PUJOL Louis, Philippe (dit "Ramougnet")

Par André Balent

Né le 20 juillet 1920 à Alos (Ariège), exécuté sommairement le 9 décembre 1943 à Bethmale (Ariège) ; résistant (filières de passages clandestins en Espagne, Corps franc Pommiès (ORA)

Louis PUJOL (1920-1943)
Louis PUJOL (1920-1943)
AD Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla.

Fils de François Pujol et de Maria Escassut, Louis Pujol, célibataire, était domicilié comme ses parents au hameau de Montarma à Alos.

Louis Pujol fut membre du Corps franc Pommiès de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA) fondée au début de 1944 dans la R4. Il appartint aussi et, principalement, à une filière de passages clandestins vers l’Espagne connue sous le nom de « filière d’Alos ». Elle avait été créée — ainsi que celle du village voisin de Sentenac-d’Oust, voir : Barrau Louis — à l’initiative de Noël Peyrevidal, résistant socialiste de Foix (Ariège), organisateur du mouvement Combat, des réseaux Alibi et Nana qui avait des contacts dans le Couserans car il avait été, avant d’être révoqué, agent-voyer à Castillon-en-Couserans et à Saint-Girons, sous-préfecture de l’Ariège. Il constitua notamment une équipe à Alos, village pyrénéen du Couserans avec deux familles alliées de confiance, les Cazalé et les Pujol. François Pujol et Jean Cazalé étaient beaux-frères. Leurs fils Louis et Urbain Pujol, André et Maurice Cazalé formaient donc avec Louis Founau, transporteur, né 1885 et Pierre Paillas, deux autres résidents d’Alos, l’équipe de passeurs à qui Noël Peyrevidal envoyait les personnes à faire passer en Espagne. Georges Carton, agent de la Sipo-SD — originaire de Marseille (Bouches-du-Rhône) où il sévit aussi contre la Résistance — et sa maîtresse étaient aussi en contact avec le capitaine Dreyer, de la Douane allemande installée depuis avril 1943 au château de Beauregard à Saint-Girons, avec des adhérents locaux du PPF et la coiffeuse Rose Cucu. Dreyer avait demandé à Carton de s’intéresser à des habitants d’Alos qu’ils soupçonnait d’actions clandestines. Le rôle de Carton fut expliqué par Rose Cucu dans une déposition au à l’inspecteur Camille Barrilet qui l’interrogeait le 2 mars 1945. Carton prétendait adhérer à la Résistance afin de l’infiltrer et sachant que la coiffeuse était liée à une filière de passages, il demanda qu’elle l’aidât à faire passer des réfractaires au STO en Espagne. Elle mit Carton en relations avec Louis Founau. Elle prétendit que, pour donner le change, Carton aurait fait passer deux jeunes en Espagne avec le concours des frères Cazalé et Pujol. Carton ne fut pas interrogé sur cet épisode avant son exécution. Carton a sans doute piégé les Pujol et les Cazalé en utilisant les services de deux jeunes agents des Allemands qui étaient utilisés dans des opérations d’infiltration des organisations de Résistance. Ils se présentèrent sans doute comme des candidats au franchissement de la frontière.

Les Cazalé, les Pujol, Louis Founau et Pierre Paillas, furent arrêtés à leur domicile dans la nuit du 24 au 25 novembre 1943. D’Alos, ils furent transférés d’abord à Saint-Girons (Paillas fut libéré) puis à Foix, à la villa Lauquié, siège de la Sipo-SD, (Urbain Pujol, Jean Cazalé et Maurice Cazalé furent libérés). François Pujol, Louis Founau et André Cazalé furent ensuite détenus à la prison Saint-Michel de Toulouse et déportés en Allemagne. Seul, Founau, déporté à Buchenwald, revint vivant de la déportation.

Louis Pujol, détenu à la villa Lauquié parvint à s’évader. En effet, affecté au sciage de bois, il put s’enfuir. Il se cacha quelque temps à Alos, puis décida, avec l’accord de sa famille de passer en Espagne et de rejoindre les FFL. Mais les conditions hivernales n’étaient guère favorables pour le franchissement des Pyrénées. Le 9 décembre, de bon matin, arrivé épuisé sur le plateau de Ladrech, s’installa, à la limite des communes d’Alos et de Bethmale, sur le territoire de cette deuxième commune, dans une grange-écurie où il avait la possibilité de faire du feu. La fumée attira peut-être l’attention du capitaine de la Douane allemande, Ratzinger et de ses hommes. Louis Pujol s’était endormi. Les douaniers l’exécutèrent dans son sommeil. Francis Aguila (op.cit., p. 197) donne une autre version de sa mort : Louis Pujol, réveillé serait sorti de la grange mitraillette au poing, aurait tiré, mais aurait été mortellement atteint par la riposte de ses poursuivants. L’équipe de passeurs d’Alos était démantelée.

Georges Carton, à l’origine, entre autres actes de collaboration (Voir aussi Jean Vergne) contre la Résistance parmi lesquels le démantèlement de la filière d’Alos, fut condamné à mort le 2 avril 1946 par la cour de Justice de Toulouse (Haute-Garonne) et fut fusillé le 28 mai 1946. Louis Pujol fut le deuxième passeur ariégeois à être abattu par les Allemands après Louis Barrau, lui aussi du Couserans.

Louis Pujol a reçu la mention « Mort pour la France ». Son nom figure sur le monument aux morts d’Alos. Son nom figure aussi sur le monument mémorial de Corps franc Pommiès à Castelnau-Magnoac (Hautes-Pyrénées). Le site MemorialGenWeb indiquait de façon erronée (février 2018) qu’il avait été déporté.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175128, notice PUJOL Louis, Philippe (dit "Ramougnet") par André Balent, version mise en ligne le 20 octobre 2015, dernière modification le 19 juin 2020.

Par André Balent

Louis PUJOL (1920-1943)
Louis PUJOL (1920-1943)
AD Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla.

SOURCES : État civil. — Francis Aguila, Passeurs d’hommes et femmes de l’ombre. Ariège-Cerdagne 1942-1944, Toulouse, La Pas d’oiseau, 2011, 219 p. [p. 112 : pp. 194-198]. — Claude Delpla, "Deux familles décimées", La Dépêche, 31 juillet 1979. — Renseignements écrits communiqués à André Balent par André Laurens, historien, par l’intermédiaire d’Annie Rieu, de Toulouse. — Entretien téléphonique avec André Laurens., 1er mars 2018. — Notes de Jean-Pierre Besse et David Aguilar. — Site MemorialGenWeb, consulté le 23 février 2018.

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