BOURET Claude, Charles, Yves

Par Madeleine Singer

Né le 16 octobre 1927 à Saint-Maurice (Seine, Val-de-Marne), mort le 6 mars 2020 ; instituteur, puis inspecteur départemental de l’éducation nationale (enseignement spécialisé) ; membre du bureau national du Syndicat général de l’Education nationale (SGEN) de 1960 à 1973.

Claude Bouret
Claude Bouret

Claude Bouret était l’unique enfant de Jacques Bouret, comptable, qui avait épousé Yvonne de Frondat, secrétaire. C’était une famille parisienne et catholique de longue date, aussi pieuse qu’anticléricale par respect des prêtres. Il fit ses études à l’EPS Lavoisier à Paris, puis au lycée Buffon en qualité d’élève-maître. Il obtint le baccalauréat en 1946, fit un an de formation professionnelle à l’École normale d’Auteuil et prit ensuite un poste à Clichy. Appelé au service militaire en 1948, il rejoignit Madagascar où il fut instituteur-chef dans « l’École militaire d’enfants de troupe ». Il retrouva l’année suivante un poste d’instituteur à Paris et fut mis à la disposition du SGEN de 1956 à 1973. Nommé alors directeur d’école à Paris, il devint l’année suivante inspecteur départemental de l’Education nationale dans la Somme, chargé successivement des circonscriptions d’Abbeville III et de Doullens, puis de l’enseignement spécialisé dans tout le département avec la circonscription d’Amiens-AIS de 1981 à 1993, année où il prit sa retraite.

Scout de France pendant ses jeunes années, il fut jéciste en arrivant à l’EPS Lavoisier en 1940, puis à partir de 1943 fréquenta occasionnellement comme normalien les réunions de la Paroisse universitaire et s’occupa de Vers l’école, publication concurrente de la revue du SNI, EN de France. Après la Libération, il devint lecteur de journaux et de revues : Temps présent, Le Monde, France-Observateur, Esprit, etc. Son premier acte syndical fut de participer à la grève des instituteurs de la Seine en novembre 1947 : il figura dans le comité local de grève comme représentant des non-syndiqués, ce qui lui vaudra d’entendre dans les meetings quotidiens de la Bourse du Travail parisienne, place de la République, tous les ténors syndicaux tant du SGEN que du SNI. Il adhéra alors au SNI « pour avoir la paix » ; il n’y avait d’ailleurs pas trace du SGEN à Clichy où il exerçait. A son retour de l’armée, il revint au SNI, sous la pression des collègues du Ve arrondissement, mais il démissionna vers 1951-1952, fatigué de faire seulement contrepoids aux communistes car ceux-ci faisaient durer sans fin les réunions pour rester majoritaires dans la salle et démettre le secrétaire de section.

Claude Bouret s’était marié en 1950 avec Jacqueline Tarrade dont il se sépara en fait en 1974 et divorça en 1993. Ils eurent quatre enfants, l’une certifiée de français, les autres secrétaire d’administration universitaire, métreur et comptable. Comme il faisait alors partie des Equipes enseignantes du Ve arrondissement, il y rencontra Claude Pinoteau* qui se maria un an après lui. Leur Equipe se transforma en une équipe « foyers » grâce à un recrutement actif qui obligea à diviser les équipes par genre. C. Bouret devint en 1954 responsable du journal Vie enseignante, publié par les Equipes. Mais il démissionna en 1955 : il avait écrit, à partir de témoignages de lecteurs, un article sur la morale laïque qui alerta la hiérarchie catholique ; l’Abbé Duclercq, aumônier du groupement, dut publier dans le numéro suivant, sans avertir C. Bouret, une mise au point qui brisa le mythe d’une autonomie, même relative, des laïcs dans un mouvement d’action catholique.

