SPIRE Rosette [née GOLBERIN Rose, dite, épouse SCHEIBLING]

Par Alain Dalançon

Née le 2 décembre 1934 à Colmar (Haut-Rhin) ; professeure d’anglais ; militante syndicaliste du SNES, secrétaire nationale (1979-1987) ; militante communiste.

Rosette SPIRE en 1985
Rosette SPIRE en 1985
coll. IRHSES

Rosette Golberin appartenait à une famille juive d’origine russe, non croyante. Son père était inspecteur commercial et sa mère sans profession ; ses grands-parents furent victimes en Ukraine de la « Shoah par balles » en 1942. Durant l’Occupation, elle fut, comme son frère, une « enfant cachée » par des religieuses catholiques de Lyon.

Après l’école primaire à Lyon, elle effectua ses études secondaires au lycée Jeanne-d’Arc à Nancy en étant boursière, et obtint le baccalauréat (série philosophie) en 1952. Elève en hypokhâgne puis khâgne au lycée Poincaré de Nancy de 1952 à 1954, elle passa ensuite en faculté où elle obtint la licence d’anglais, puis le diplôme d’études supérieures et fut reçue au certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement de second degré d’anglais en 1957.

Mariée en décembre 1957 à Nancy avec Didier Spire, devenu ingénieur agronome à l’INA, elle eut avec lui deux enfants : Bruno, devenu médecin, engagé dans la lutte contre le sida, et Juliette, conservatrice adjointe de musée. Elle divorça en 1978.

Après l’année au centre pédagogique régional, elle enseigna au collège Marcel Proust à Illiers-Combray (Eure-et-Loir), en 1958-1959, puis au petit lycée Condorcet à Paris jusqu’en 1968. Elle fut nommée ensuite, à sa demande, au collège expérimental Louis Lumière de Marly-le-Roi (Yvelines).

Adhérente et militante au Syndicat national des enseignements de second degré depuis sa première nomination à Illiers et au Parti communiste français depuis 1969, Rosette Spire commença à s’investir vraiment dans le militantisme au SNES dans les années 1970 à l’occasion de la tentative de Louis Legrand de redéfinir les services des professeurs dans les collèges expérimentaux dont elle devint un des porte-parole. À la demande de Suzanne Mamane (secrétaire nationale du SNES dans le secteur pédagogique auprès de Jean Petite puis secrétaire de L’Ecole et la Nation) fort intéressée par les expériences de recherche pédagogique, elle passa du bureau de la section académique (S3) de Versailles à la commission administrative nationale en 1977, puis entra au bureau national et au secrétariat national en 1978. Dans une période de réorganisation de la direction nationale (S4), sous l’impulsion de Gérard Alaphilippe, elle fut déchargée de service à temps plein et investie de la responsabilité d’un secteur transversal « collèges » qui prit son autonomie par rapport aux anciennes commissions pédagogique, corporative et laïque (parallèlement fut créé un secteur « lycées » sous la responsabilité de Michèle Jacquet).

Rosette Spire fut désignée co-rapporteure avec Michèle Jacquet et Jean Chaubard du thème du congrès d’étude de Clermont-Ferrand en 1980 : « Propositions du SNES dans les luttes d’aujourd’hui pour l’école de demain ». Elle contribua à une analyse nouvelle des effets de la crise sur l’école, l’institution apparaissant à beaucoup de jeunes comme un lieu d’échec, un milieu hostile. Le projet d’ « École progressive » du SNES pouvait répondre à cette situation en s’appuyant notamment sur les expériences collectives, les recherches en sciences de l’éducation et didactique, les travaux des mouvements pédagogiques et en prenant en compte les points de vue des organisations de travailleurs, des élèves et des parents. Pour rénover contenus et démarches, modes d’appropriation des savoirs, on pouvait se fixer des objectifs par niveau. Pour lutter contre l’échec scolaire, on proposait du soutien en heures supplémentaires incluses dans les services, des groupes de rattrapage et la transformation des CPPN (classes préprofessionnelles de niveau) et CPA (classes préparatoires à l’apprentissage).

