MATULEWICZ Régina

Par André Balent

Née le 9 mai 1927 en Pologne (sans précision de lieu), abattue par un SS de la division Das Reich le 10 juin 1944 à Fabas (Ariège)

Claude Delpla donne dans son livre posthume (2019), une autre date de naissance de Regina Matulewicz : le 12 août 1927. Il précise aussi le lieu de naissance : Winentow (Pologne). Toutefois, la nomenclature des communes et hameaux polonais ne comporte aucun Winentow. Il existe par contre plusieurs Wincentów. Une mauvaise transcription dans des documents français peut être à l’origine de cette erreur dans l’orthographe de ce toponyme. Dans son livre (op.cit., 2019), Claude Delpla orthographie le nom "Matulewiecz", alors qu’il l’écrit "Matulewicz" dans ses notes manuscrites, tout comme Guy Penaud (op.cit..2005). Selon le Mémorial Klarsfeld, Regina Matulewicz était d’origine juive, ce qui semble infirmé par les sources locales.
La famille Matulewicz résidait dans une ferme à l’écart, Bordeneuve. Elle pratiquait la polyculture. Il y avait au moins trois enfants : Tadeusz [Tadec] (né en 1923), Regina (née en 1927) et Maria (née en 1928).

Le 10 juin 1944, des éléments du troisième bataillon de la division Das Reich stationnés depuis plusieurs semaines dans des villages du sud-est du département de la Haute-Garonne (Miremont, Lagardelle-sur-Lèze, Grépiac, Venerque et Vernet) furent chargés d’"éradiquer" les maquis actifs dans le piémont pyrénéen en Haute-Garonne, mais aussi dans le nord du Couserans (Ariège). Ils furent aussi chargés de "punir" les populations civiles coupables de complicités avec les "terroristes". La 11e compagnie qui intervint à Fabas était cantonnée à Lagardelle-sur-Lèze et était commandée par le capitaine SS Hollmann.

Régina Matulewicz était une jeune Polonaise de dix-sept ans réfugiée. Elle demeurait à la métairie Bordeeuve, dans le petit village couserannais de Fabas, aux limites de la Haute-Garonne. Elle ne parlait pas l’allemand et peu le français. Le 10 juin 1944, des éléments de la 11e compagnie du 3e bataillon du régiment Deutschland de la division Das Reich se dirigea vers Betchat (Ariège) où avait été signalé un maquis des FTPF. Elle traversa d’abord Cazères (Haute-Garonne) et Saint-Michel (Haute-Garonne) où six maquisards furent tués lors d’un affrontement avant d’atteindre Fabas (Ariège) sur la route de Betchat (Ariège).

À Fabas, le village fut perquisitionné. Regina Matuliewicz gardait des des vaches et des moutons dans un pré en bordure de la RD 3. Elle ne comprit pas l’ordre donné par les Allemands de quitter les lieux. Vers midi, deux camions allemands étaient arrêtés à environ 600 m de la jeune fille. Les Allemands tirèrent des rafales avec une mitrailleuse, ainsi qu’a pu le constater un témoin, M. Millet, qui se trouvait à proximité.

Elle fut abattue, selon diverses sources, par une balle qui l’atteignit en plein coeur. Toutefois, l’enquête de gendarmerie à laquelle eut accès Claude Delpla qui y fit référence dans une note tapuscrite, révèle qu’elle fut mortellement blessée à deux endroits : à proximité du sein droit et dans le dos, à droite. Le constat fut fait vers 15 heures. Regina Matulewicz fut enterrée le lendemain, 11 juin 1944, à Fabas.

Le curé du village, Arthur Marcel, capitaine d’artillerie de réserve, convainquit l’officier SS qui commandait le détachement qu’il n’y a avait pas de maquis dans les environs du village.

Regina fut donc la seule victime civile de la commune. Les SS poursuivirent leur route vers Betchat.

Tadec [sans doute : Tadeusz] Matulewicz, son frère, né le 19 décembre 1923 en Allemagne mais Polonais de nationalité, bûcheron, a intégré d’abord le maquis de Betchat (Ariège), le 8 juin 1944 (avec les pseudonymes de "Dedieu" et "Escribe"), puis, avec le matricule 50.052, celui de la Crouzette (Ariège) ou 3102e compagnie des FTPF, après avoir suivi René Plaisant en compagnie de trois autres maquisards initialement intégrés au maquis de Betchat. Il participa aux combats de Betchat, La Crouzette, Saint-Girons, Rimont, Castelnau-Durban, jusqu’à la Libération totale de l’Ariège, le 22 août 1944. Il demeura membre de sa compagnie de FTPF jusqu’au 28 août 1944.

Sa soeur Maria, d’un an sa cadette, assista, le 11 juillet 1944 à la sanglante "liquidation" de Georges Estellé, instituteur du village, par des membres du maquis (FTPF) de Betchat (Ariège) qui l’ accusaient à tort d’être un milicien. Elle fut menacée de mort par les assassins de Georges Estellé si elle révélait comment l’instituteur avait été tué. Ce n’est qu’en 1989 qu’elle raconta ce qu’elle avait vu le 11 juillet 1944. Elle s’était mariée avec un enfant du pays, René Dot, de Montclar-en-Comminges, qui avait, lui aussi, été témoin d’une sauvage "liquidation" — celle d’un vrai collaborationniste — par les maquisards FTPF de Betchat.

Voir : Betchat, Fabas, Mercenac (Ariège), victimes de la division SS Das Reich en Couserans, 10 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175086, notice MATULEWICZ Régina par André Balent, version mise en ligne le 18 août 2015, dernière modification le 22 juin 2021.

Par André Balent

SOURCES  : Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Delpla, note tapuscrite de Claude Delpla, d’après l’enquête de gendarmerie ; 64 J 206, maquis de Betchat et de la Crouzette , fiche manuscrite de synthèse (Tadeusz Matulewicz) établie par Claude Delpla ; liste des maquisards de Betchat ayant quitté ce maquis pour la Crouzette ou l’AS ; 64 J 213, maquis de la Crouzette (pour Tadeusz Matulewicz). — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, 514 p. [p. 65, p. 66]. — Guy Penaud, La "Das Reich" 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [p. 376-377, p. 520]. — Henri Soum, Ceux de Balesta, Toulouse, Signes du Monde, 1995, 341 p. [p. 88-99]. — Note de Jean-Pierre Besse.

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