SEGELLE Pierre

Par Gilles Morin

Né le 11 septembre 1899 à Medéa (Algérie), mort le 8 octobre 1960 à Paris (XVIe arr.) ; docteur en médecine ; militant socialiste et résistant du Loiret ; député (1945-1958) ; ministre de la santé et de la population dans le cabinet Blum (17 décembre 1946-22 janvier 1947) ; ministre du travail et de la Sécurité sociale du cabinet Bidault (28 octobre 1948-4 février 1950) ; maire d’Orléans (1947-1954) ; membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) (1951-1956).

Fils d’un médecin militaire, Pierre Segelle naquit en Algérie à l’orée du XXe siècle. La carrière paternelle le conduisit ensuite à Montpellier, Paris, puis en Allemagne, où il se retrouva interné civil quelques mois, en 1914.

De retour en France, il fut collégien à Pontlevoy (Loir-et-Cher), son père exerçant comme chirurgien dentiste à Amboise. Il obtint, en 1916, un bac littéraire, mais s’orienta vers des études scientifiques, choisissant la médecine. Mobilisé en 1918, comme médecin auxiliaire de l’armée d’Orient, il participa à la campagne comme Médecin-Major. Libéré en 1920, il reprit des études à la Faculté de Médecine de Paris. Ayant obtenu le diplôme de docteur en médecine, il exerça comme médecin généraliste de campagne à Ligny-le-Ribault en Sologne puis, du fait de problèmes de santé, à Orléans. Il y fut successivement médecin-adjoint de l’hôtel-Dieu, puis médecin-chef de service, de 1932 à 1938 et enfin médecin-chef des services sociaux des Assurances sociales d’Orléans en 1938, se consacrant désormais totalement à la médecine sociale.

Il s’était marié avec Mireille Dubois, ancienne institutrice. Ils eurent une fille, Jeannine, née le 29 avril 1932.

Militant de l’Union socialiste républicaine avant 1940, membre de la Loge l’Indépendance, Pierre Segelle devint un très actif résistant. Personnellement, il mena tout d’abord des actions individuelles : il soigna des prisonniers de guerre évadés et fit passer un parachutiste canadien en Espagne. Il appartint au sous-réseau Arc en Ciel (Turma), puis, fin 1942, il participa à la construction de Libération-Nord, dont il fut l’un des militants les plus actifs dans la Région de la Loire sous l’occupation (pseudonymes Clovis et Chambord). Il était en contact au plan national avec Henri Ribière, le professeur Jean Gosset et Roger Secrétain. Le comité clandestin de Libération-Nord pour Orléans, comprenait Georges Carré, le docteur Grosbois, le docteur Pierre Chevallier, un étudiant Fougerousse, l’instituteur Clotaire Jahier, et le professeur Paul Sougy. Le groupe Libération-Nord du Loiret, qui comprenait aussi Robert Bothereau se chargea de l’accueil des évadés, de renseignement, de la fabrication de faux papiers, puis s’orienta rapidement vers le domaine militaire avec la constitution d’un corps franc et de quelques maquis. Arrêté une première fois en 1942, libéré faute de preuves, Pierre Segelle, après l’arrestation du chef régional, Paul Cherioux, fut victime d’un vaste coup de filet le 8 octobre 1943 qui vit l’arrestation par la Gestapo d’une série de militants, dont Gaston Carré. Il fut emprisonné à Orléans, puis déporté politique à Compiègne tout d’abord, puis en Allemagne le 2 juillet 1944 à Dachau, puis Dora et Ellrich. Il a été médecin chef au camp de Compiègne et ensuite médecin du camp d’Ellrich. Il fut rapatrié le 1er juin 1945.

Président du Comité départemental de Libération du Loiret à son retour, Segelle succéda à cette fonction à Gaston Carré. Il fonda l’Amicale des Anciens Déportés, Internés et Familles (ALADIF) et présida l’Amicale Nationale des Déportés de Dora et d’Ellrich. Il était encore vice-président de la Fédération Nationale des Anciens de la Résistance.

Délégué à l’Assemblée consultative provisoire à Paris en 1945, au titre de Libération-Nord, Ségelle siégea à partir du 29 juillet à la commission de la France d’Outre-mer, à celle de la commission de la réforme de l’Etat et de législation et à la commission du travail et des affaires sociales.

Investi comme tête de liste dans le Loiret par le parti socialiste SFIO qu’il venait de rejoindre, il fut élu député en octobre 1945 et a été réélu sans interruption durant toute la IVe République. Il fit preuve d’une activité parlementaire particulièrement intense qui portait essentiellement sur les questions de travail, de Sécurité sociale et de Santé publique. Il défendit par ailleurs activement les droits à la reconnaissance et à la réparation des victimes civiles de la guerre, déportés politiques, réfractaires, maquisards, évadés et veuves de guerre (sur le détail de cette activité, voir le Dictionnaire des parlementaires français). Il a été, avec Pierre Laroque, l’un des fondateurs de la Sécurité sociale. Il a aussi été à l’initiative de la création du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG).

Pierre Ségelle siégea dans de nombreuses commissions : celle du travail et de la sécurité sociale (1946-1951), dont il devient vice-président (1948-1950), celle de la famille, de la population et de la santé publique (1947-1951), celle des territoires d’Outre-mer (1948-1949). Il mena ou participa à plusieurs missions parlementaires, en 1948 en AEF, en 1949 aux Antilles – où il étudia l’application de la Sécurité sociale aux départements d’Outre-mer – puis, en 1952, participa à une mission d’études parlementaire sur la loi anti-trust aux États-Unis. Il a également été nommé juré à la Haute Cour de justice, le 1er juin 1948.

Pierre Segelle fut généralement un parlementaire SFIO discipliné. Le 4 décembre 1946, il vota pour l’investiture de Maurice Thorez, mais vota blanc pour celle de Georges Bidault, le lendemain. En 1954, l’ancien déporté fit partie des parlementaires socialistes qui contribuèrent au rejet du projet de Communauté européenne de défense. Mais, en dépit de l’appui de sa fédération, soucieux de ne pas être indiscipliné à répétition, il accepta par la suite le réarmement allemand. En 1955, il fit l’objet d’une virulente campagne du Parti communiste qui dénonçait par voie d’affiches son vote pour les accords de Londres et de Paris.

Pierre Ségelle fut désigné ministre de la santé et de la population dans le gouvernement socialiste homogène conduit par Léon Blum pour assurer la transition entre la période de gouvernement provisoire et celle de formation définitive de la IVe République (17 décembre 1947-22 janvier 1947). Puis, il fut ministre du travail et de la Sécurité sociale dans le cabinet Bidault, du 28 octobre 1949 au 7 février 1950, où il démissionna avec tous les ministres socialistes. Sa santé avait été fragilisée par son séjour en camp de concentration et la maladie le contraignit à interrompre son activité parlementaire durant plusieurs mois en 1952.

Son action parlementaire et ses fonctions ministérielles accrurent naturellement sa renommée. Des notes des Renseignements généraux notaient en juin et novembre 1946 qu’il était “le candidat le plus populaire de sa liste” et d’autres ultérieures affirmaient que “son prestige dépasse largement le cadre des militants SFIO du Loiret”. La disparition tragique de l’UDSR Pierre Chevallier, maire de la ville d’Orléans lui ouvrit à terme les portes de la mairie. Conseiller municipal d’Orléans depuis octobre 1947. Candidat de la Troisième Force à la mairie, après le décès du docteur Chevallier, le 10 septembre 1951, il n’obtient que 8 voix, contre 19 à Maître Dhivier (MRP) qui fut élu au premier tour. Trois ans plus tard, le 16 avril 1954, il fut élu maire d’Orléans, après la dissolution de la municipalité, au premier tour de scrutin, par 29 voix contre 17 à M. Heau, MRP. Il demeura en fonction jusqu’en 1959. De nouveau candidat en mars 1959 aux municipales, sa liste fut battue par une coalition UNR-Indépendant-MRP.

Président d’honneur de la FNDIP du Loiret en 1946, fondateur de l’Amicale du Loiret des déportés, internés politiques et familles. Président de l’Amicale nationale des Déportés d’Ullriche et de Dora. Président de la Fédération nationale des anciens de la Résistance. Président de la fédération de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), il fut membre du comité central de la LDH en 1951-1955 et président d’honneur de la LDH du Loiret en 1958.

Candidat aux cantonales d’avril 1958 à Orléans-Sud, Ségelle ne put battre Maury, maire d’Olivet, le désistement des communistes en sa faveur étant peu suivit d’effets. La campagne a eu, selon le préfet, “un caractère politique incontestable” et, estimait-il, “l’influence du docteur Segelle en sort quelque peu amoindrie”.

À la suite des événements de mai 1958, il vota, le 1er juin, l’investiture du général de Gaulle et lui accorda les pleins pouvoirs, le lendemain.
 Dans le journal L’action socialiste du Loiret de juillet 1958, il mettait en cause “le corporatisme le plus étroit” dans lequel était tombé le pays, la “dégradation de l’esprit public” et estimait que le parlementarisme était le “reflet de l’opinion nationale”, une “caricature du régime parlementaire”. Il appelait au redressement de l’esprit civique et, évoquant un chemin ardu, invitait à poursuivre “dans la voie du socialisme”. Il ne se représenta pas aux législatives de novembre 1958. Après son échec aux élections municipales de 1959, il n’eut plus d’activité politique. Il fut néanmoins l’un des fondateurs des “Amis de Léon Blum”. Il décéda le 7 octobre 1960 à Paris.

Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur, décoré par Vincent Auriol le 8 mai 1947, puis Commandeur en 1952. Il était encore titulaire de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance (décret du 3 août 1946).

Pierre Segelle contribua à plusieurs brochures : “Le salaire moderne” en 1946, “Les socialistes promoteurs, défenseurs, animateurs de la Sécurité sociale”, en collaboration avec Daniel Mayer et Albert Gazier (supplément au Bulletin intérieur de la SFIO, n° 43, Paris, 1949, 142 p.).

Un boulevard d’Orléans et une école primaire de la ville portent son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175418, notice SEGELLE Pierre par Gilles Morin, version mise en ligne le 10 septembre 2015, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/7/15504, n° 4518 ; F7/15544 ; F/1cII/148, 210, 218, 321 ; 72AJ/59, dossier Libération-Nord, rapport de Pierre Segelle, 24 octobre 1946. — Arch. de l’OURS, correspondance Marne, Loiret et dossier personnel. — Flonneau Jean-Marie, in Les pouvoirs en France à la Libération. — Le Populaire, 10 octobre 1950. — Association des Amis de Pierre Ségelle, L’Itinéraire de Pierre Segelle maire d’Orléans, 1899-1960, Actes du colloque du 12 octobre 1991.

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