Au congrès de Montpellier de 1981, elle contribua à l’approfondissement de cette orientation. Pour aider chaque jeune à réussir, il fallait prendre en charge la diversité sociale et culturelle des élèves, dégager des démarches pédagogiques s’appuyant sur la motivation des élèves et alliant étroitement phases d’observations, de manipulations, d’expérimentations et de conceptualisation. Il fallait aussi prendre en charge de façon adaptée les jeunes exclus du système scolaire.

Après le départ en retraite d’Etienne Camy-Peyret, Gérard Alaphilippe devint secrétaire général en juin 1981. Rosette Spire entra l’année suivante au collectif permanent, sorte de secrétariat général collectif de sept membres. Elle exprima la position du SNES sur les ZEP (zones prioritaires d’éducation) dans Le Monde et L’US après la rentrée 1981 : « priorité aux zones prioritaires » mais en n’oubliant pas les zones rurales et sans réduction des moyens aux autres établissements. Elle milita aussi activement à cette époque pour l’intégration des PEGC (professeurs d’enseignement général des collèges) dans le corps des certifiés, question fortement débattue, y compris au sein de la tendance U-A dans le SNES et au plan fédéral.

Elle eut surtout en charge le projet de réforme du collège Savary*. Elle représenta le SNES dans la commission Legrand et y exposa des exigences indissociables : oui au développement de la socialisation en tenant compte de la réalité objective de l’adolescence, aux pratiques diversifiées permettant initiative et autonomie, à la définition d’objectifs en termes de savoir et savoir-faire, à l’ouverture à des innovations y compris à des groupes de niveau-matières non rigides. Mais elle exprima l’opposition du SNES à l’insuffisance des moyens et surtout à la redéfinition proposée des services sur la base de 35 heures hebdomadaires : 16 h + 3 h de tutorat et 16 h de préparation et correction, d’autant qu’en même temps André de Peretti proposait la bivalence des professeurs.

Rosette Spire fut une des principales animatrices de la rencontre nationale organisée par le SNES et le Syndicat national des professeurs d’éducation physique et sportive, le 8 mai 1982 « Pour un nouveau collège dans une école de la réussite », puis des Assises nationales de la vie scolaire, le 22 mai : « Changer la vie au collège, changer le temps à l’école ».

Elle continua à exercer ses responsabilités de secrétaire nationale, y compris après le départ, à la rentrée 1984, de Gérard Alaphilippe pour lequel elle avait toujours eu beaucoup de considération. Elle quitta le PCF en 1985 et partit de la direction du S4 en 1987, après le congrès national de Versailles. Selon son témoignage, elle se sentait l’objet d’une certaine méfiance de la part de membres de la direction depuis que son compagnon, Jacques Scheibling, avait exprimé ses désaccords avec le PCF. Elle reprit alors un service complet d’enseignement au collège de Marly-le-Roi, avec beaucoup de plaisir jusqu’à sa retraite prise en 1997.

Remariée avec son compagnon, en août 1990 à Luri (Corse), elle se consacra aussi à une chorale de musique classique, et joua dans plusieurs troupes de théâtre, ce qui fut, et restait en 2015, sa passion.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174791, notice SPIRE Rosette [née GOLBERIN Rose, dite, épouse SCHEIBLING] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 24 juillet 2015, dernière modification le 2 décembre 2022.

Par Alain Dalançon

Rosette SPIRE en 1985
Rosette SPIRE en 1985
coll. IRHSES

SOURCES : Arch. IRHSES. — André D. Robert, « Syndicat et ZEP : d’une controverse implicite sur l’idée de justice à un consensus mou », Revue française de pédagogie, 2002, n°140, p. 21-31. — Renseignements fournis par l’intéressée.

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