ROCK André, Maurice

Par Michel Pigenet

Né le 30 octobre 1910 au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 28 juillet 1989 à Rouen (Seine-Maritime) ; docker à Rouen, communiste, syndicaliste, membre de la commission administrative de l’UD-CGT de Seine-Inférieure, membre du comité national (1955-1957), de la commission exécutive (1957-1970) et du bureau (1966-1970) de la Fédération CGT des Ports et Docks.

Le père d’André Rock était commerçant, sa mère sans profession. Après une jeunesse tumultueuse dans sa ville natale, il travailla comme docker sur le port de Rouen. Militant communiste et syndicaliste, contrôleur d’embauche après la guerre, proche de Louis Vaubaillon, il siégeait à la commission administrative de l’Union départementale CGT en 1950. Délégué au congrès de la Fédération nationale des Ports et Docks en 1955, il s’inquiéta de la situation financière et préconisa des économies au moyen, notamment, de la réduction à deux du nombre des secrétaires permanents. Relayée et précisée par Vaubaillon, la proposition entraîna la rétrogradation de Maurice Jeanne au rang de secrétaire non permanent avec promesse de sa prise en charge par le syndicat de Rouen. La réalité fut quelque peu différente, mais Jeanne disparut des instances nationales en 1957, année où Vaubaillon accéda au bureau fédéral et Rock à la commission exécutive. Attentif aux questions concrètes, mais ferme sur les principes, André Rock présenta le rapport de la commission technique des dockers lors du congrès de 1962. Deux ans plus tard, il réitéra l’opposition des Rouennais à l’élévation des cotisations au plafond de la Sécurité sociale et se fit l’écho du différend surgi, à Rouen, entre dockers et grutiers, reprochant au représentant de ceux-ci, Vigor, d’avoir sali Vaubaillon. Face à la montée des critiques contre Désiré Brest que le syndicat rouennais continuait de soutenir, Rock estima qu’il n’était pas « honnête » de se plaindre de l’évolution du salaire de base et de laisser penser que ce dernier constituait l’essentiel de la rémunération des dockers. S’agissant des revenus, il estima que peu de corporations avaient obtenu une progression semblable à celle des travailleurs des ports. Favorable à l’adoption d’un plan de travail sur les questions importantes, il regretta qu’à l’exception du Dunkerquois Duffuler, les mécontents n’aient pas osé cibler le destinataire de leurs reproches. « Ce n’est pas franc, camarades ! », s’exclama-t-il. Il entra au bureau fédéral à l’issue du congrès. Il habitait alors à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). Après deux ans d’expérience à ce niveau de responsabilité et au sortir du mouvement de 1968, il rejoignit le camp des partisans d’un renouvellement de la direction de la Fédération. André Rock déplora le mode de fonctionnement des instances nationales. À propos du pouvoir d’achat, il retourna l’accusation de malhonnêteté contre le secrétariat, coupable de minimiser la hausse des prix. Concentrée sur Brest, l’attaque multiplia les exemples de défaillances du secrétaire général dans la défense des revendications ouvrières. Ainsi ses camarades auraient-ils dû « s’engueuler et menacer de quitter la délégation » pour empêcher Brest de reculer sur la question sensible des cotisations sociales. Le veto Nolent et Gabas aurait par ailleurs bloqué la signature d’un texte concernant la formation professionnelle muet sur l’élection des représentants des salariés. La dernière réunion de la commission paritaire nationale, insista-t-il, témoignait de la persistance d’un comportement inacceptable. Après une ultime mise en cause de la procédure suivie pour l’élaboration de la liste des candidats à la commission exécutive, Rock conclut son réquisitoire sur sa décision de ne pas voter le rapport moral. Ajouté à d’autres, ce basculement devait être fatal à Désiré Brest.

À Rouen même, André Rock avait accédé sans surprise, en remplacement de Vaubaillon élu président, au secrétariat général du syndicat des dockers. Il abandonna, en 1970, le bureau et la commission exécutive de la Fédération où Jacques Delahaye lui succéda. Malade du cœur, il devait quitter la vie active en novembre 1977. Aussi bien est-ce en qualité de retraité qu’il prit la parole au congrès fédéral de 1978. D’une voix rauque, reconnaissable entre toutes, il justifia, à l’adresse des jeunes délégués, la discipline et l’hégémonie cégétistes sur les ports. « La démocratie, camarades, expliqua-t-il, ce n’est pas de laisser prendre la carte syndicale à qui veut la prendre ». « Dans notre profession, poursuivit-il, si on veut manger, il faut être dur ! (...) Il faut dire : celui qui sera embauché sera un ouvrier docker professionnel qui a en sa possession la carte de la CGT dans sa poche. Autrement, il ira chercher du travail ailleurs ! ».

André Rock s’était marié le 17 novembre 1931 à Rouen (Seine-Inférieure) avec Felicité Mandeville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175413, notice ROCK André, Maurice par Michel Pigenet, version mise en ligne le 10 septembre 2015, dernière modification le 10 septembre 2015.

Par Michel Pigenet

SOURCES : Archives de la Préfecture de police : dossier 63591. ─ Arch. de l’Institut CGT d’Histoire sociale : dossier de l’UD de Seine-Maritime. Congrès de la Fédération nationale des Ports et Docks, les 17-18 mai 1955 (Paris) ; 24-25 octobre 1957 (Paris) ; 18-19 mai 1960 (Paris) ; 13-14 juin 1962 (Paris) ; 17-18 juin 1964 (Paris) ; 22-23 juin 1966 (Paris) ; 20-21 juin 1968 (Paris) ; 18-19 juin 1970 (Paris) ; 10-11 juin 1976 (Paris) ; 8-9 juin 1978 (Paris). E. Guillaud, Dockers et syndicalisme à Rouen, 1947-1962, maîtrise (dir. M. Pigenet), Rouen, 1994. ─ S. Coutant, Le docker du port de Rouen : la pratique du métier du statut de 1947 au début des années 1960, maîtrise (dir. M. Pigenet), Rouen, 1996. ─ Entretien avec L. Nolent, le 8 juin 2000.

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