ROGNARD Michel-Antoine

Par Pierre Chaumont, Marie-Françoise Henssien

Né le 23 avril 1940 à Mâcon (Saône-et-Loire) ; avocat au Barreau de Mâcon ; maire PS de Mâcon (1977-2001) ; conseiller général de Saône-et-Loire (1976-1988) ; conseiller régional de Bourgogne (1977-1998) ; membre du Conseil Économique et Social (1998-2000 et 2001-2003) ; fondateur de l’association « Présence d’Henri Guillemin ».

Michel-Antoine Rognard naquit dans une famille modeste. Son père, Philibert Rognard, fut agriculteur, puis chauffeur-livreur avant de tenir un café, rue de Lyon à Mâcon. Sa mère, Adrienne Millard, ancienne secrétaire, assistait son mari dans la tenue de son commerce. Ils eurent deux fils, dont l’un allait devenir ouvrier-imprimeur.
Élève au lycée Lamartine de Mâcon, recalé en 1958 à l’examen de passage en première à cause des mathématiques et des sciences physiques, Michel-Antoine fut encouragé par ses anciens professeurs de français à passer une capacité en droit. Il prépara l’examen en se rendant quotidiennement à la Faculté de Droit de Lyon et réussit, en juin 1959, le diplôme de première année avec mention. Devant gagner sa vie à la demande de ses parents, il entra comme clerc d’avoué stagiaire dans l’étude de Maître Goy, avoué à Mâcon et son ancien professeur (« découvrir le monde du travail et la lutte des classes à cet âge-là, ça marque » dira-t-il plus tard). Il passa son diplôme de deuxième année en 1960, qu’il obtint également avec mention.
Son sursis étant résilié, il fut incorporé au 35e régiment d’infanterie de Belfort où il rencontra Jean-Pierre Chevènement qui venait de passer le concours de l’ENA. Ce fut un événement marquant pour Michel-Antoine Rognard et les deux hommes allaient se retrouver en tant que maires de villes socialistes à la fin des années 1970.
Hospitalisé à la suite d’une hépatite, il devint secrétaire du personnel de service de santé de l’hôpital militaire de Dijon, ce qui lui permit de reprendre ses études afin de préparer une licence en droit. Démobilisé, il s’inscrivit à la Faculté de Droit de Dijon, passa les examens de première année en travaillant chez Maître Goy. Il obtint ensuite une bourse d’enseignement supérieur et étudia à plein-temps, suivant, à côté des cours de droit, ceux de lettres modernes et de philosophie à la Faculté des Lettres. En droit, il eut comme professeurs Edgar Faure et surtout Léo Hamon, dont l’enseignement le marqua profondément et avec lequel il allait rester en contact. Grâce à lui, il put effectuer deux voyages d’études, l’un au Moyen-Orient en 1965 et l’autre en Europe de l’Est en 1966. Il militait alors à l’AGED (Association générale des étudiants dijonnais-UNEF) et participa à la dénonciation de la guerre d’Algérie.
En décembre 1966, après avoir passé le Certificat d’aptitude à la profession d’avocat, il s’inscrivit au Barreau de Mâcon en tant qu’avocat stagiaire chez Maîtres Goy et Poulachon. Il commença à plaider ses propres dossiers pour les syndicats de Saône-et-Loire. En 1968, il suivit une affaire retentissante devant le tribunal correctionnel de Mâcon, en assurant la défense de deux militants cégétistes de « Motostandard » accusés de vols de pièces de matériel agricole. En 1970, il s’installa à son compte au 9 rue Lacretelle et s’inscrivit au syndicat des avocats de France dès sa création en 1973.
En 1966, Michel-Antoine avait adhéré au PSU. Membre de la commission nationale, il fut chargé de la région Rhône-Alpes, en particulier de la préparation des élections municipales de 1970 dans tout le Sud-Est. À l’automne 1974, lors des Assises du socialisme, il suivit Michel Rocard au PS. De 1976 à 2001, la vie publique de Michel-Antoine Rognard se confondit avec ses engagements politiques. En 1976, il fut élu conseiller général du canton de Mâcon Nord, enlevant le siège au conseiller général sortant Louis Escande] qui briguait un quatrième mandat. Cette élection marqua un tournant dans la vie politique mâconnaise (il abandonnera son siège en 1988 pour cause de cumul de mandats). En effet, Louis Escande était depuis la fin de la guerre une personnalité de premier plan dans le département. Il avait été député socialiste de 1962 à 1967 et maire de la ville de 1953 à 1977. Les relations avec son parti (FGDS) étaient devenues de plus en plus conflictuelles et il en démissionna définitivement en 1969, apparaissant dès lors comme un homme de la majorité. Michel-Antoine Rognard et Louis Escande appartenaient à la même loge lyonnaise du Grand Orient de France, Paix et Lumière.
De 1977 à 1998, il siégea au Conseil régional où il fut élu en 1986 et 1992 sur une liste du PS. Il fut membre du bureau de 1986 à 1992 et de la commission permanente de 1993 à 1998. En 1979, avec le soutien de François Mitterrand, il souleva un problème de procédure qui conduisit au départ du Président de région, Marcel Lucotte, et du préfet et à l’accession à la présidence de Pierre Joxe.
La liste d’Union de la Gauche qu’il mena lors des élections municipales mâconnaises de 1977 fut élue au second tour avec 61,10 % des suffrages contre 38,89 % à celle du maire sortant, Louis Escande. Michel-Antoine Rognard devint alors le plus jeune maire de Mâcon depuis le début du XXe siècle. Il allait accomplir quatre mandats successifs, toujours en conduisant des listes d’union.
Son premier mandat fut caractérisé par un effort important en direction du centre-ville. Il fit stopper les démolitions de l’habitat ancien et développa un programme d’action en faveur de la revitalisation urbaine afin que le cœur de ville retrouve son rôle de lieu de rencontre pour tous : il créa les premières rues piétonnes (rue Carnot en 1978), et réhabilita l’habitat du centre sud. Les quartiers périphériques, qui se peuplaient au détriment du centre-ville, firent l’objet d’une attention particulière avec l’implantation d’HLM de qualité, le réaménagement du plateau de La Baille et pour chacun de ces quartiers, la construction d’une maison de jeunes ou d’un centre social. Albert Krivopissko, adjoint communiste en charge de l’urbanisme de 1977 à 1989 conduisit cette politique de développement de la mixité sociale sur la ville. En septembre 1981, François Mitterrand inaugurait la gare TGV de Mâcon-Loché qui mettait Mâcon à une heure trente de Paris. Un vaste pôle d’activités tertiaires devait se développer autour de la gare. Ce fut alors un échec, et le parc ne connut une réelle implantation d’entreprises qu’une dizaine d’années plus tard.
Il sut gérer un dossier délicat, celui des finances urbaines, obérées par les dettes engendrées par le projet de l’ancienne municipalité « Mâcon de 100 000 habitants en l’an 2000 ». En 1978, 60 % des impôts locaux servaient à rembourser la dette. Ce problème resta longtemps un frein au développement de nouvelles politiques malgré les efforts de gestion consentis et ce, jusqu’à son dernier mandat.
Par souci d’ouvrir la vie municipale au débat et de permettre l’expression de toute la population, il initia une commission municipale « Femmes », avec Louise Perreal et Annie Jault, conseillères municipales. En 1981, fut créée l’association Vie et Liberté pour mettre en place un centre de planification et un centre d’orthogénie en lien avec les associations féminines de la ville. « Le Pont », centre d’hébergement et de rencontres pour les plus démunis, vit aussi le jour durant ce mandat, avec l’appui de Louise Perreal et Marie-Roberte Chatelet, elle aussi conseillère municipale. Il mit également en place un journal d’informations municipales.
Élu au premier tour des élections de 1983 avec 54 % des suffrages Michel-Antoine Rognard conduisit son deuxième mandat en présence d’une minorité de droite que l’introduction d’une dose de proportionnelle fit entrer au conseil. Le point fort de ce mandat fut la gestion de l’eau : il créa un syndicat mixte associant la ville de Mâcon et les communes de l’agglomération. Parallèlement, il poursuivit la politique de mixité sociale par la construction d’HLM et de logements privés dans le centre-ville, et celle de la réhabilitation des anciens quartiers HLM. Lors du troisième mandat (1989-1995), l’équipe de Michel-Antoine Rognard, pour laquelle Louis Escande avait appelé à voter, obtint 54 % des suffrages malgré les critiques subies les années précédentes et l’extrême-droite entra au conseil municipal. Ce mandat fut marqué par la réduction de la pression fiscale, le développement de la formation post-bac et la volonté de donner un nouvel élan au développement industriel. Durant ce mandat, l’idée germa des « Jardins de Cocagne » entreprise de réinsertion par le maraîchage biologique, idée qui prit forme en 1997.
Malgré son intention, poussé par ses amis et alliés de gauche, Michel-Antoine Rognard se présenta une quatrième fois devant ses concitoyens et fut élu. Pour ce mandat, il avait voulu une liste de conseillers très ouverte, composée de toutes les sensibilités de la gauche mâconnaise, associées à des candidats de la société civile. Il gommait ainsi l’aspect traditionnel de coalition de partis.
Deux événements forts caractérisèrent ce dernier mandat : le débat autour de l’intercommunalité à laquelle l’équipe dirigeante s’opposait en dénonçant le déséquilibre du financement et la trop grande dépendance vis-à-vis des communes périphériques et la construction d’un second pont avec le choix de son implantation. Débat long et difficile qui aboutit en 2009 à l’inauguration du pont François Mitterrand en aval de Mâcon. Durant ces six dernières années à la tête de la ville, il poursuivit l’amélioration de l’espace commun des logements HLM. Une société d’économie mixte fut mise en place afin d’intervenir par l’achat de logements très dégradés dans l’habitat de copropriété privée et aider à leur rénovation. Des commissions d’élus de quartiers contribuèrent à améliorer le lien social. L’habitat pavillonnaire s’étendant dans les petites communes périphériques, sans contribution à l’impôt local, des tarifs préférentiels concernant les services de la ville furent appliqués en fonction du lieu de résidence.
Michel-Antoine Rognard termina sa carrière de maire en 2001, la droite revenant aux manettes, dans un contexte peu favorable à la gauche qui recula dans la plupart des villes moyennes. Le fil directeur de ses quatre mandats s’était articulé autour du bien vivre ensemble pour chaque Mâconnais : sauvegarde et aménagement du vallon des Rigolettes, animation culturelle dense et variée, l’Eté frappé, festival d’été, la cave à musique, où sont accueillis des groupes musicaux amateurs et professionnels, le carnaval pour maintenir la tradition ; le mieux-être pour les personnes âgées : aide à domicile et foyers résidences ; dans le domaine scolaire, développement de la restauration, classes découvertes, mise en place du Clem (Centre de loisirs éducatifs de Mâcon), ouverture sur l’Europe avec la signature de plusieurs jumelages. L’essor économique, fut stimulé par l’aménagement des zones industrielles de Sennecé et Loché dans les années 1980, la transformation, dans les années 1990, des locaux de l’ancienne Seita, prélude à l’actuelle Cité de l’Entreprise. En 1996, la revue L’Entreprise plaçait Mâcon au sixième rang des villes françaises favorables à l’accueil des entreprises. Deux projets, la médiathèque et l’aménagement de l’esplanade Lamartine dont la réalisation nécessita des fonds structurels européens ne virent leur aboutissement qu’après le départ de Michel-Antoine Rognard.
Il exerça la fonction de vice-président de l’association pour la route « Centre Europe Atlantique » de 1977 à 1995, Louis Escande, un des fondateurs restant président jusqu’en 1993. Il fut président de Bourgogne Tourisme, de l’Association des Maires de Saône-et-Loire de 1977 à 1983 et membre du comité directeur des Maires de France de 1983 à 2001, membre du Conseil d’Administration des Villes Moyennes de 1983 à 2001, membre du comité directeur du Conseil des Communes et Régions d’Europe de 1983 à 1995.
Il présida le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale de 1989 à 2002. À ce titre, il siégea, de 1998 à 2000 et de 2001 à 2003, au Conseil économique et social, section des Économies régionales et de l’aménagement du territoire. En décembre 2000, il présenta le rapport « La fonction publique territoriale. Bilans et perspectives » qui proposait des pistes afin que cette fonction publique restât en mesure d’apporter aux collectivités l’appui indispensable dans l’accomplissement de leurs missions.
Il fut plusieurs fois tenté par la représentation nationale. Aux législatives de 1997, sur la première circonscription, il n’obtint que 24,51 % de suffrages exprimés au premier tour et 43,56 au deuxième, nettement devancé par le sortant UDF, Gérard Voisin. Il se présenta aux sénatoriales en 1977, avec pour suppléant André Quincy, maire de Blanzy (Saône-et-Loire). Il n’arriva qu’en troisième position de la gauche non communiste au premier tour et se désista au second tour au profit du maire de Cluny (Saône-et-Loire), Gérard Galantucci. En septembre 1986, tout comme neuf ans plus tard, la liste socialiste n’arriva pas à faire élire l’un des siens et trois sénateurs de droite furent désignés dès le premier tour. Toutefois, le score de Michel-Antoine Rognard progressa : il arriva second des candidats de gauche en 1986 et premier en 1995.
Si, malgré la proximité géographique de Cluny, il ne fit pas partie du cercle des intimes de François Mitterrand avec lequel il avait un lien de parenté éloigné, ce dernier le soutint dès sa candidature de 1977. « J’incarnais cette région pour lui ». Ainsi Michel-Antoine Rognard définissait-il ses rapports avec François Mitterrand qui lui remit la médaille de chevalier de la Légion d’honneur en 1993. Il fut élevé au grade d’officier en 2002.
En 2008, lors du congrès de Reims, Michel Antoine Rognard signa la « motion A » de Bertrand Delanoë et soutint en 2011, la candidature de François Hollande aux primaires socialistes. À son retrait de la vie politique, il fut consultant en tant qu’avocat, travaillant essentiellement pour des missions. Il fut vice-président de l’AFAC en 1995 (Association française des avocats auprès des collectivités locales). En 2003, il fonda une association « Présence d’Henri Guillemin », historien polémiste, né à Mâcon, catholique social, secrétaire particulier de Marc Sangnier, et en assura la présidence jusqu’en mars 2015.
De son union avec Claude Thomas, institutrice, adhérente du SNI et du PS, naquit une fille le 2 avril 1976 : Florence, filleule de Pierre Joxe. Après des études de droit, elle fut assistante parlementaire à l’Assemblée nationale, chargée de communication à la mairie de Paris. Battue aux élections cantonales sur le canton de la Chapelle de Guinchay en 2008, elle fut élue conseillère régionale PS de Bourgogne en mars 2010 et siégea à la commission culture, tourisme et canaux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article174949, notice ROGNARD Michel-Antoine par Pierre Chaumont, Marie-Françoise Henssien , version mise en ligne le 10 août 2015, dernière modification le 7 septembre 2020.

Par Pierre Chaumont, Marie-Françoise Henssien

ŒUVRE : Avec Karim Douedar, Les métiers territoriaux, Éditions Le Moniteur, 2004. — Préface du livre de Nicole Commerçon, Pierre Goujon, Villes moyennes. Espace, société, patrimoine, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1997. — Avec Marcel Vitte, Mâcon célèbre Lamartine. 1790-1990. Hommage de sa ville et de sa région pour le deuxième centenaire de sa naissance, Mâcon, Association Lamartine, 1993. — « Présences publiques d’Henri Guillemin à Mâcon », Annales de l’Académie de Mâcon, 2003. — Postface, Henri Guillemin et la Révolution Française. Le moment Robespierre, Actes du colloque organisé le 26 octobre 2013 par l’association « Présence d’Henri Guillemin », Éd. UTOVIE, 2014.

SOURCES : Archives du Courrier de Saône-et-Loire devenu Journal de Saône. — L’Unité, 25 mars 1977, 6 février 1981. — Isabelle Chèze et Albert Krivopissko, Mâcon et ses maires 1692-1992. Trois siècles de vie mâconnaise, préface de Georges Duby, Centre permanent d’études mâconnaises, 1992. — Site de l’AFAC, Vivre-a-chalon.com. — Daniel Derriot, « L’inaccessible étoile sénatoriale pour Michel Antoine Rognard », 30 août 2014.

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