SENON Martial

Par Claude Pennetier, Michel Thébault, Isabel Val Viga

Né le 2 décembre 1892 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), massacré le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; cantonnier ; militant socialiste et CGT ; victime civile.

Martial Senon
Martial Senon

Martial Senon était le fils de François* (né le 19 avril 1966, à Oradour-sur-Glane), et de son épouse Catherine née Dupuy (née le 17 novembre 1864, à Cieux et décédée le 4 novembre 1935, à Oradour-sur-Glane), colons, cultivateurs. Ses parents s’étaient mariés le 9 février 1888 à Oradour-sur-Glane. Devenu veuf, son père épousa en secondes noces le 2 octobre 1937 à Oradour-sur-Glane, Anna Durand* (née le 6 juin 1874, à Marcenat, Cantal), étameuse, veuve en premières noces d’Antoine Anglade (né le 25 décembre 1871, à Marcénat et décédé le 30 août 1926 à Rochechouart) et veuve en secondes noces de Jean Dubreuil (né le 11 mars 1888 et décédé le 9 août 1935, à Oradour-sur-Glane).
Il était le deuxième d’une fratrie de trois enfants, Léonard Noël (25 décembre 1888) époux d’Anne Bonnet, Catherine* (née le 15 septembre 1898) épouse de Lucien Morliéras* et parents d’Irène Denise*, nés à Oradour-sur-Glane.
Il eut une scolarité limitée ; malgré les récentes lois Jules Ferry sur l’obligation scolaire, il ne fréquenta l’école que pendant l’hiver, lorsque les travaux agricoles en laissaient la possibilité. Lors de la conscription, il se déclara journalier.
Il fit son service militaire en octobre 1913, au 63ème régiment d’infanterie de Limoges, et fut dans la continuité mobilisé le 2 août 1914. Il fit tout la première guerre mondiale dans l’infanterie, gazé le 18 octobre 1918 à Vouziers (Ardennes), empoisonnement qui lui valut pour des problèmes pulmonaires une petite pension d’invalidité. Il obtint la Croix de guerre avec Étoile de bronze, cité à l’ordre du régiment le 6 janvier 1917 : « Au front depuis le début de la campagne, d’un dévouement à toute épreuve, s’est particulièrement distingué le 3 août 1916 à repousser une attaque allemande ». Il refusa toute sa vie de reconnaître et de mentionner cette médaille militaire.
Il fut un mutin de l’été 1917. Son régiment, le 63ème RI de Limoges se mutina au quartier national du camp de Châlons (Mourmelon), le 14 juin 1917, refusant de remonter au front et d’aller aux tranchées. Il en garda sa vie durant un profond sentiment pacifiste.
Lors d’une permission spéciale, le 22 octobre 1917 à Oradour-sur-Glane, il épousa Catherine Chapelle (née le 20 juillet 1895, à Blond), couturière. De cette union naquirent deux enfants, Raymond (né le 16 mai 1919 et décédé le 26 juin 1938), et Marie Marguerite - dite Camille (née le 5 juin 1925), à Oradour-sur-Glane.
Il fut démobilisé le 2 août 1919. Pendant quinze ans il exerça de nombreux métiers : journalier et domestique agricole dans plusieurs exploitations agricoles, maçon et employé à la construction des lignes électriques de tramway de la Haute-Vienne et également quelque temps ouvrier d’usine à la papeterie de Saint-Brice-sur-Vienne (Haute-Vienne) près de Saint-Junien.
Il passa en 1934 un examen qui lui permit de devenir cantonnier au service des Ponts et Chaussées de la Haute-Vienne, nommé dans un premier temps à Arnac-la-Poste (Haute-Vienne).
Son fils élève brillant, celui-ci avait contracté la maladie à l’internat du collège de garçons où il avait préparé le brevet et le concours d’entrée à l’École normale, la maladie ne fut détectée que lors de l’examen médical d’entrée. Pour éviter cette situation qui avait profondément marqué la famille et permettre à leur fille de suivre une scolarité secondaire au collège de jeunes filles du Dorat, Martial Senon obtint sa mutation pour la commune d’Oradour-Saint-Genest (Haute-Vienne), commune limitrophe du Dorat.
Désireux de revenir à Oradour-sur-Glane, il obtint en 1941 une mutation pour son village natal. Faute de maisons disponibles dans le village du fait de la présence de nombreux réfugiés de l’est de la France, la famille s’installa au hameau du Repaire.
Martial Senon fut membre du Parti socialiste SFIO de 1913 à 1939. Il se syndiqua à la CGT de 1934 à 1939. Selon sa fille, l’Occupation le rapprocha du Parti communiste clandestin entre 1942 et 1944.
Il était le cousin de Léonard Senon époux de Marie Morliéras*, parents de Marie* épouse de Jean Bardet (parents d’Arthur Léonard* époux d’Yvonne Gendraud*, parents de Gisèle Régine Emma* et de Daniel Jean Marc*) ; d’Olga Roussy* épouse de Jean Lacroix* (parents de Monique Yvonne*, Roland Jacques*, Jean-Claude*), et de Michel Roussy* ; Cousin de Léonard Senon époux de Marguerite Rouffanche*, parents de Martial* épouse de Louise Goursaud*, Jean* époux de Marie Vergnaud*, Anne* époux de Jean Vergnaud* ; Cousin de Jean Senon époux de Françoise Ramnoux* parents de Jeanne* épouse de Denis Mercier* (parents d’Yvonne*) ; cousin d’Andrée Gourceau*.
Son épouse absente d’Oradour-sur-Glane elle était allée rendre visite à des cousines, sa fille était étudiante à Limoges, elle était l’une des passagères du tramway de 19h30, elles échappèrent au massacre.
« 19h30. C’est l’heure habituelle d’arrivée du tramway régulier qui relie Limoges et Oradour. La machine s’approche du village, bondée de voyageurs qui rentrent de leur travail ou de leurs courses au chef-lieu. A l’embranchement de la route de Saint-Victurnien, l’engin est stoppé par des SS qui ordonnent aux voyageurs de rester en place dans le wagon. Parmi ces voyageurs – ils sont une vingtaine – plusieurs Radounauds, Madame Montazeaud, postière à la retraire accompagnée de sa fille, mademoiselle Compain, la fille du pâtissier, Camille Senon, étudiante à Limoges, Eugène Leblanc, le fils du filateur, la femme et le fils du tailleur d’habits Jean Bichaud, l’épicier Émile Redon. (…) Encadrés étroitement, les voyageurs qui ont dû quitter le tramway, sont rassemblés en convoi. (…) Les otages sont tous emmenés, doivent traverser le village des Brégères en flammes, franchir la Glane par le gué d’un arbre tombé dans la rivière. Les pauvres gens sont terrorisés, les hommes et les femmes sont séparés, leurs identités sont vérifiées. (…) Deux heures s’écoulent. Une terrifiante attente. Puis un officier arrive, apostrophe vivement les gardiens du groupe. Un soldat crie aux otages : ’’Partez ! Vous avez de la chance ! Là-bas, les autres, tous Kaputt ! ’’ Libérés, les otages s’éloignent vers les Bordes, la peur au ventre d’être abattus dans le dos d’un instant à l’autre. »
Il fut victime du massacre perpétré par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich, mitraillé puis brûlé avec son père, son beau-frère et une partie de sa famille dans l’une des six granges dans lesquelles les hommes furent massacrés, le corps de son beau-frère fut identifié. Sa sœur, sa nièce, sa belle-mère et une partie de sa famille furent brûlées dans l’église avec l’ensemble des femmes et des enfants d’Oradour-sur-Glane.
Martial Senon obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945.
Son nom figure sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane.
Son épouse décède le 20 octobre 1995 à Oradour-sur-Glane.
Sa fille fut une jeune socialiste, puis une militante communiste, et une syndicaliste CGT des PTT. Elle présida au niveau national l’Association des familles de fusillés et massacrés de la Résistance française de 1981 à 1989.
Voir Oradour-sur-Glane

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175377, notice SENON Martial par Claude Pennetier, Michel Thébault, Isabel Val Viga, version mise en ligne le 8 septembre 2015, dernière modification le 17 janvier 2020.

Par Claude Pennetier, Michel Thébault, Isabel Val Viga

Martial Senon
Martial Senon
Martial Senon
Martial Senon
crédit : MémorialGenWeb
plaque famille Senon, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque famille Senon, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga
plaque famille Senon, cimetière Oradour-sur-Glane
plaque famille Senon, cimetière Oradour-sur-Glane
crédit : Isabel Val Viga

SOURCES : Liste des victimes, Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane. — Guy Pauchou, Dr Pierre Masfrand, Oradour-sur-Glane, vision d’épouvante, Limoges, Lavauzelle, 1967, liste des victimes, pp. 138-194. — MémorialGenWeb. — Archives État civil de la Haute-Vienne, actes de naissances, mariages, décès, recensements, registre de matricule militaire. — Témoignage de Camille Senon, Centre de Mémoire d’Oradour-sur-Glane. — Marielle Larriaga, Oradour-sur-Glane,10 juin 1944, éditions des traboules (p105-106).

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