C. Pinoteau s’efforçait de l’entraîner au SGEN, mais la CFTC ne lui apparaissait pas alors dégagée de ses origines confessionnelles, ni de ses collusions avec le MRP. Or en février 1955, C. Pinoteau dit à C. Bouret que le rapporteur Premier degré leur faisait faux bond et lui demanda de présenter devant le congrès Premier degré ce rapport sur la formation des maîtres dans les Écoles normales, la création d’un corps de titulaires remplaçants, toutes choses dont ils avaient beaucoup discuté ensemble. C. Bouret accepta car le sujet l’intéressait. La complète communauté d’analyse et de conclusions avec C. Pinoteau et donc avec le SGEN une fois les positions adoptées par le congrès, le lièrent à l’organisation à laquelle il adhéra à son retour.

A la rentrée de 1955, C. Bouret fut affecté à une classe d’apprentis-menuisiers qui avaient 16 heures hebdomadaires d’enseignement général, par demi-journées de quatre heures. Cela lui laissait beaucoup d’heures de liberté qui lui permirent de prendre en charge le service de formation pédagogique par correspondance des remplaçants du syndicat et d’apporter son concours à la commission pédagogique du SGEN. Or celle-ci avait été mandatée par le congrès de Grenoble pour étudier un projet de tronc commun d’orientation d’une durée de deux ans dans lequel le latin et les langues vivantes - bancs d’essai ouverts à tous les élèves - seraient enseignés par des professeurs certifiés et agrégés, les autres disciplines pouvant l’être par des professeurs qualifiés par leurs diplômes ou leur expérience, de quelque origine qu’ils fussent. C. Bouret consacra donc son temps libre à d’innombrables réunions dans tous les lycées parisiens et dans de nombreuses villes de province. À partir de cette expérience, il rédigea un fascicule ronéotypé qui exposait la nécessité d’une démocratisation de l’enseignement secondaire - notion alors très révolutionnaire -, la nécessité d’un « tronc commun » - projet furieusement contesté - et réfutait les principales objections (mort du secondaire, du latin et de la culture, atteinte à la liberté des familles, etc.).Il y adjoignit, avec l’aide de Pierre Cournil*, quelques pages sur « l’évolution passée et future de la population scolaire », montrant l’inadéquation de l’enseignement actuel aux besoins du pays.

Dès la rentrée de 1955, il siégea au bureau national Premier degré où il rendait compte des travaux de la commission pédagogique. En décembre il signait dans Syndicalisme universitaire un magistral article, « la physionomie de la rentrée » : celui-ci, rédigé à partir de centaines de réponses au questionnaire envoyé par le SGEN, montrait la misère et le désordre des écoles primaires, le désarroi des maîtres devant leur tâche devenue impossible. Il avait également pris en charge le secrétariat de la Seine-Premier degré car C. Pinoteau, devenu secrétaire national adjoint de la catégorie, ne pouvait plus l’assurer : le style percutant des circulaires qu’il lançait dans les écoles, ses notes aux nouveaux promus dynamisèrent la section dont l’effectif progressa rapidement. Resté secrétaire de la section jusqu’en 1973, il siégea à la Commission administrative paritaire départementale (CAPD) de 1961 à 1973. Participant en outre à la commission confédérale d’études de la démocratisation de l’enseignement, il fit partie en mai 1956 d’une délégation de cette commission reçue par le Conseil économique.

À la rentrée de 1956, il devint permanent : ses travaux ayant attiré l’attention du ministre de l’Éducation nationale, R. Billères, celui-ci le plaça en position de « mis à la disposition » du SGEN. Le ministre commanda au SGEN 500 exemplaires du fascicule rédigé par C. Bouret pour diffusion chez les inspecteurs généraux, les inspecteurs d’Académie, etc. Aussi lorsque R. Billères chargea l’inspecteur général Cros de rédiger une brochure pour populariser le projet de réforme déposé en décembre 1956 au Parlement, ce dernier demanda le concours de C. Bouret et de P. Cournil qui durent tous deux revoir avant impression la maquette de la brochure.

En 1958 C. Pinoteau, devenu secrétaire national Premier degré, prit C. Bouret comme adjoint. On retrouva donc ce dernier aux côtés de C. Pinoteau lors des audiences à la direction du Premier degré. Ils rédigèrent ensemble une longue étude sur la revalorisation matérielle et morale de la fonction d’instituteur dans les classes primaires car les cours complémentaires, appelés CEG depuis 1960, attiraient à eux les meilleurs maîtres. C. Bouret assura la transition lorsqu’en 1964 C. Pinoteau, reçu au CAPCEG, dût céder le secrétariat national à Guy Duquesne*. C. Bouret était en outre adjoint au secrétaire académique de Paris et le resta jusqu’en 1974 ; il demeurait à son poste tandis que les secrétaires académiques passaient. Tous les ans, en juillet comme en septembre, on le retrouvait comme organisateur ou conférencier dans les sessions du plan national destinées aux cadres SGEN ainsi qu’un peu partout dans les sessions académiques, telles que celle de Melun en 1961 pour les militants de la région parisienne.

Or ses responsabilités pédagogiques s’étaient accrues depuis qu’en 1958 Bernard Vacheret et Raymond Létoquart* avaient pour des raisons diverses quitté la direction de ladite commission ; C. Bouret prit le relais et ne fut épaulé par Jacques Natanson* qu’à la rentrée de 1960. Ensemble ils relancèrent l’action pédagogique qui avait sommeillé pendant deux ans car depuis mai 58, déclara C. Bouret, il fallait d’abord « préserver le cadre politique dans lequel une action syndicale soit possible et sauvegarder le principe d’une Université qui vaille encore la peine d’être démocratisée ». Ils préparèrent donc un vaste rapport, « démocratisation de l’enseignement et rénovation pédagogique » : celui-ci fut discuté au comité national de mai 1961 qui remplaçait cette année-là le congrès devenu bisannuel.

Mais la tâche la plus lourde de C. Bouret concerna sans doute l’Union régionale parisienne (URP-CFTC) car dès 1957 il représenta le SGEN dans le conseil de cet organisme et y demeura jusqu’en 1973. Il travailla tout-de-suite avec un certain nombre de syndicats parisiens à l’évolution de l’URP. Sur leur initiative, le congrès du 21 décembre 1957 décida de constituer une « table ronde » avec les représentants des différents courants pour proposer des réformes et préparer de nouveaux statuts prévoyant notamment un élargissement des organes directeurs, bureau et conseil. C’est au congrès extraordinaire du 6 décembre 1958 que la majorité qualifiée nécessaire à la modification des statuts fut atteinte. Le bureau issu de ce congrès demanda en avril 1959 à Robert Duvivier*, alors secrétaire général de l’Union départementale d’Ille-et-Vilaine, d’accepter la fonction de délégué général de l’URP : c’était donc un des « minoritaires » de l’époque qui prenait la direction de la CFTC parisienne. Dans le cadre du nouveau conseil et du nouveau bureau, C. Bouret eut le poste de secrétaire-adjoint et devint au congrès de décembre 1960 vice-président de l’URP, fonction qu’il conserva jusqu’en 1970. Il était en même temps membre du conseil confédéral en qualité de suppléant de Roger Gillot, président de l’URP, qui occupait alors le siège imparti à cette organisation depuis la réforme des statuts confédéraux en 1953 ; C. Bouret y siégea jusqu’à la nouvelle réforme des statuts en 1970. En outre lorsque fut créé en 1964 par Paul Delouvrier, alors préfet de région de Paris, le Comité consultatif économique et social (CCES), préfiguration des conseils économiques de région issus de la décentralisation, C. Bouret qui était un des quatre membres de la délégation de l’URP, fut vice-président de ce Comité de 1964 à 1967, puis de 1969 à 1970, après en avoir été le secrétaire en 1968.

Or l’URP eut un rôle majeur pendant la guerre d’Algérie. C. Bouret, chargé du « secteur politique », était toujours sur la brèche. Lorsque l’UNEF adressa, le 6 octobre 1960, un appel à toutes les centrales pour relancer l’action en faveur de la paix, le secrétaire général de la CFTC consentit seulement à envoyer l’URP en observateur à la réunion préparatoire de l’UNEF : c’est R. Duvivier, également membre du bureau confédéral, qui s’y rendit. Le 18 octobre, la CFTC donna enfin une couverture confédérale à la journée du 27 octobre. L’UD-CGT qui s’était ralliée le 20 octobre au mouvement, retira son accord le 22 dès que l’interdiction gouvernementale fut connue. Une manifestation « statique » fut finalement autorisée dans le Palais de la Mutualité. Aussitôt le puissant appareil mis en place par l’URP se déploya : 350.000 tracts furent distribués par ses militants, 500 de ceux-ci apportèrent le 25 l’adhésion enthousiaste de leurs sections d’entreprise à la journée qui se préparait, ils fournirent plus de la moitié du service d’ordre de la Mutualité.

Après le putsch des quatre généraux, le 22 avril 1961, C. Bouret assura avec J. Brocard* et C. Pinoteau la présence du SGEN dans les discussions intersyndicales qui aboutirent à l’arrêt de travail d’une heure le 24 avril. Puis la répression policière des 17 et 18 octobre 1961 fut dénoncée au comité national confédéral du 28 octobre par R. Duvivier et C. Bouret : ce dernier souligna que la manifestation des Algériens était pacifique, que pas un agent n’avait été blessé, pas un homme trouvé porteur d’arme alors que nombre d’Algériens avaient été battus, blessés, torturés, tués, comme le prouvaient les cadavres retrouvés dans la Seine en aval de Paris. C. Bouret rédigea d’ailleurs une brochure, Face à la répression, sur les exactions de la police parisienne, avant et après cette manifestation, à partir des témoignages de militants et de sympathisants. Cette brochure, publiée par l’URP le 30 octobre 1961, fut d’autant plus utile qu’il faudra attendre deux mois pour une réplique syndicale dans la rue : deux mois de négociations laborieuses avec des organisations qui n’acceptaient pas de paraître soutenir le FLN et pas le MNA (FEN), ou de faire quelque chose ensemble (FO et CGT), ou de faire l’une sans l’autre (UNEF sans la FEN ; CFTC sans FO ou la FEN), ou échelon parisien sans accord du national, etc. Quand eut lieu enfin, le 19 décembre 1961, une puissante manifestation « de la Bastille à l’Hôtel de ville », le pouvoir « a de nouveau par les brutalités du service d’ordre exprimé son mépris cynique à l’égard des citoyens », selon les termes du communiqué SGEN du 20 décembre.

Enfin C. Bouret joua un rôle capital après l’attentat de l’OAS qui, le 7 février 1962, rendit aveugle une petite fille de 4 ans. Il représentait l’URP à la réunion qui se tint en fin d ’après-midi à la Bourse du travail car le président R. Gillod était alors absent de Paris. Dans la nuit, après un entretien téléphonique avec R. Duvivier, il donna son accord au texte appelant à la manifestation du lendemain, aux modalités de celle-ci et à la liste des signataires, déterminante dans les coalitions syndicales. Les confédérations étaient absentes car FO refuse toujours toute action avec la CGT ; par ailleurs il fut impossible de joindre le responsable de la FEN parisienne. Outre les organisations parisiennes de la CGT et de la CFTC, signèrent l’appel le SGEN de Seine et de Seine-et-Oise, les AG d’étudiants parisiens, le représentant de la FEN (Seine-et-Oise) qui avait notoirement partie liée avec la CGT et le PC. Ce dernier qui n’était évidemment pas représenté à une négociation syndicale, détenait la logistique indispensable : l’imprimerie (où L’Humanité était déjà sous presse) et ses messageries propres, les moyens des municipalités communistes, son réseau téléphonique clandestin, etc. Se joignirent à l’appel de nombreuses organisations confessionnelles, paracommunistes ou « humanistes », désireuses d’exprimer leur résolution face à l’OAS.

C. Bouret signa car la CGT s’était engagée à tirer un million de tracts dans la nuit, à les mettre en place avant l’entrée des usines, à faire alerter les responsables CFTC par les siens afin que les tracts fussent distribués en commun. Cet accord, dit-il, fut scrupuleusement respecté : depuis un certain temps la discipline intérieure de la CFTC parisienne et sa capacité de rétorsion rendaient possible une unité d’action avec la CGT, même sur des problèmes « politiques », sans débordements, ni mauvais coups. Les grandes organisations qui constituaient l’URP active (métallurgie, chimie, cheminots, SNCF, banques, SGEN, etc.) étaient entraînés par des militants se référant plus ou moins à Reconstruction et soudés par une conception commune de la démocratie et du syndicalisme.

Le lendemain cinq cortèges avaient été prévus au départ des stations de métro entourant la Bastille. C. Bouret se trouva à la tête du seul cortège qui avait réussi à se former à partir de la gare de Lyon parce que ce point de rassemblement avait été affecté à la CGT et communiqué par elle à ses militants sur un réseau téléphonique à l’abri des écoutes de la préfecture. Au moment où André Tollet (ancien président du Comité parisien de Libération) pour la CGT et C. Bouret pour la CFTC donnaient, à l’heure convenue et d’un commun accord, l’ordre de dislocation, une charge frontale de la police parisienne aussi brutale qu’imprévue provoqua reflux et panique de la foule dont une partie s’écrasa dans la bouche du métro Charonne. Là et sur la chaussée, on releva au moins 8 morts et des dizaines de blessés. Une nouvelle fois les témoignages des militants permirent à C. Bouret de rédiger et de faire imprimer à des milliers d’exemplaires une brochure CFTC, 8 février - 13 février 1962, pour rétablir les faits travestis par les médias sous contrôle gouvernemental.

En Mai 68, C. Bouret fut à nouveau sur la brèche. Comme les autres permanents, il était à Bierville en session d’études lorsque P. Vignaux* rédigea avec le bureau du SGEN-Supérieur le communiqué du 4 mai qui refusait toute approbation et toute participation au mouvement étudiant qui se développait à la Sorbonne et à Nanterre accompagné de beaucoup de violences. Publié seulement quatre jours plus tard par Le Monde dans un contexte local et national déjà très différent, ce texte ne prenait en compte que les aspects négatifs de la révolte étudiante et ne voyait à l’inquiétude des étudiants que des causes externes. Soumis à l’ensemble des permanents, il aurait sans doute été modifié car C. Bouret, évoquant dans le Bulletin militants du 10 mai « le SGEN dans la crise étudiante », déclarait : « Le malaise général du milieu étudiant met en cause non seulement les conditions matérielles de l’enseignement, mais aussi son contenu, les rapports avec les professeurs, etc. ». Tel quel le communiqué du 4 mai amorçait une cassure au sein de l’organisation et une tension croissante dans l’équipe dirigeante où les uns étaient plus attentifs à ce qui se passait de très intéressant dans les établissements scolaires et les amphithéâtres des facultés de province tandis que les autres se focalisaient sur la situation parisienne : irruptions de commandos armés dans les salles de cours, combats de rue, barricades, incendies de voiture. Au SGEN comme dans la Confédération, les tensions entre les différents échelons et régions étaient encore aggravées par l’extrême difficulté des communications et l’emprise des formations politiques diverses sur les militants et adhérents pendant cette période.

Cependant, le 13 mai, Charles Piétri, secrétaire général adjoint défilait en tête de l’immense cortège qui semblait marquer un rapprochement des organisations étudiantes et syndicales. Le 20 mai, le SGEN lançait l’ordre de grève pour le Premier et le Second degré et exploitait à fond le mouvement jusqu’aux négociations de sortie de crise avec le Ministère fin juin. Tant au titre de l’URP que du SGEN parisien, C. Bouret participa aux négociations préparatoires à la manifestation du 13 mai, aux contacts avec les autorités pour éviter les chocs les plus rudes entre police et manifestants, à l’organisation des obsèques publiques de la seule victime de ces événements. On sait que le jeune Gilles Tautin qui était allé manifester devant les usines Renault de Flins, se noya dans la Seine en prenant la fuite avec ses camarades devant les gendarmes. Témoin de débats orageux entre Laure Cartier*, secrétaire du Second degré, et P. Vignaux, C. Bouret s’efforça avec les autres permanents de maintenir l’unité au sein de l’équipe dirigeante du SGEN, en essayant d’obtenir de P. Vignaux une prise en compte de tous les éléments de la situation et une plus grande attention aux informations qui remontaient des académies.

S’il avait réussi, la fracture issue de mai 68 aurait sans doute été évitée. Quand se réunit les 6 et 7 septembre 1969 la commission « Orientation 70 » qui devait s’efforcer de surmonter cette fracture, il ne put faire prévaloir la solution de la dernière chance : Antoine Prost et Jacques Julliard* qui ne voulaient pas prendre la charge de secrétaire général, ne rejetaient pas l’idée d’un triumvirat avec Charles Piétri qui refusait absolument cette solution. Ce dernier, élu secrétaire général au congrès de 1970, fut réélu à Reims en 1972, mais démissionna le lendemain, les élections du Second degré ayant amené au bureau national deux représentants hostiles à la politique qu’il comptait mener. Le congrès élit alors François Garrigue, candidat des ex-minoritaires. Pour ménager une transition qui ne fut pas trop préjudiciable au SGEN, C. Bouret accepta de devenir secrétaire général adjoint, chargé de l’information (donc de Syndicalisme universitaire et de toutes les publications du syndicat). Dans le même esprit il assura en outre l’intérim du secrétariat national Premier degré lorsqu’en janvier 1973, Guy Duquesne, reçu au concours de l’Institut national d’orientation professionnelle, dut renoncer à sa fonction ; la nouvelle équipe n’avait trouvé aucun militant qui acceptât de devenir permanent à Paris.

Mais au congrès extraordinaire de mai 1973, C. Bouret démissionna du bureau national car il estimait que le bureau d’union entre « anciens » et « nouveaux » avait échoué. Il annonça donc son intention de reprendre un poste à la rentrée de 1973 et demeura toutefois en 1973-74 secrétaire-adjoint de l’académie de Paris. Devenu inspecteur de l’Education nationale, il n’eut d’autre possibilité de se syndiquer qu’à la FEN car le SGEN refusait alors l’adhésion de tous les personnels d’inspection, considérés comme des « petits chefs ». Il fut à Amiens pendant dix ans secrétaire académique du syndicat des inspecteurs FEN.

Depuis qu’il était à la retraite, il était vice-président de l’œuvre des pupilles de l’École publique qui, dans la Somme, gère sept gros établissements pour enfants handicapés et assurait encore cette fonction en 1997. Il avait adhéré au parti socialiste en 1977, la responsabilité du « secteur politique » de l’URP lui ayant interdit jusque-là d’appartenir à un parti ; il fut candidat socialiste lors des élections municipales de 1995 à Amiens. Il était chevalier de l’ordre du Mérite, commandeur des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17568, notice BOURET Claude, Charles, Yves par Madeleine Singer, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 7 mars 2020.

Par Madeleine Singer

Claude Bouret
Claude Bouret

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Th. Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, PUL ; Le SGEN. Des origines à nos jours, 1993, Le Cerf (Arch. Dép. Nord, J 1578). — École et Éducation (juin 1955). — Syndicalisme universitaire (octobre 1955-1974). — Note adressée par R. Duvivier à M. Singer, 17 mars 1981. — Lettres de C. Bouret à M. Singer, 26 février 1988, 27 février 1988, septembre 1995, 6 janvier 1997, 13 janvier 1997, 25 avril 1997, 7 mai 1997 (AP).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément