BOURGUEIL Maurice

Né en 1903, mort vers 1960 ; professeur de lettres ; militant des Auberges de la Jeunesse, des camarades de la Route.

Ce professeur de lettres classiques d’origine tourangelle joua un grand rôle, non seulement dans le Limousin, mais également dans le Poitou. Il fut avant tout l’âme du groupe ajiste de Brive, de l’époque du Front Populaire à 1953, et son influence s’exerça sur les nombreux jeunes qui passèrent dans ce groupe entre ces dates.

À la Libération il s’opposa parfois durement à Roger Tagault qui jouait un rôle identique au sien à Poitiers. Des dissensions importantes pendant la Résistance semblent être à l’origine de ces conflits. En 1945, il prit une année sabbatique pour s’occuper bénévolement d’une laiterie, afin que les petits brivistes ne manquent pas de lait. À cette même époque, il emmena en vacances des jeunes dans la région, avant de participer lui-même à l’encadrement de nombreuses « caravanes ouvrières ».

En 1948, il fut responsable régional du Limousin pour le Mouvement laïque des auberges de jeunesse et président de l’association départementale de la Corrèze de la Fédération nationale des Auberges de Jeunesse de 1951 à 1953. En 1954, il quitta la Corrèze et toutes les responsabilités pour se retirer en Touraine, sa région d’origine. Son action conduisit, entre autres, à la création d’une auberge de la jeunesse à Brive, qui portait d’ailleurs son nom, depuis son inauguration en 1968.

C’était un humaniste chrétien qui, pour un temps, accepta la main tendue par le Parti communiste. Bien que catholique pratiquant et conseiller municipal communiste, il garda une grande réserve à propos de ses engagements politiques dans son militantisme ajiste et, sur ce plan, défendit sans réserve les principes de mixité, de laïcité, d’internationalisme et de gestion par les jeunes. Pour ceux qui l’avaient connu, c’était un modèle de dévouement, d’honnêteté et de fraternité. En dépit de son âge avancé, il était considéré sans ostracisme comme l’un des membres du groupe de Brive, où il était surnommé malicieusement « le jeune camarade aux cheveux grisonnants ».

En dehors d’articles publiés pendant l’Occupation dans Routes, organe des Camarades de la route, il écrivit de nombreux textes dans le bulletin ajiste briviste le « Peyrarot » jusqu’en 1954 où il disait notamment : « À quoi bon susciter des discussions sur l’ajisme si l’on agit pas ! Des principes, il en faut, mais c’est surtout dans l’exécution des humbles tâches matérielles que se mesure la valeur des principes, car c’est bien ce qui exige l’oubli de soi, base de la véritable fraternité. À négliger les petites tâches, on risque le jour venu, d’être inférieur aux grandes et de ne rien réaliser. »

Maurice Bourgueil n’était pas attiré par les responsabilités nationales, il n’était pas un théoricien, mais il faisait partie de cette catégorie de militants atypiques, pratiques et pragmatiques, aux principes fortement ancrés et au désintéressement naturel qui contribuèrent parfois, et contre toute logique, à construire le « socle » du mouvement et dont l’aura marquera plusieurs générations d’ajistes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17599, notice BOURGUEIL Maurice, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 12 octobre 2021.

SOURCES : Notes de Guy Delpy, Maurice Sedes, René Skoutelky.

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