LELOUTRE Michel, Guillaume, Alphonse

Par Gilles Pichavant

Né le 9 octobre 1785 à Petit-Quevilly (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; fileur à Rouen ; Poursuivi pour coalition en septembre 1830.

Fils d’un ouvrier journalier de Petit-Quevilly, Alphonse Leloutre devint fileur. Son enfance coïncida avec le fort développement des filatures équipées de mécaniques anglaises, dans le quartier de Saint-Sever de Rouen, puis à Sotteville-les-Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime).

En 1830, Alphonse Leloutre avait 45 ans, et habitait dans le quartier Saint-Sever, rue d’Elbeuf, N°8, en plein cœur du quartier des filatures. Il travaillait dans les ateliers de M. Picot où il était l’un des plus ancien ouvrier. Il fut arrêté et poursuivi par la justice dans le cadre de la répression d’une vaste coalition d’ouvriers qui se forma à Sotteville-les-Rouen et dans le quartier Saint-Server de Rouen. Cette coalition anima un mouvement qui inquiéta fortement les autorités.

Le 27 août 1830, des ouvriers fileurs qui avaient arrêté le travail se portèrent d’ateliers en ateliers dans les quartiers de la rive gauche de la Seine, engageant leurs camarades à arrêter le travail et à se joindre à eux. Les autorités firent bloquer la circulation sur le pont de Rouen, pour empêcher une contagion vers le nord de la ville, mais un groupe d’ouvriers avait eu le temps de traverser le fleuve. Il se rendit à l’Hôtel de Ville, et demanda à être entendu par le maire qui reçu une délégation. Par la suite les manifestants se rendirent à la rédaction du Journal de Rouen, et une délégation fut reçue par le rédacteur qui en rendit compte dans le numéro du lendemain. Les ouvriers voulaient profiter du fait qu’à Paris, les ouvriers avaient fortement contribué à la Révolution de 1830, pour obtenir des changements concrets dans leurs conditions de vie et de travail. Il revendiquèrent donc la révision des règlements intérieurs des filatures, avec en particulier la suppression du système d’amendes,. Il revendiquèrent aussi la réduction du temps de travail sans perte de salaire, ainsi que des augmentations de salaires. D’après Journal de Rouen, à cette époque, la durée du travail était de 16 heures 30 effectives — c’est à dire sans les pauses —, et pouvait atteindre les 17 heures ; les fileurs revendiquaient qu’elle soit limitée à 12 heures par jour.

Le mouvement s’étendit rapidement à Darnétal (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), ainsi que dans les vallées du Cailly et de l’Auustreberthe, à l’ouest de Rouen. Les fileurs tentèrent de s’organiser afin de coordonner leur mouvement, et des réunions se tirent à Sotteville, dans le quartier des grenouillettes, le 29 août dans le café Patin, et le 5 septembre chez Darras. (voir Pierre Drély)

Les autorités incitèrent les filateurs à mettre en place une commission pour réformer les règlements intérieurs, en les expurgeant de leurs aspects les plus terribles. Elle fut mise en place, et cela créa un flottement parmi les ouvriers, qui pensèrent avoir été entendus. Le 3 septembre, le travail avait repris dans l’ensemble des filatures de Saint-Sever et de Sotteville. Mais dans les jours qui suivirent il s’avéra que les modifications préconisées par le projet de nouveau règlement intérieur étaient minimes. De plus, les filateurs refusèrent de se considérer engagés par le projet de texte, chaque patron se considérant maître chez lui.

Les autorités profitèrent de ce flottement, pour écraser successivement les trois pôles de la mobilisation. Au tout début septembre ils arrêtèrent les fileurs de Sotteville et à Saint-Sever, qui s’étaient mis en avant dans les premiers jour, en allant, par exemple, voir le maire. Le 6 septembre un détachement la garde nationale de Rouen, ainsi qu’un détachement de gendarmerie, furent envoyés à Darnétal où les ouvriers bloquaient la ville depuis le 1er du mois, obligeant le maire et la garde nationale locale à s’enfermer dans la mairie. Ils y arrêtèrent un grand nombre de personnes, et le mouvement s’arrêta. Le 9 septembre un bataillon de la garde nationale de Rouen, accompagné d’un détachement de cavalerie, fut envoyé dans la vallée du Cailly, et la remonta jusqu’à Malaunay ; la cavalerie poussa jusqu’aux dernières usines de Montville.

Alphonse Leloutre avait quitté son travail le 27 août, à la suite du rassemblement de fileurs qui avait envahi les locaux de la filature, et la grève dura 6 jours. Lors du procès, l’accusation ne put pas prouver qu’il avait eu un rôle moteur dans la grève. Le tribunal estima qu’il n’avait fait que suivre l’ordre de se retirer donné aux fileurs par le filateur devant la situation créée par le mouvement de foule. Il admit l’argument de la défense, qu’il aurait engagé les ouvriers à ne pas quitter le travail. Cela conduisit le tribunal à considérer qu’il n’existait pas de charges contre lui et il fut libéré.

Pour la coalition du Faubourg Saint-Sever de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), voir : Adonis Amourette, Dominique Labois, Alexandre Levézier, Théodore De Longmare, Alphonse Leloutre, Stanislas Loison, Jacques Revers ; pour celle de Barentin et Pavilly, voir : Louis Coeffier, Pierre Drély. Pour la Vallée du Cailly, voir Jean-Isidore Prévost. Pour Darnétal : Nicolas Halavent. Pour la répression d’un attroupement de Rouen, voir : Paul Caumont. Coalition d’enfants Narcisse Saint-Martin

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175268, notice LELOUTRE Michel, Guillaume, Alphonse par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 2 septembre 2015, dernière modification le 7 octobre 2015.

Par Gilles Pichavant

SOURCES : Arch. Dép. de Seine-Maritime, Greffe du tribunal correctionnel Rouen, jugements (du 5 avril 1829 au 24 octobre 1831), Cote 3U4-1320 — Journal de Rouen, du 28 août au 12 novembre 1830. — État civil.

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