SOUM Renée, Thérèse, Marie [née SABOURAU]

Par André Balent

Née le 14 février 1940 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), institutrice, professeure de mathématiques à Perpignan ; militante syndicaliste ; militante de l’UGCS puis du Parti socialiste ; députée des Pyrénées-Orientales (1981-1986 ; 1986-1988).

Renée Sabourau était la fille d’Étienne, Marcel, Luc Sabourau, receveur des Postes né à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) le 18 octobre 1909 et de Grâciette Cuq née à Lodève (Hérault) le 20 janvier 1914. Elle avait un frère, Jean-Claude et une sœur plus âgée, Geneviève, qui fut PEGC, milita au PS, au SNI puis au SNI-PEGC et fut l’épouse d’Aimé Gouzy secrétaire de la FEN des Pyrénées-Orientales de 1979 à 1988.

Ses grands-parents paternels, Léandre Sabourau et Marguerite Gauby étaient des agriculteurs de Rivesaltes. Sa famille maternelle était enracinée à Perpignan. Son grand-père maternel, Émile Cuq, était un artisans serrurier qui employait plusieurs salariés. Avant la Première Guerre mondiale, son atelier était situé au centre de Perpignan, rue de l’Ange. Par la suite, il était implanté dans l’actuelle rue Pierre-Cartelet. Sa grand-mère paternelle, Marie-Thérèse Marc, était originaire du Conflent. Dans son autobiographie, Renée Soum qui met en avant ses racines catalanes ne s’attarde guère sur les affinités politiques de sa famille, évoque par contre celles de sa belle-famille, laïque et socialiste. Son mari Gilbert Soum dut se faire baptiser afin de célébrer son mariage catholique en 1960.

Renée Sabourau passa son enfance et sa jeunesse à Perpignan où ses parents étaient domiciliés, quai Vauban. Elle fut scolarisée à l’école primaire de filles Jean-Macé (aujourd’hui un collège mixte). Elle se rendait souvent dans le Conflent et habita à Vernet-les-Bains.

Elle fréquenta l’école normale de filles de Perpignan, et après avoir passé le baccalauréat et le certificat d’aptitude pédagogique, elle fut nommé à Sorède (Pyrénées-Orientales) où elle connut son futur mari, lui aussi en poste à l’école de cette localité. Tout en travaillant, elle suivit des études supérieures de mathématiques. Elle obtint une maîtrise de mathématiques eu diplôme d’études approfondies de physique (thermodynamique). Elle s’inscrivit en doctorat déposant un sujet sur l’énergie solaire. Par la suite, elle devint PEGC de mathématiques-technologie au collège Joseph-Sébastien Pons de Perpignan, dans le quartier du Moyen-Vernet à Perpignan. En 1971, elle devint professeure certifiée de mathématiques et exerça au collège Jean-Moulin de Perpignan. Elle conserva ce poste jusqu’au mois de juin 1981 lorsqu’elle fut élue députée de la circonscription de Perpignan-Céret. Après avoir été battue aux élections législatives de 1988, elle ne retrouva pas le chemin des salles de classe.

Renée Sabourau se maria avec un instituteur originaire de l’Aude, Gilbert Soum, instituteur dans les Pyrénées-Orientales. Le mariage religieux puis civil eut lieu à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales), commune où elle résidait alors, le 20 juillet 1960. Le couple eut deux enfants. Leur fille Magali, domiciliée à Elne (Pyrénées-Orientales) fut candidate aux élections départementales de 2015 dans le canton d’Elne sur une liste mixte rassemblant des socialistes et des communistes. Elle fut, à l’issue de ce scrutin, élue conseillère départementale suppléante. Leur fils, Pierre-Étienne, est employé au conseil départemental des Pyrénées-Orientales à la direction du Patrimoine et de la catalanité (2015) et responsable de l’Union catalane des MJC.

Au plan syndical, Renée Soum adhéra d’abord au SNI. Elle fit brièvement partie, quelques années avant et après 1968, du groupe départemental des Amis de l’École émancipée, tout comme Robert Marty dont elle partagea un moment les engagements politiques à la fin des années 1960. Elle participa avec son mari à la grève de mai-juin 1968 au collège J.-S. Pons. Mais, rapidement — elle n’était pas encore adhérente au SNES — elle fit partie de la minorité Unité, indépendance et démocratie du SNI et demeura dans cette tendance après son passage au SNES lorsqu’elle accéda au corps des professeurs certifiés.

Au plan politique, elle fit ses premières armes à l’UGCS animée localement en particulier par Noël Altéza et Robert Marty, ancien instituteur devenu professeur de mathématiques au collège scientifique universitaire de Perpignan un des éléments constitutifs de la future université de la ville. À cette époque, Marty était un membres les plus en vue du nouveau groupe départemental de l’École émancipée. Comme l’UGCS était une des composantes de la FGDS, elle fut associée — avec son mari et avec les membres locaux de l’UGCS — à la lutte de ceux qui, dans le département des Pyrénées-Orientales, et, surtout à Perpignan, remettaient en cause la mainmise de Paul Alduy sur la gauche non communiste rassemblée dans la FGDS dont l’UGCS dans le sillage de Jean Poperen était l’une des composantes.

Elle adhéra au Parti socialiste en 1973 et fut de ceux qui, dans la fédération départementale, s’opposèrent à Paul Alduy qui finit par en être évincé après l’élection cantonale de 1976. Elle fut alors associé à la direction d’une fédération départementale devenue désormais « fédération catalane » du PS. En novembre 1979 à l’issue du congrès de Saint-Paul-de-Fenouillet de la fédération catalane du PS elle fut élue première secrétaire, seule candidate à cette fonction désignée par le courant Mitterrand. En 1979, elle soutint la longue et dure lutte des ouvriers de l’usine des poupées Bella de Perpignan. Dans les années 1970, elle s’installa à Cabestany, commune suburbaine de Perpignan.

Elle fut la mandataire de François Mitterrand dans les Pyrénées-Orientales pour l’élection présidentielle de mai 1981. Lors des élections législatives des 14 et 21 juin 1981, 1e conseil national du PS ayant décidé de réserver des circonscriptions aux femmes, Renée Soum fut désignée par cette instance et non par la fédération catalane candidate dans la circonscription de Perpignan-Céret dont le siège était détenu depuis 1958 par Paul Alduy, vice-président de l’UDF, candidat de la droite, ancien de la SFIO, de la CIR et du PS. La candidature de Renée Soum, imposée par les instances parisiennes du parti, fut critiquée au sein de la fédération départementale qui s’était prononcée à une forte majorité pour celle de Michel Jomain, de Banyuls-sur-Mer : lors du choix du candidat socialiste dans la fédération, Michel Jomain obtint 186 voix contre 106 à Jean Marti, maire de Cerbère et 106 à Renée Soum. Finalement la fédération catalane soutint la candidature de Renée Soum qui bénéficia du soutien appuyé du Parisien Claude Estier — proche de Mitterrand et qui faisait de fréquents séjours à Collioure — et de la FEN — son beau-frère en était le secrétaire départemental et son mari secrétaire départemental du SNI-PEGC —. Au premier tour, elle recueillit 33, 38 % des suffrages exprimés alors que Paul Alduy se plaçait en tête avec 40, 68 %. Les autres candidats, tous de gauche obtinrent : Henri Costa, PCF 23, 05 % ; Miquel Mayol, Esquerra catalana dels treballadors, catalaniste de gauche, 1, 35 % ; Georgette Lopez, PSU, 1, 24 %.

Députée, Renée Soum fut secrétaire du bureau de l’Assemblée nationale. Elle défendit les travailleurs de l’usine des poupées Bella de Perpignan et plaida inlassablement la cause des vins du Roussillon.

Le 16 mars 1986, élection au scrutin proportionnel départemental, Renée Soum conduisait la liste du PS avec Pierre Estève conseiller général et maire de Saint-Paul-de-Fenouillet, François Beffara maire de Millas, Henri Vuillemin conseiller municipal de Perpignan, Daniel Gineste conseiller municipal de Perpignan et conseiller général de Perpignan VIII, Michel Jomain. Celle-ci recueillit 25, 86 % et eut une élue, Renée Soum. Elles se plaçait après la liste du RPR et de l’UDF (33, 93 % qui eut deux élus, Claude Barate (RPR) et Jacques Farran (UDF) et avant celles du Front national (19, 08 % et un élu, Pierre Sergent), du PCF conduite par André Tourné député sortant (15, 91%), du Parti socialiste catalan dissident de la fédération du PS liste conduite par Claude Gendre (2, 63 %), du Mouvement pour un parti des travailleurs (trotskiste lambertiste) 0, 56 %).

Renée Soum se représenta aux élections législatives des 5 et 12 juin 1988 dans la circonscription. En dépit de cet appui prestigieux et malgré le moment favorable, consécutif à la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République, candidate dans la 4e circonscription (vallée de la Têt, Capcir, Cerdagne) elle fut battue au second tour, à l’issue d’un duel serré, par Jacques Farran (UDF) qui l’emporta avec 50, 44 % des suffrages exprimés. Il est vrai que le maire de Millas, François Beffara — beau-père du futur homme fort du département et président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, Christian Bourquin — conseiller général, passé à la dissidence du Parti socialiste catalan s’était présentée contre elle. La candidature de Beffara candidature ne s’expliquait que par le rejet de la personnalité controversée de Renée Soum parmi les socialistes du département, militants ou élus et, de façon plus générale, parmi les électeurs de la gauche. Le désistement du candidat du PCF n’a pas suffi, dans ces conditions à assurer sa réélection.

Cet échec marqua la fin de sa carrière d’élue.

De 1993 à 1995, elle fut chargée de mission auprès du recteur de l’académie de Paris puis du recteur de l’académie de Montpellier.

En 1989, elle créa une association départementale le GESA (Groupe d’études sociétales et actions) qui lui permit de continuer à exister politiquement en invitant des personnalités prestigieuses du parti socialiste ou proches de ce dernier et en organisant des débats rassemblant un public fourni. Parmi les nombreux conférenciers accueillis par le GESA de Renée Soum, nous remarquons les noms de Jacques Delors, Yvette Roudy, Pervenche Berès, Jean Lacouture, Jean-Marie Rosenfeld …

Renée Soum fut candidate aux élections européennes du 13 juin 2077 dans la circonscription du Sud-ouest sur la liste socialiste conduite par Abdelkader Arif. Elle occupait la huitième position, non éligible.

Elle fut la candidate du PS aux élections législatives des 10 et 17 juin 2007 dans la 2e circonscription des Pyrénées-Orientales. La campagne électorale l’amena à rédiger un ouvrage autobiographique abondamment illustré Une si longue marche. Au premier tour, sa principale adversaire, Arlette Franco, députée sortante UMP et maire de Canet-en-Roussillon recueillit 28 040 voix (48, 50 % des suffrages exprimés) alors qu’elle n’en rassemblait que 12 855 (21, 80 %). Il y avait quatorze candidats dont cinq autres candidats de gauche (PCF, EELV, trois candidats trotskistes). Au deuxième tour, malgré les désistements des candidats de gauche, elle fut largement battue (12 655 suffrages, 40, 22 % des exprimés) contre 33 360 (59, 78 %) à son adversaire).

Ce fut Jacques Delors qui lui remit la rosette de chevalier de la Légion d’honneur décoration qui lui fut attribuée le 25 octobre 2001. Un décret du 29 mars 2013 la fit accéder au rang d’officier. Jean-Marc Ayrault, alors premier ministre lui remit la décoration.

Le 20 septembre 2014, Renée Soum qui participait aux États généraux du PS préconisa diverses mesures en matière d’éducation déclara qu’elle était « heureuse de [les] retrouver dans les mesures de la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem ».

Elle était membre (2015) du conseil national du PS.

En juin 2016, elle prit l’initiative appuyée par Jean Becat, professeur émérite de l’université de Perpignan-Via Domitia, ce constituer un "comité citoyen" afin de protester contre le nom proposé par le conseil régional de nommer le région "Occitanie" issue de la fusion de Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon. Ca comité posait d’adjoindre "Pays catalan" à Occitanie afin de désigner la nouvelle région. Il fut à l’origine d’un recours auprès du conseil d’État et d’une manifestation organisée conjointement avec d’autres entités le 10 septembre 2016 à Perpignan qui rassembla plus de 10 000 personnes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175336, notice SOUM Renée, Thérèse, Marie [née SABOURAU] par André Balent, version mise en ligne le 6 septembre 2015, dernière modification le 9 octobre 2021.

Par André Balent

ŒUVRE : Une si longue marche. Parcours d’une femme militante, Cabestany, Éditions le temple d’Or, 2006, 119 p.

SOURCES : Arch. com. Perpignan, registre de l’état civil, acte de naissance et mention marginale. — Archives du groupe départemental de l’École émancipée des Pyrénées-Orientales consultées dans les années 1980. — Autobiographie citée dans la rubrique ŒUVRE. — Journal officiel, 31 mars 2013. — L’Indépendant, quotidien, Perpignan, en particulier le n° du 19 novembre 1979, nombreux éléments biographiques. — Site du GESA ( www.association.gesa.over-blog.com) consulté le 12 août 2015. — Site http://calanus.free.fr/pages/home.htm consulté le 11 août 2015 (Chronique électorale de Banyuls-sur-Mer 1945-2002, à compte d’auteur, sans ISBN, Banyuls-sur-Mer, 2003, 241 p. (ouvrage publié et complété en ligne sur le blog de Claude Razouls). — Renseignements fournis par Renée Soum à Pierre Gros. — Souvenirs personnels d’André Balent.

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