SCHWENKE Raymond

Par Jean-François Lassagne

Né le 14 septembre 1944 à Metz (Moselle), mort le 7 octobre 2021 ; technicien de recherche à l’IRSID ; militant de la CFDT puis de la CGT en 1971 ; membre du Parti communiste ; conseiller régional de 1989 à 1995 ; conseiller municipal de 1983 à 1995, réélu en 2008 et en 2014 ; secrétaire de la fédération de Moselle de 1986 à 2002 ; membre du Conseil national de 1996 à 2002.

Raymond Schwenke en 2010
Raymond Schwenke en 2010

Raymond Schwenke ne connut pas son père. Sa mère Marianne Mangin, née le 11 août 1919 en Moselle, épousa M. Schwenke qui adopta son fils, et lorsque ce dernier eut quatre ans, elle divorça pour épouser Marcel Wissler un maitre-nageur à la ville de Metz. Elle reprit alors un atelier de toilettage de chiens en 1958 dans leur logement de fonction. Raymond Schwenke fréquenta l’école primaire de Chambière à Metz, et se distingua en natation où il fut champion de Moselle scolaire, puis par la suite champion de Lorraine sur 100 mètres dos en cadets. Après le certificat d’études primaires il partit à Nancy dans une école privée pour l’apprentissage en six ans du métier de géomètre-expert. En cours d’études la loi fut modifiée ne permettant plus l’obtention du titre sans être titulaire du baccalauréat. Déstabilisé, il décida de suivre des cours de dessin industriel par correspondance, ainsi que des cours privés de mathématiques, de physique et surtout de chimie pour laquelle il avait une prédilection, ce qui l’amena à entrer à l’école professionnelle de Hayange-Nilvange. Apprenti chimiste, il passa un CAP en deux ans au lieu de trois ponctués de stages au laboratoire de Lorraine-Escaut à Thionville. Le CAP en poche, il fut admis stagiaire à l’Institut de recherches de la sidérurgie (IRSID) à Maizières-lès-Metz (Moselle) durant six mois.

Renonçant au sursit, il partit au service militaire le 1er janvier 1964, « armes spéciales » dans l’artillerie, affecté au camp de Satonay à l’école des élèves gradés de l’artillerie où il effectua quatre mois de classes. Durant son instruction, et confronté à un lieutenant tenant des propos racistes envers les Algériens, s’engagea dans une altercation musclée qui lui valut un séjour au « trou ».Puis il rejoignit la base d‘In Amguel dans le Sahara à proximité du site des essais nucléaires du Taourirt tan Afella. Sur place, ayant demandé au capitaine de lui trouver un poste lui permettant d’étudier, il se retrouva magasinier des masques à gaz et des détecteurs de radioactivité à étalonner, ce qui lui permit de continuer à travailler la chimie. À son retour à Metz il parvint à se faire embaucher à l’IRSID, et grâce à des cours il devint technicien de recherche, dans cet établissement qui, avec celui de Saint-Germain-en-Laye, constituaient l’outil de recherche des entreprises de la sidérurgie avec participation de l’État, composé majoritairement d’ingénieurs et de techniciens. En 1965, il se syndiqua à la CFDT seule organisation de l’entreprise, et en 1968 il s’engagea dans une réflexion sur l’organisation du travail, hommes et machines, suivie du dépôt de revendications et d’une grève qui dura quarante-huit heures, au terme de laquelle toutes les demandes furent satisfaites. La culture également fit son entrée à l’IRSID, notamment le Théâtre populaire de Lorraine avec Charles Tordjman* et Jacques Kraemer, et d’autres activités aussi grâce au comité d’entreprise, comme l’exposition des œuvres d’Amilcar Zanoni, un ancien mineur sculpteur sur fer. Etablissement sensible, l’IRSID fut mise sous surveillance durant mai 68, notamment les militants du PCF.

