SCOLARI Rino [SCOLARI Guerino dit Rino, parfois René ou Guérin ; lieutenant-colonel Froger dans les FFI]

Par Marc Giovaninetti

Né le 15 mars 1920 à Milan (Italie), mort le 23 mai 1983 à Paris (XVIe arr.) ; tourneur ; résistant JC ; interné à Châteaubriant et Voves ; lieutenant-colonel FFI ; militant communiste de la Seine puis des Hauts-de-Seine ; premier adjoint au maire de Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine).

Rino Scolari (3e à gauche) au camp de Châteaubriant, entouré de Roger Sémat, Jean-Pierre Timbaud et Guy Môquet

Rino Scolari était le fils d’un militant antifasciste italien, contraint à l’exil pour ses idées, et fixé dans la ville de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) en banlieue ouest de Paris. Tôt engagé dans les Jeunesses communistes, il en était en 1939 un des responsables de la région parisienne. En juin 1940, un communiste de Puteaux ayant noté l’essentiel d’un appel à poursuivre le combat lancé à la radio de Londres par un général de Gaulle inconnu d’eux, les jeunes communistes de Puteaux, guidés par Scolari, partirent en vélo aux Halles de Paris distribuer le texte sous forme de tract signé de leur organisation. Scolari fut parmi les premiers jeunes communistes arrêtés, en septembre 1940. Il s’évada une première fois et fut arrêté à nouveau en octobre. Interné successivement à la prison de la Santé à Paris, à Fontevrault, à Clairvaux, enfin au camp de Châteaubriant (Loire-Atlantique), il se lia d’amitié avec deux autres très jeunes détenus communistes, Guy Môquet et Roger Sémat. Il échappa à l’exécution de représailles qui coûta la vie à son ami Guy et à vingt-six autres importants otages communistes du camp le 22 octobre 1941. En 1942, il fit la connaissance de Jacky Vannier, une Parisienne née en 1923, comme lui militante et fille de militant communiste, internée au camp pour femmes attenant. Elle devint après la guerre sa première épouse.

Le 10 février 1944, Rino Scolari s’évada avec deux autres jeunes détenus du camp de Voves (Eure-et-Loir) où il avait été transféré, après avoir assommé et ligoté le gendarme chargé du ravitaillement. Il prit immédiatement contact avec les FTPF, et au cours des mois qui précédèrent la Libération, il se vit confier les responsabilités de chef de détachement, puis chef de bataillon, puis chef de région, avant d’être homologué comme lieutenant-colonel par le général Koenig, chef des FFI, sous son nom de guerre de colonel Froger. À Paris, il avait retrouvé Jacky Vannier, évadée un an avant lui. Le jeune couple s’installa dans une planque rue des Amandiers dans le XXe arrondissement.

Affecté à l’état-major de son ex-camarade des JC, le colonel Rol-Tanguy, dont sa compagne devint l’agent de liaison (voir Cécile Rol-Tanguy), le colonel Froger joua un rôle important dans l’organisation de l’insurrection parisienne d’août 1944. Nommé commandant des FFI au nord de la Seine, il dirigea notamment l’offensive à Montreuil où était installé son PC. Lors de combats autour du fort de Rosny investi par une unité de la division allemande Das Reich, il fut capturé, avant d’être délivré deux jours plus tard suite à un assaut des FTP. Sa compagne, enceinte de cinq mois, également impliquée au cœur des combats, fit alors une fausse couche et ne put par la suite avoir d’enfant.

Les mérites de combattant de la Résistance de Rino Scolari lui valurent le grade de chevalier de la Légion d’honneur et la croix de guerre avec palmes. Président de l’Association nationale des anciens combattants des FFI-FTP, il fournit à ce titre plusieurs attestations de combattant à d’anciens résistants. Il fut aussi pendant vingt ans secrétaire général de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt.

Avec la fin de la guerre, Rino Scolari poursuivit son engagement par un militantisme très actif, qui s’exerça d’abord et encore dans le domaine paramilitaire. Élu au comté national de l’UJRF – l’Union de la Jeunesse républicaine de France, cette organisation qui remplaçait les JC en fusionnant avec d’autres groupements issus de la Résistance – dès son congrès de fondation en avril 1945, reconduit au congrès de Clichy en septembre 1946, il y était chargé de la « préparation militaire », une « formation prémilitaire » à laquelle étaient conviés les jeunes Français pour redonner « une forte armée nationale » à leur pays. À ce titre, il assistait souvent à des réunions du bureau national ou même du secrétariat de l’organisation de jeunesse successivement dirigée par Léo Figuères et André Leroy sous la présidence tutélaire de Raymond Guyot, membre du bureau politique du PCF. En 1945, il fut proposé pour l’école centrale du parti, en compagnie d’autres cadres de l’UJRF promis à de hautes responsabilités politiques, tels que Jacques Denis ou Madeleine Vincent.

Installé à Malakoff avec Jacky Vannier, le couple ne put se marier qu’en septembre 1946, le temps que Rino Scolari fut rétabli dans la nationalité française qu’il avait acquise avant la guerre et dont les autorités de Vichy l’avaient déchu. Dans cette petite ville de la proche banlieue, de longue tradition communiste, Rino Scolari fut élu au conseil municipal de 1947 à sa mort, dans les équipes de Léon Salagnac et de Léo Figuères. Il fut, à compter des élections de mai 1953, premier adjoint de ces deux maires successifs, et ce jusqu’aux élections de mars 1971 où il se contenta de rester simple conseiller. Responsable entre autres de la construction des logements sociaux, comme délégué au conseil d’administration de l’Office municipal d’HLM, il occupa jusqu’à sa mort le poste de président de cet organisme, où il œuvra de façon à ce qu’une part importante du territoire communal, et notamment le centre, restât épargnée de ces grands ensembles d’immeubles qui marquèrent l’urbanisme de la plupart des autres communes à gestion communistes des années 1950-1970. Son épouse occupa un emploi à la mairie ; le couple, qui habita pendant plusieurs années dans un appartement HLM au 14 rue Hoche, divorça en janvier 1969. En 1971, Rino Scolari se remaria avec Danièle Leroux, née en 1943, qui avait déjà une fille d’une précédente union.

Plus discrètement, Rino Scolari fut aussi un président très apprécié du club de football de l’USM-Malakoff, pendant les années glorieuses où l’équipe brilla en troisième division du championnat national (CFA), réussissant même l’exploit, au cours de la saison 1975-1976, de se hisser en 2e division tout en gardant son statut de club amateur. La renommée de l’équipe banlieusarde ne survécut guère à son président, décédé brutalement en mai 1983 à l’âge de soixante-trois ans.

[Quelques difficultés peuvent se présenter du fait de la diversité des prénoms du militant. Son prénom d’état-civil, Guerino, fut d’emblée abrégé en Rino : c’est ainsi que tous l’appelaient. Mais il y eut deux tentatives de francisation : dans sa jeunesse, il fut renommé René, par exemple à l’époque de son internement avec Guy Môquet ; plus tard, à Malakoff, ce fut Guérin. Ce dernier prénom ressort des articles de l’Humanité qui annonçaient son décès et ses obsèques.]

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175391, notice SCOLARI Rino [SCOLARI Guerino dit Rino, parfois René ou Guérin ; lieutenant-colonel Froger dans les FFI] par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 9 septembre 2015, dernière modification le 20 juin 2022.

Par Marc Giovaninetti

Rino Scolari (3e à gauche) au camp de Châteaubriant, entouré de Roger Sémat, Jean-Pierre Timbaud et Guy Môquet
Rino Scolari en colonel Froger des FFI
Rino Scolari, 1er adjoint du maire de Malakoff

SOURCES : Arch. du Service historique de la Défense, dossier Scolari Guerino, 16 P 542244. ― Arch. du PCF (Arch. Dép. de Seine-Saint-Denis), fonds Guyot, 283 J 4 (UJRF). ― Archives de l’United States Holocaust Memorial Museum, Id. 5810284 et 5810295. ― Archives municipales de Malakoff (Hauts-de-Seine), renseignements communiqués par Mme Frédérie Lhomme. ― L’Avant-Garde, années 1945-1946. ― l’Humanité, 25 et 27 mai 1983. ― Albert Ouzoulias, Les Bataillons de la Jeunesse. Les jeunes dans la Résistance, Éd. sociales, 1969. ― Claude Angeli et Paul Gilet, Debout, partisans !, Fayard, 1969. ― Alain Guérin, Chronique de la Résistance, rééd. Omnibus, 2000. ― Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Ainsi finissent les salauds. Séquestrations et exécutions clandestines dans Paris libéré, R. Laffont, 2012. ― Pascal Smigiel, « L’Union sportive municipale de Malakoff », site http://www.wearefootball.org. ― Site internet de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément