GRANDGUILLOTTE Charles, Albert, Henri

Par Yves Le Floch, Gilles Morin

Né le 4 novembre 1884 à Cherbourg (Manche), mort le 4 juillet 1952 à Saint-Hilaire du Harcouët (Manche) ; ouvrier charpentier ; militant syndicaliste, libertaire puis socialiste ; secrétaire de l’Union locale CGT en 1908, puis général du syndicat CGT de l’Arsenal de la Marine de Cherbourg (Manche) de 1920 à 1934, conseiller municipal socialiste de Cherbourg de 1925 à 1935, secrétaire général de l’Union départementale de la Manche de 1928 à 1944.

Fils de Louis Grandguillotte, forgeron, et d’Augustine Hamel, Charles Grandguillotte, également forgeron, était secrétaire de l’Union locale CGT de Cherbourg en 1908. Après avoir vraisemblablement passé la guerre dans une usine métallurgique, en 1919, il entra à l’Arsenal de la Marine de Cherbourg (Manche) comme ouvrier charpentier. Élu trésorier adjoint de l’Union départementale CGT de la Manche le 18 mai, il se signala tout d’abord par plusieurs articles, bien écrits, que publia l’organe officiel de l’Union, l’Avenir de la Manche. L’un d’eux, notamment, intitulé « Syndicalisme » (Avenir de la Manche, 29 novembre 1919) affirmait chez son auteur de très fermes convictions syndicalistes-révolutionnaires. Il y était par exemple déclaré : « Chambre blanche ou chambre rouge, le syndicalisme, lui, continuera son œuvre d’éducation et de préparation révolutionnaires. Nous ne devons pas craindre d’être dépassés par les événements ; nous devons être convaincus qu’un idéal n’est réalisable que si l’on a la foi profonde dans son exécution et l’énergie dans son application. »

Pour Charles Granguillotte, en effet, et il l’annonça à plusieurs reprises, « Le flot montait » alors ; mais son attitude changea du tout au tout après la grève générale de mai 1920. Tout d’abord très impressionné par cette défaite, il fut ensuite pris par la logique de la recherche constante de conciliation qui caractérisait le syndicat de l’Arsenal, organisation dont il devint secrétaire général (en remplacement de Mars) en juillet 1920. Enfin, hostile aux thèses de la minorité confédérale ainsi qu’à celles de la IIIe Internationale naissante, il acheva de s’aligner sur les dirigeants très modérés de l’Union départementale, tout particulièrement sur Burnouf. Dès lors, s’amorça rapidement la carrière du principal responsable de la CGT de la Manche entre les deux guerres. Secrétaire général du syndicat de l’Arsenal jusqu’à son départ à la retraite en octobre 1934 (et secrétaire général honoraire ensuite), membre du comité de la Fédération des Travailleurs de l’État à Partir de 1932, président de l’Office départemental de placement, présent à l’ensemble des congrès et comités fédéraux, il entra à la commission de contrôle de l’Union départementale à l’occasion de son congrès du 17 septembre 1920, fut élu secrétaire adjoint au congrès du 29 janvier 1922 et remplaça Berthelot au secrétariat général en septembre 1924. Le congrès du 25 janvier 1925 l’élut secrétaire adjoint, Burnouf acceptant d’assumer une année de plus la direction de l’Union, puis celui du 31 janvier 1926, secrétaire général. Son échec aux élections à la commission locale des salaires en octobre 1926 (voir la notice Jolivel) ainsi que des raisons d’ordre personnel (ennuis de santé et « obligations » dérivant de son activité annexe de tenancier de débit de boissons à Cherbourg) l’amenèrent à démissionner au congrès du 6 mars 1927 et ce ne fut qu’à partir de celui du 22 janvier 1928 qu’il assuma en permanence, jusqu’à l’invasion allemande, le secrétariat général de l’Union départementale.

Considéré comme libertaire par ses camarades socialistes jusqu’en 1922, Grandguillotte était présent, en tant que SFIO, sur la liste de gauche qui fut élue, à Cherbourg, au second tour des élections municipales de 1925 (où il figurait concurremment comme « commerçant » et « secrétaire du syndicat de la Marine »). En tête de cette liste était monsieur Mahieu, maire républicain-socialiste de Cherbourg de longue date et fervent partisan de l’alliance avec les socialistes. Sa mort en 1926 entraîna de nouvelles élections qui tournèrent au désavantage de la SFIO, Burnouf et Grandguillotte étant les seuls de ses candidats à être élus. Tous deux se cantonnèrent dans une opposition extrêmement hostile, que Grandguillotte alimenta durant des années (jusqu’en 1933-1934) par une chronique régulière et virulente, « Au conseil municipal », dans l’Avenir de la Manche, et, ce, très souvent en première page. Réélu en 1929, seul socialiste du conseil après la défection de Burnouf en 1932, il fut très peu actif tant au sein de la section de Cherbourg que dans celui de la Fédération départementale. Il fut toutefois signataire, avec Dupont, Guéroult, Leseigle et Postel, de la « simple mise au point » publiée par l’Avenir de la Manche du 2 septembre 1933, qui protestait contre la monopolisation du Populaire par la tendance Blum et soutenait « l’impatience » de Marquet et Déat. Très hostile, à cette époque, au rapprochement avec le Parti communiste, au point de chercher à contrecarrer par ses articles l’action de Le Corre (cf. Avenir de la Manche du 10 juin 1933), il devait nuancer sa position par la suite, déclarant notamment après le 1er mai 1934 que « les organisations ont tout à gagner dans une unité d’action que les événements justifient pleinement... » et prit la tête de la manifestation d’union ouvrière de 23 juillet 1935 contre les décrets-lois.

Toujours secrétaire de l’Union départementale durant l’Occupation, il fut sollicité en mai 1942 pour devenir secrétaire du comité départemental du COSI qui comprenait encore les secrétaires de l’Union des syndicats chrétiens et des syndicats confédérés et des délégués des municipalités de l’agglomération. Il devait donner sa démission en août 1943, après qu’une société ait collé sur la demande du COSI national des affiches "contre la barbarie anglo-américaine". Il continua pourtant à assumer cette charge, jusqu’à la nomination d’un nouveau comité au début 1944. A l’occasion de l’enquête sur le COSI, je juge d’instruction de Cherbourg répondait le 3 juin 1946 à son collègue parisien chargé du dossier : "Monsieur Granguillotte est un vieux militant socialiste très connu dans les milieux ouvriers de la ville parmi lesquels il jouit de l’estime la plus grande (…) Son attitude au cours de l’Occupation fut parfaitement correcte. Son action au sein du COSI n’a été entachée d’aucune tendance collaboratrice". Il était alors retraité.

Est-ce lui qui fut candidat dans le canton de Saint-Hilaire en 1945 ?

Il s’était marié 14 octobre 1909 à Cherbourg avec Germaine Liot.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175068, notice GRANDGUILLOTTE Charles, Albert, Henri par Yves Le Floch, Gilles Morin, version mise en ligne le 9 septembre 2015, dernière modification le 27 novembre 2022.

Par Yves Le Floch, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat. F7/13036 et F7/13637, Z6/364, dossier Teulade, p. 474-477. — Arch. Dép. Manche, M, sous-préfecture de Cherbourg, 1er bureau, dossiers 39 et 75. — CGT : Congrès confédéral de Paris, 1925, 1927, 1931, 1933 et 1935, Congrès confédéral de Toulouse, 1936 et Congrès confédéral de Nantes, 1938. — L’Avenir de la Manche puis La Manche syndicaliste. — Cherbourg-Éclair, 19 et 22 janvier 1920. — La Voie sociale, 15 octobre 1926, 15 octobre 1928 et mars 1931. — Notes de Gilles Morin. — État civil en ligne cote 5 Mi 677, vue 186.

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