C’est en 1969 qu’il adhéra au Parti communiste. Il avait épousé Josiane Zenczak fonctionnaire à la trésorerie principale de Metz en 1965. Le couple eut trois enfants dont des jumeaux, et logea dans une maison de l’IRSID à Maizières-lès-Metz, dont ils furent d’abord locataires puis propriétaires par un rachat ultérieur. C’est le positionnement de la CFDT lors des municipales de 1971 qui entraina la mise en place de la CGT dans l’établissement. À cette élection Raymond Schwenke dirigea la liste communiste qui obtint environ 15 % des voix. La cellule de Maizières, et plus tard celle de l’IRSID furent alors créées avec l’aide de la section communiste de Talange, elle-même en cours de constitution et qui comprenait déjà les cellules de la Safe (Société des aciers fins de l’Est), et la cellule locale. L’IRSID était alors une pépinière de militants, il y croisait entre autres Raymond Gatti, Jacques Antoine, Jean-Claude Génesson, Pierrot Zani, Marie-Thérèse Gonord, et Gilbert Krausener, et à Talange des personnages tels Jacques Kraemer et Charles Tordjman, Augustin Marsal, et le maire communiste Charles Anstett. Élu secrétaire de section en 1978, il l’avait été au comité fédéral en 1975 en charge de l’Humanité, puis il accéda rapidement au bureau fédéral et par la suite au secrétariat en 1977 avec Arthur Buchmann secrétaire fédéral. Il devint conseiller municipal aux élections de 1983 et le demeura durant deux mandats. Avec le plan acier de 1979 et la fermeture de l’usine d’Usinor-Thionville (le meilleur haut-fourneau d’Europe), un débat s’ouvrit sur le statut de l’IRSID, suivi d’une rude bataille de 1979 à 1983, laquelle associa la CGT et le PCF au PDG gaulliste, chacun avec ses armes propres, afin de conserver la participation financière de l’Etat à l’entreprise. Interpellation des groupes politiques à l’Assemblée nationale, débats, sollicitation des médias, les deux Raymond, Schwenke et Gatti, s’engagèrent sans compter, avec l’appui des autres syndicats, la CFDT et la CGC, pour finalement déboucher sur un succès. En 1984-1985 l’IRSID devenait centre de recherche d’Usinor-Sacilor au moment où, avec la « japonisation » de la sidérurgie, la réciprocité se traduisit par la vente de brevets au Japon. Dès 1983 il devint permanent fédéral chargé de l’organisation et de la propagande, aux côtés de Jean-Claude Bour responsable aux entreprises, Raymond Gatti, René de Matéis*, Constance Audia, et Bernard Daeschler trésorier, puis Gérard Auburtin. Sous un gouvernement de gauche comprenant encore quatre ministres communistes, l’année 1984 fut marquée par de grandes luttes en Moselle, notamment dans la sidérurgie, les mines de fer, les Houillères du Bassin de Lorraine, et la verrerie de Vallerysthal. C’est en 1986 qu’il fut amené à remplacer Arthur Buchmann au secrétariat fédéral. La même année il se rendit en Union Soviétique au cours d’un séjour qui refroidit ses espoirs et le laissa sceptique sur les perspectives de changement, de même qu’en RDA où il se rendit également dans la même période. Il entretint les relations avec les communistes de Sarre, du Luxembourg et de Belgique. En 1989 il fut amené à remplacer Paul Souffrin* au Conseil régional, et en 1995 au bout de son mandat municipal, il partit vivre à Hagondange.

Il fit son entrée au Conseil national du parti en 1996, et y demeura deux mandats jusqu’en 2002, dans cette instance qu’il jugea parisianiste, où il trouva difficile de se faire entendre. Aux élections régionales de 1998, et par désaccord, il ne fut pas possible de présenter une liste d’union, si bien que parti seul le PCF ne réalisa pas les 5 % nécessaires et n’eut plus d’élu. En 2002 il fut remplacé par Roger Tirlicien au secrétariat fédéral, mais il poursuivit son activité jusqu’en 2004, et demeura membre du comité fédéral. Il prit sa retraite après deux années de chômage, dans une période de difficultés financières à la fédération. C’est en 2002 également qu’il partit vivre à Audun-le-Tiche (en Moselle, près de la frontière luxembourgeoise), où il entra au conseil municipal en 2008, et devint vice-président de la communauté de communes du Pays-Haut-Val d’Alzette, responsable des relations transfrontalières, et siégea au GECT (Groupement Européen de Coopération Territoriale). Il fut réélu en 2014. En juin 2009 il avait épousé Maryse Mularoni.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175665, notice SCHWENKE Raymond par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 24 septembre 2015, dernière modification le 15 janvier 2022.

Par Jean-François Lassagne

Raymond Schwenke en 2010
Raymond Schwenke en 2010

SOURCES :
Entretiens avec Raymond Schwenke en 2010. — Arch.de la fédération communiste de Moselle.

ICONOGRAPHIE : Photographie de Raymond Schwenke en 2010, arch. de Jean-François Lassagne.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément