Fédération des coopératives (socialistes) belges en 1900, tentative de création d’un « wholesale », du moins avec un rôle de courtier à ses débuts pour l’ensemble des coopératives de consommation. Il en est le trésorier.

Il s’agit à nouveau d’un de ses ouvriers qualifiés, bruxellois, typographe en l’occurrence, qui joue un rôle décisif dans la construction méthodique des bases du POB (parti, presse, coopérative…) à l’origine du succès de ce parti, mais sans en avoir été une figure de proue. « Doté d’une belle intelligence, d’une scrupuleuse honnêteté, il a rendu au parti socialiste d’énormes services. Des hommes comme Van Loo font honneur à la classe ouvrière et montrent quelles ressources on peut en tirer pour le bien commun » conclut Louis Bertrand (1903).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174772, notice VAN LOO Romain. par Jean Puissant, version mise en ligne le 23 juillet 2015, dernière modification le 25 octobre 2020.

Par Jean Puissant

SOURCES : BERTRAND L., Histoire de la coopération en Belgique. Les hommes - Les idées - Les faits, t. 2, Bruxelles, 1903, p. 326-348 − BERTRAND L., Histoire de la démocratie et du socialisme en Belgique depuis 1830, t. 2, Bruxelles, 1907 − SERWY V., La coopération en Belgique, t. IV : La vie coopérative - Dictionnaire biographique, Bruxelles, 1952, p. 254 − PEIREN L., De kinderen van Gutenberg, geschiedenis van de grafische vakbeweging in België voor 1975, Brussel-Gent, 2006.

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