SUANT Georges, Camille, Édouard, Cornille.

Par Gilles Morin

Né le 28 février 1913 à Roubaix (Nord), mort le 16 septembre 1993 à Cosne (Nièvre) ; professeur de Lettres ; militant socialiste, puis, indépendant des Hauts-de-Seine ; maire d’Antony (1955-1977) ; membre du Bureau fédéral SFIO de la Seine (1953-1956) ; membre de la commission administrative provisoire du PSA (1959-1960) ; président du conseil général de la Seine.

Fils de Jules Suant, négociant en métaux, et de Clémence Destoop, Georges Suant naquit dans le Nord industriel. Instituteur titulaire, tout en préparant une licence ès Lettres, il enseigna tout d’abord dans une école primaire de la ville de Paris à partir d’octobre 1934, puis fut professeur de cours complémentaire puis de cours industriel dans le 15e arrondissement à Paris. Après 1945, professeur de lettres au lycée de Savigny-sur-Orge (Seine-et-Oise/Essonne), puis il exerça comme professeur agrégé de Lettres modernes au lycée Lavoisier à Antony.
Georges Suant effectua son service militaire d’octobre 1937 au 15 octobre 1938. Rappelé sous les drapeaux le 22 mars 1939, il fut fait prisonnier en juin 1940 et fut captif en Allemagne après la défaite de juin 1940, durant deux ans.
Adhérent du Parti socialiste SFIO dès l’avant guerre, Georges Suant, qui appartint au Parti Socialiste ouvrier et paysan, appuyait, après la guerre, dans la fédération de la Seine les positions de Marceau Pivert et Édouard Depreux. Installé désormais à Antony, d’accord avec la stratégie de lutte sur deux fronts contre le PCF et les gaullistes, il se présenta aux élections municipales à Antony, en octobre 1947, s’efforçant de réunir une Troisième force apte à prendre la direction de la municipalité, même en position minoritaire. Réélu en avril 1953, après des partielles en février 1955, il a été désigné maire en mars, obtenant 16 voix, contre 10 au communiste Bergougnioux. Il était alors président du patronage municipal laïque, lequel comptait 700 adhérents et délégué cantonal de l’Éducation nationale.
Georges Suant, prit aussi des responsabilités dans la fédération SFIO de la Seine. Il fut désigné trésorier adjoint de la fédération en 1953-1956, dans une équipe dirigée par Mireille Osmin. Il fut encore responsable de la commission d’information en 1954 et se présenta au nom du parti aux élections législatives de 1956 dans le IVe secteur de la Seine (Bagneux-Antony).
La guerre d’Algérie devait faire basculer Georges Suant dans la minorité et dans l’opposition socialiste à la politique de Guy Mollet et Robert Lacoste. Signataire de la motion Depreux au congrès SFIO de Toulouse en juin 1957 et de la déclaration Depreux au congrès national d’Issy-les-Moulineaux le 13 septembre 1958, il rompit avec la SFIO et fut l’un des fondateurs du Parti socialiste autonome. Membre du bureau provisoire de la fédération du PSA de la Seine en septembre 1958, désigné à la commission exécutive de la fédération de la Seine au congrès de janvier 1959, il fut élu membre de la commission administrative permanente du parti, comprenant 29 membres, en décembre 1959.
Suant a été candidat aux élections législatives de novembre 1958 dans la 53e circonscription de la Seine, sur une liste PSA-UFD. Opposant alors à la Vème République, il tentait de montrer dans sa profession de foi « que sous le couvert d’une prétendue “rénovation nationale” se camouflait la pire réaction qu’ait connu la République française ». Élu conseiller général de la Seine (53e secteur Antony-Bourg-la-Reine) en mars 1959, il fut également réélu maire d’Antony sur une liste commune PSA et PCF.
Georges Suant, avec Germaine Pivert, dirigea le journal de Marceau Pivert, Correspondance socialiste internationale, après le décès de celui-ci. Il était par ailleurs directeur de la publication Banlieue-Sud, fondée en 1959. Européiste convaincu, partisan du rapprochement des peuples par le bas, il était lors de sa fondation fin 1959, secrétaire général de la Fédération des villes jumelées de la République française et de la communauté, dépendante du « Monde Bilingue ». Il en a été élu président en 1962.
Georges Suant, qui s’était beaucoup investit dans le PSA, s’était montré réticent à la fusion de ce dernier avec l’Union de la Gauche Socialiste, qu’il considérait comme cléricale et pro-stalinienne. Candidat non élu au comité politique national lors de la fusion, il fut l’un des premiers à manifester des désaccords. En avril 1962, il exprimait à l’intérieur du PSU son opposition au mot d’ordre du Parti au référendum sur l’indépendance de l’Algérie (« Oui à la Paix, non au régime gaulliste ») et proposait pour sa part une réponse positive. Il fut l’un des signataires de la “déclaration des 47”, protestant contre l’organisation du conseil national du PSU de juin 1962, lors de la crise du parti. Il fut néanmoins candidat PSU pour les élections législatives d’octobre 1962.
Conseiller général de la Seine, élu le 15 mars 1959, membre du groupe PSU de l’Hôtel de ville en 1962 puis apparenté au groupe centriste, Georges Suant démissionna en effet du PSU le 21 février 1963 (rendue publique en avril), ainsi que les 18 conseillers municipaux d’Antony élus sous cette étiquette et 56 membres de la section locale. Des rumeurs sur sa démission circulaient dès décembre 1962 (blancs des RG) et il avait demandé « sa mise en congé du parti » dès février. Ses anciens camarades l’accusaient eux d’avoir voulu se débarrasser de l’étiquette du PSU pour se faire réélire dans sa ville. Il envisageait alors de retourner à la SFIO selon la police. En 1964, par Roger Quilliot, il s’intéressa aux activités de « Horizon 80 », club animé par Gaston Defferre.
En 1964, en présence d’une trentaine d’élus, Georges Suant présenta lors d’une conférence de presse un « Comité fédéraliste européen des élus de la Seine ». Réélu maire d’Antony en 1965, à la tête d’une liste intitulée « Liste démocratique d’action municipale et de progrès social », il fut hissé à la présidence du conseil général, sous l’appellation de « socialiste indépendant », le 2 avril 1965 par 75 voix sur 147 votants. Les élus de gauche – qui organisèrent un chahut lors de son élection – l’accusaient d’avoir contribué à renverser la majorité du Conseil général au profit de l’UNR. « Des tracts dénonçant le syndicats des traîtres et la soupe » circulaient dans les couloirs de l’Hôtel de ville, mettant en cause, outre Georges Suant, Raoul Bleuse, Jean Huet et Maurice Weill. L’année suivante, le 15 juin 1966, Gaston Gévaudan, candidat de la gauche lui ravit cette présidence du fait de la division de la majorité gaulliste et centriste. Après la partition du département de la Seine, réélu conseiller général du nouveau département des Hauts-de-Seine le 1er octobre 1967, il fut désigné président de la commission des Affaires sociales de la nouvelle assemblée départementale.
Candidat aux élections sénatoriales du 25 novembre 1965, puis aux élections législatives de mars 1967, sous l’étiquette de « socialiste indépendant », Georges Suant se vit opposer à ces dernières la candidature de Charles Ceccaldi-Reynaud pour la FGDS. Une violente campagne opposa les deux hommes par affiches interposées. Suant, accusé de bénéficier d’un « charcutage électoral », était qualifié de « traître intégral au service de ses seuls intérêts personnels » par Gevaudan et de bien d’autres accusations par son adversaires de gauche. Des heurts opposèrent les colleurs d’affiches de deux camps et les tribunaux furent saisis de plusieurs plaintes.
Georges Suant, en ces années de poussée rapide de la banlieue parisienne, accompagna et orienta la croissance de sa commune avec la construction d¹ensembles de logements (comme la résidence universitaire ou le grand ensemble de Massy-Antony) et de nombreux équipements publics (hôtel de ville, écoles, collèges, crèches, stades et salles de sport, centres de loisirs, piscines, etc.). Sous son mandat furent créés le lycée et de nombreux groupes scolaires et une zone industrielle. G. Suant anima la presque totalité des sociétés locales. Il fut notamment vice-président du conseil d’administration du grand ensemble Antony-Massy. Mais il protégea le commerce local en refusant les grandes surfaces. La cité d’Antony passa sous son mandat le cap des 60 000 habitants et devint sous-préfecture des Hauts-de-Seine. Pionnier et animateur de l’action pour les villes jumelées, il présidait en mai 1972 l’Association « Cité unies de France ».

Sur le plan politique, directeur de L’Écho d’Antony, il s’intégra de plus en plus avec la droite.
Il fonda le Comité de soutien à Jacques Chaban-Delmas dans les Hauts-de-Seine en avril 1974, rejoignit le RPR ou il fut élu membre du Comité central au titre des personnalités en février 1977. En novembre 1976, G. Suant avait fondé avec Bernard Lafay le « Club République et cité » dont il fut vice-président. Il était aussi animateur de « Présence socialiste », mouvement anti-collectiviste. Ce basculement total à droite lui valut de perdre ses mandats au temps des succès de l’Union de la gauche. Il perdit son siège de conseiller général au renouvellement de l’assemblée départementale en 1976, face au sénateur communiste André Aubry et fut battu aux municipales de mars 1977 par la liste de la gauche unie d’Antony.
Titulaire de la Croix du Combattant, Georges Suant fait chevalier de la Légion d’Honneur le 17 octobre 1969 et Chevalier des Palmes Académiques.
Il épousa le 6 août 1936 à Paris (IIIe arr.) Jeanne Blanguernon, née le 6 août 1913 à Chaumont (Haute-Marne). Elle fut professeur agrégée au lycée Camille Sée à partir de 1937, puis à Antony en 1965. Membre du mouvement Solidarité internationale antifasciste en 1939 (elle fit l’objet d’une perquisition pour cela le 15 mars), militante SFIO, elle rompit avec ce parti pour adhérer au PSA en 1958. Elle fut élue membre titulaire du bureau de la commission exécutive de la fédération de la Seine du PSA au congrès fédéral de janvier 1959. Ils eurent deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175424, notice SUANT Georges, Camille, Édouard, Cornille. par Gilles Morin, version mise en ligne le 11 septembre 2015, dernière modification le 7 décembre 2018.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/564 ; 19830172/72. — Arch. PPo, 64.288. — Arch. mun. Marseille, 100 II 341. — Le Combat social, juillet-août 1954. — Fichiers PSA-Seine, arch. M. Klein. – Arch. de l’OURS, dossiers Seine, fonds C. Fuzier. — Directives, 3 août 1962. — Marc Heurgon, Histoire du PSU, Paris, édition de la Découverte, 1994, t. 1, 444 p.
MULTIMÉDIA : Interview de Georges Suant par Yves Mourousi : http://www.ville-antony.fr/files/Archives/archives_numerisees/georges_suant/face-a.MP3>
<http://www.ville-antony.fr/files/Ar...> <http://www.ville-antony.fr/editeur_...>

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