HOLZMANN Siegfried, alias "Philippe"

Par Daniel Grason

Né le 1er mai 1897 à Eberswalde, Land de Brandebourg (Allemagne), mort le 21 octobre 1943 à Mauthausen (Autriche) ; mécanicien-ajusteur ; membre du Parti communiste d’Allemagne (KPD) ; résistant FTP.

Fête de l’Humanité à Garches en août 1924
Fête de l’Humanité à Garches en août 1924

Fils d’Ignace Holzmann et de Rosa Melawer, Siegfried Holzmann épousa Freida Goldberg. Membre du Parti communiste d’Allemagne (KPD), Siegfried Holzmann devint permanent dès 1933, il a été emprisonné en Allemagne pour « activités illégales ». Libéré, il émigra en Tchécoslovaquie, puis vint en France en 1936. En 1940, il s’occupa de la propagande antifasciste contre la guerre, le couple habita 32 rue du Texel à Paris (XIVe arr.). En 1942 il eut la responsabilité de l’activité communiste en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique).
Carlos Fernandez nous a précisé : « Entre le 27 juin et le 11 juillet 1942 il y aura 49 arrestations et internements de républicains espagnols. Ces espagnols n’étaient pas liés directement à la structure FTP-MOI du Parti communiste. Mais ils étaient également structurés en triangle mais de manière autonome en lien étroit avec le PCF clandestin. »
« Selon l’attestation du cheminot Michel Huet, c’était chez lui » que fut hébergé Siegfried Holzmann « à partir de septembre 1942 […] en pleine période des arrestations des FTPF et des républicains espagnols… »
Selon des amis et membres de la famille, Siegfried Holzmann était présumé fusillé le 18 janvier 1943 dans la région de Nantes.
Carlos Fernandez reconstitua son parcours. « Pendant la période novembre 1942 à janvier 1943 des actions plus spectaculaires » eurent « lieu à Nantes et en région nantaise, manière de signifier à l’ennemi que malgré les arrestations rien n’y fait (exécution de collaborateurs, sabotages d’installations dont celles du dépôt SNCF du Blottereau). »
« Les investigations des inspecteurs du Service de police anti-communiste (SPAC) devenu le 5 juin 1942, Service de répression des menées antinationales (SRMAN) se poursuivaient sous l’impulsion du redoutable commissaire Fourcade. »
Raymond Zaks nous écrivit : Siegfried Holzmann « est le frère de ma tante, Régine (la famille l’appelait Titi), épouse Sachs, et le fils de Rosa (parents turcs installés en Allemagne en 1875) et Ignace Holzmann. Je suppose que, comme ma tante, il est né à Eberwald, à coté de Berlin. Son nom est introuvable, dans les archives. » Les recherches pour reconstituer le parcours résistant de Siegfried Holzmann se poursuivaient.
Carlos Fernandez apporta de nouveaux faits : « Début et mi-janvier c’était l’hécatombe. Gaston Turpin membre très actif de l’Organisation spéciale tombait dans la nuit du 7 au 8 janvier 1943 puis c’était au tour de Louis le Paih (interrégional militaire) dans la nuit du 12 au 13 janvier et de Camille Lacazette le commissaire politique. Pire, avec l’arrestation de James Rogier (responsable régional politique) le 17 janvier, c’est toute une partie de l’organisation qui tombait. Le commissaire Fourcade n’avait pas besoin de forcer le trait pour obtenir toutes les informations voulues. En fait James Rogier se mettait rapidement au service des sbires de la police. Ils organiseront même une vraie - fausse évasion en gare de Nantes pour que James Rogier puisse poursuivre ses investigations et ses sales besognes. À la Libération il sera jugé, condamné à mort et fusillé. »
« Finalement, […] dans le courrier du Préfet Régional d’Angers toujours adressé à Monsieur le Commandeur, Chef du service des SS, Angers en date du 4 mars 1943 où l’on [pouvait] lire dans le paragraphe IV : « Holzmann [orthographié Ollzman] alias “Matz Pierre » dit « Philippe » [ce qui correspondait à d’autres sources] né le 1er mai 1877 [au lieu de 1897] arrêté le 19 février à Nantes … Dans le paragraphe suivant, il était mentionné « seuls quelques documents ont été trouvés en la possession du nommé Hollzman » Sans autre précision (dossier n° 3). »
« À un jour près, cette date [correspondait] à l’attestation de Michel Huet qui [hébergea] Siegfried jusqu’à son arrestation faite à la sortie de son domicile, avenue Pacaud à Nantes. Une impasse [qui était] facile à surveiller et une belle souricière ! »
Le 27 février 1943, il a été incarcéré à la prison de Fresnes. Le 5 mars 1943, jugé par un tribunal militaire allemand, il réintégra Fresnes. Avec ténacité, R. Zaks a reconstitué le parcours de Siegfried Holzmann avec des documents. Dans un courrier daté du 23 août 1952 au directeur interdépartemental des Anciens combattants et victimes de guerre, le préfet du département écrivit que les « recherches effectuées n’ont pas permis de déterminer les motifs et les circonstances de son arrestation à Nantes, le 18 janvier 1943, par la Gestapo. »
Il précisa toutefois que « Seul le registre d’écrou de la prison Lafayette mentionne la date du 19 janvier 1943 jour d’entrée de l’intéressé au Quartier allemand de ladite Maison d’Arrêt, avec comme motif « Soupçonné de haute trahison. »
« Deux jours plus tard, le 21 janvier 1943, il était transféré à Angers. »
« La consultation des divers fichiers de police et des archives judiciaires n’a pas apporté d’élément complémentaire utile à la poursuite de l’enquête. »
Siegfried Holzmann s’engagea dans les FTP en 1942, il était chargé du travail d’agitation parmi la Main-d’œuvre immigrée, et de l’organisation de distribution de tracts dans les casernes et cantonnements allemands.
Le 31 janvier 1950, il a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) du 18 octobre 1942 au 18 janvier 1943, jour où il mourut à Mauthausen.
Un employé de la SNCF qui vivait à Nantes écrivit le 8 février 1956 avoir hébergé à son domicile Holzmann Siegfried de mai 1942 au mois de janvier 1943, date à laquelle il fut arrêté par le Service de police anticommuniste (SPAC). »
Robert Cadiou ancien commandant départemental des FTPF, ancien commandant du 2ème Bataillon FFI de la Loire-Inférieure (Loire-Atlantique) attesta le 8 février 1956 que Siegried Holzmann « fut arrêté le 18 janvier 1943 à Nantes avec son groupe à la suite de la dénonciation d’un traître qui s’était introduit au sein de l’organisation. » Ce document a été validé par le lieutenant-colonel Vigne, Liquidateur national des FTPF, et celui du Front national.
Siegfried Holzmann était dans le convoi de 45 détenus (27 détenus de Fresnes, 17 du Fort de Romainville et 1 de la prison du Cherche-Midi). Les prisonniers étaient dans des wagons aux fenêtres grillagées, accrochés à un train en partance pour l’Allemagne qui partit de la gare de l’Est le 11 octobre 1943. Ils arrivèrent le lendemain dans la ville de Sarrebruck, puis au camp de Neue Bremm.
Tous les prisonniers ont été dirigés sur le camp de Mauthausen (Autriche), parmi les 45, il y avait 17 Francs-Tireurs et Partisans arrêtés dans plusieurs départements : 8 dans les Vosges, 3 en Meurthe-et-Moselle, 3 dans la Seine, 1 dans le Loiret, 1 en Indre-et-Loire et 1 en Seine-et-Oise. Des membres des réseaux étaient dans ce transport, trois du réseau anglais Buckmaster, 3 agents du réseau Mithridate, 2 membres du réseau Delbo-Phenix, et enfin la présence de Georges Loustaunau-Lacau, chef fondateur du réseau Alliance, arrêté à Paris en 1941. Tous étaient Nacht und Nebel « NN », Nuit et Brouillard, ce qui signifiait condamnés à disparaître sans laisser de traces. L’expression avait été empruntée par Hitler au livret de L’Or du Rhin de Richard Wagner.
Siegfried Holzmann matricule n° 37774 mourut à Mauthausen le 21 octobre 1943. Il a été homologué Déporté, interné, résistant (DIR), et au titre de la Résistance intérieure française (RIF).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174826, notice HOLZMANN Siegfried, alias "Philippe" par Daniel Grason, version mise en ligne le 25 octobre 2018, dernière modification le 18 avril 2019.

Par Daniel Grason

Fête de l'Humanité à Garches en août 1924
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A Berlin avec Régine en 1927 ou 1928
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En 1931 ou 1932
En 1931 ou 1932

SOURCES : Bureau Résistance GR 16 P 295198. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Notes de Carlos Fernandez, de R. Zaks qui a retrouvé les pièces administratives attestant de l’activité résistante de Siegfried Holzmann. – Pas de trace dans nos notes du DAVCC de Caen.

Photographies transmises par Raymond Zaks

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