GOUDE Émile, Pierre, Marie

Par Justinien Raymond

Né le 20 mars 1870 au Grand-Fougeray (Ille-et-Vilaine), mort le 28 novembre 1941 à Paris (VIIe arr.) ; commis de la Marine ; militant socialiste et député. Franc-Maçon.

Émile Goude était le fils d’un forgeron. Il entra dans la Marine et, quand il épousa Jeanne-Marie Bellec, le 28 juin 1897, il était quartier-maître mécanicien à bord du Jauréguiberry. Il quitta bientôt le col bleu pour entrer en 1898 commis de la direction des travaux de la Marine. Le 1er janvier 1901, il fut nommé commis de 3e classe à la construction, à l’Arsenal.

Dans le Finistère où la République n’avait pas trouvé une terre d’élection et où le socialisme s’éveilla tardivement quelques années avant l’unité, il fut un pionnier. Fils d’un travailleur manuel, artisan libre et indépendant, détaché des croyances religieuses sur cette terre des prêtres, en contact par sa vie professionnelle avec les travailleurs du port, Émile Goude vint au socialisme avec toute l’ardeur d’un tempérament volontaire jusqu’à l’entêtement qu’il révéla dans la résistance à l’adversité et, plus tard, en regimbant contre la discipline socialiste.

En mai 1904, socialiste en marge des organisations nationales et lié au mouvement démocratique local, il fut élu au conseil municipal de Brest et 4e adjoint au maire Aubert, sur une liste républicaine et socialiste dont le succès eut un grand retentissement en Bretagne et suscita l’hostilité de l’administration et les attaques virulentes de la presse adverse. Goude, une des fortes personnalités de cette assemblée, chef de file des socialistes liés à la SFIO à partir de 1905 dans une Fédération de Bretagne, fut la cible principale des campagnes hostiles qui réussirent à semer la division dans une assemblée hétérogène et à dresser contre lui la droite et les radicaux.

Leur coalition eut raison de lui aux élections législatives de 1906 dans la 1re circonscription de Brest où il obtint 4 349 voix, et, en 1908, la liste ouvrière fut battue aux élections municipales (il sera toutefois réélu en 1912, 1919 et 1925). Cependant, quelques nouveaux groupes socialistes apparurent et, en novembre 1907, au congrès de Morlaix naquit la Fédération socialiste du Finistère. Goude, qui avait représenté la Fédération de Bretagne au congrès d’unité à Paris (avril 1905), à Chalon (octobre 1905) et à Limoges (1906), fut délégué par la Fédération du Finistère à tous les congrès nationaux d’avant-guerre, de 1908 à 1914, sauf à celui de Lyon (1912). Le journal L’Égalitaire, hebdomadaire lancé à Brest le 2 décembre 1905, fut le trait d’union locale de la Fédération jusqu’à sa disparition en août 1908 et à son remplacement par Le Cri du Peuple, à dater du 15 octobre. Goude fut l’objet de vives attaques atteignant sa vie privée, sa vie professionnelle, sa vie politique. Il fut suspendu, puis révoqué. Rendu responsable des procès intentés aux journaux socialistes, ses meubles furent vendus. Il était alors père de trois enfants.

Mis en vedette par l’adversité, servi par le retrait du député sortant Biétry, Goude fut élu dans la 1re circonscription de Brest aux élections de 1910. Dans sa profession de foi, il souligna « l’importance essentielle des organismes de lutte et d’organisation collective, tels que syndicats et coopératives, germes de la société future ». « Avec les instituteurs syndicalistes, déclara-t-il encore, je repousse le monopole de l’enseignement et je continue d’approuver les lois de séparation ; je me déclare le défenseur des écoles laïques... » Il demanda « le retour à la nation des monopoles capitalistes », précisant que tous ses adversaires étaient « les défenseurs des monopoleurs, de ces 300 000 capitalistes, détenant la fortune de la France et exploitant indignement 39 millions de travailleurs français... » (Arch. Ass. Nat.). Le 24 avril, il vint en tête des candidats avec 7 350 voix sur 28 723 inscrits. Le 8 mai, il l’emporta par 9 121 suffrages contre 8 481 à Jaouin, conservateur anticollectiviste, ancien directeur du Génie maritime à Brest. Au mois de juillet suivant, il conquit le siège de conseiller général dans le 2e canton de Brest par 3 552 voix contre 1 523 au conseiller radical sortant. Piton, et 1 323 à Homo, candidat de droite. Il demeurera conseiller général de 1910 à 1929. Goude était alors secrétaire de la Fédération socialiste du Finistère. En 1912, il fut réélu conseiller municipal de Brest sur la liste socialiste.

Au Parlement, siégeant à la commission de la Marine, il s’attacha à la défense des intérêts des travailleurs de la mer et aux intérêts généraux des arsenaux qu’il défendit contre les entreprises privées. Il domina la journée parlementaire du 23 février 1911 par un grand discours commencé le matin, terminé l’après-midi. À propos de la construction projetée de deux cuirassés, Goude prétendit que la presse à la solde du Comité des Forges, « la presse des Requins » (JO 24 février 1911) attaquait les arsenaux et leurs ouvriers pour détourner les commandes vers l’industrie privée. Il s’attacha à démontrer que la construction des deux bâtiments était possible dans les arsenaux, mais ne réussit pas à convaincre la majorité : la commande alla à l’industrie métallurgique.

À une élection sénatoriale partielle du 28 juillet 1912 dans le Finistère, la Fédération socialiste posa la candidature de Goude qui recueillit aux deux tours de scrutin 80 et 78 voix sur 1 332 inscrits, le catholique libéral Villiers étant élu. Mais aux élections à la députation, il alla de succès en succès et conserva son siège jusqu’en 1936 où il y renonça de plein gré. Il fut réélu en 1914 dans la circonscription de Brest par 9 453 voix sur 30 453 inscrits et 18 502 suffrages exprimés, n’ayant « rien à retrancher, rien à ajouter à mes déclarations d’antan » (Arch. Ass. Nat.), annonça-t-il à ses électeurs. Il continua à siéger à la commission de la Marine de guerre et alla en outre à celles de la Marine marchande et des Pensions civiles et militaires.

Pendant la guerre de 1914 à 1918, Goude soutint la participation ministérielle des socialistes jusqu’à la formation du second ministère Briand. Le 11 décembre 1916, au cours d’une réunion commune du groupe parlementaire socialiste et de la CAP, il s’opposa vivement à la poursuite de cette collaboration qu’il subordonnait à l’abolition de la censure, au rétablissement de la liberté de réunion, à l’arrêt de la propagande cléricale aux armées et à la mise au pas du haut état-major par le pouvoir civil. Dans les mêmes condition, le 7 septembre 1917, Goude vota l’ordre du jour Pressemane hostile à la participation à un nouveau cabinet Ribot en gestation, et, le lendemain, il vota encore avec la minorité, derrière Pressemane, contre l’entrée de socialistes dans le gouvernement Painlevé. Lorsque le mouvement minoritaire s’organisa, Goude s’y associa, collabora à son organe Le Populaire, et signa avec la minorité du groupe parlementaire et de la CAP l’appel aux Fédérations socialistes lancé à la veille du congrès national de 1916 par le Comité pour la défense du socialisme international. En 1919, toujours conseiller général et conseiller municipal de Brest, Goude fut réélu député du Finistère au scrutin de liste.

Au congrès de Strasbourg (février 1920), il déclara vouloir adhérer à la IIIe Internationale. Au congrès de Tours (décembre 1920), il y renonça : « les " conditions " sont venues, dit-il, et nous avons fait des réserves à mesure que les conditions se modifiaient... » (compte rendu, p. 45). Signataire du Manifeste pour la reconstruction de l’Internationale paru à l’automne 1920, il intervint, à maintes reprises, toujours brièvement, au cours de ce congrès dont il présida la séance de l’après-midi du dimanche 26 décembre. Il resta donc dans la minorité SFIO et, en 1924, fut réélu sur une liste du Cartel des Gauches. En 1928, il retrouva la 1re circonscription de Brest. Candidat socialiste SFIO résolu à « transformer les bases mêmes de la société actuelle » (profession de foi, Arch. Ass. Nat.), il recueillit 7 063 voix contre 4 164 à Le Goc, URD, 3 881 à Le Gorgeu, radical, et 1 365 à Campiglia, communiste. Le Gorgeu s’étant retiré Goude fut élu par 9 158 suffrages contre 5 782 à Le Goc et 884 à Campiglia.

Des controverses internes déchirèrent bientôt la Fédération SFIO, dégénérèrent en luttes personnelles corsées par le caractère entier de Goude qui fut exclu. Il fut néanmoins réélu député comme républicain-socialiste en 1932 sur un programme « qui, disait sa profession de foi, n’est autre que celui du Parti socialiste, où mon intention a toujours été de reprendre ma place (...) Le règne des financiers doit prendre fin, continuait-il. La production capitaliste qui a fait surgir la misère de l’abondance des richesses, doit céder le pas à la production sociale... » (Arch. Ass. Nat.). Il l’emporta au premier tour de scrutin par 9 456 voix sur 25 786 inscrits contre 5 579 à Le Goc, son adversaire de 1928, et 1 189 au communiste Valière. Il n’était plus alors conseiller municipal. Le XXIXe congrès national de Paris (29 mai-1er juin 1932) recommanda la réintégration de Goude pour « l’unité morale de la Fédération » du Finistère et en considération de son « attitude nettement socialiste » (rapports pour le XXXe congrès, pp. 14-15). Mais le XXXe congrès de Paris (1933) refusa cette réintégration (ibid., p. 34).

Ce fut la dernière législature de Goude et, avec sa fin, le terme de sa vie politique.

Il s’était installé à Rennes pendant l’Occupation. Malade, il fut ramené à Paris par sa fille. Il avait en effet un caveau à Bagneux et désirait y être enterré auprès de son épouse décédée en 1938. Il était veuf en premières noces.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175504, notice GOUDE Émile, Pierre, Marie par Justinien Raymond, version mise en ligne le 15 septembre 2015, dernière modification le 19 avril 2020.

Par Justinien Raymond

OEUVRE : Outre hebdomadaires fédéraux cité ci-dessus et à l’éphémère quotidien d’avant la première guerre, La Bretagne socialiste, Goude a donné quelques articles à l’Humanité avant 1914 et au Populaire, organe du Parti socialiste dans l’entre-deux-guerres.

SOURCES : Arch. Ass. Nat. dossier biographique. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes I, op. cit., pp. 272 à 276, passim. --- Les Fédérations socialistes III, op. cit., pp. 457 et 476, passim., 526 ; 548. — La France socialiste, op. cit., p. 359. — Wagner, Dictionnaire biographique illustré du Finistère, Paris, 1911. — L’Humanité, 10 mai 1910. — Comptes rendus des congrès du Parti socialiste SFIO. — Notes de J. Girault d’après les Arch. Mun. de Brest et le témoignage de sa fille.

ICONOGRAPHIE : La France socialiste, op. cit., p. 359.

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