POTIER Dominique [Edgard, Dominique, Antoine] [Pseudonymes dans la Résistance : MARTIN, Jules NOLLET »

Par Jean-Pierre Husson

Né le 2 novembre 1903 à Seraing-sur-Meuse près de Liège (Belgique), mort le 11 janvier 1944 à Reims (Marne) ; officier de l’Armée de l’Air belge ; chef du réseau d’évasion Possum.

Dominique Potier
Dominique Potier
SOURCE : Archives Fred Greyer

Dominique Potier était le fils d’Alphonse Joseph Potier et de Léopoldine Joséphine Damin. Officier de l’Armée de l’Air belge, il était domicilié à Charleroi (Belgique).

Ingénieur polytechnicien militaire, spécialisé en construction aéronautique, le capitaine Potier commandait en 1940 la 1ère escadrille de reconnaissance de nuit du 1er Groupe du 3e Régiment de l’Aéronautique militaire, dont la quasi-totalité des appareils ont été détruits au sol ou mis hors d’usage sur le terrain de campagne de Neerhespen, lors de l’attaque allemande contre la Belgique le 10 mai 1940. Replié avec ses hommes en France, à Tours, il a reçu pour mission le 25 mai 1940 d’acheminer par air le courrier destiné à l’État-major de l’Aéronautique militaire belge resté dans le secteur de Bruges. Pris pour un appareil ennemi au-dessus de la Manche, son avion a été abattu par un bâtiment de la Royal Navy. Potier a sauté en parachute, a été recueilli par l’équipage du navire britannique et débarqué à Douvres. Le 26 mai 1940, une vedette rapide française l’a conduit à Dunkerque, d’où il a gagné la Belgique pour y accomplir sa mission, puis il a rejoint son unité en France, le 13 juin 1940. Rentré en Belgique occupée en août 1940, il a été employé dans différents ministères, ce qui constituait une bonne couverture pour ses activités clandestines au sein de la Légion belge dont il a été un des initiateurs, et qu’il a été chargé d’implanter au sud de la province de Luxembourg.

Le 13 novembre 1941, le capitaine Potier s’est évadé de Belgique en utilisant la ligne Nanson, une filière de l’Aéronautique militaire belge. Le 15 novembre, il a franchi la ligne de démarcation à Poligny dans le Jura, mais n’est parvenu à passer en Espagne qu’en février 1942, avant de rallier l’ambassade de Belgique à Lisbonne le 19 février, puis de rejoindre le Royaume-Uni par hydravion le 25 mars.
Le 27 mars 1942, le capitaine Potier a été admis à la Royal Patriotic School, installé à Londres dans le district de Camberwell, où les étrangers qui arrivaient au Royaume-Uni étaient soumis par les Services spéciaux britanniques à un interrogatoire. Il s’est engagé dans les Forces belges reconstituées au Royaume-Uni, et il a été détaché dans une école de pilotes de la Royal Air Force (RAF), où il a été déclaré « trop vieux pour voler comme pilote de guerre ».
En décembre 1942, il a été élevé au grade de capitaine-commandant et affecté à l’instruction des jeunes pilotes. Le 28 mai 1943, il a été détaché, à sa demande, à la Sûreté d’État du gouvernement belge réfugié à Londres. Il a suivi les cours de formation dispensés par la RAF et la Royal Navy, destinés aux agents de renseignements et d’action. Au début du mois de juin 1943, il a suivi un stage d’entraînement de trois jours à la 161e escadrille de la RAF spécialisée dans les opérations de ramassage et de parachutage effectuées de nuit dans les zones occupées par l’Allemagne.

Au cours de la nuit du 15 au 16 juillet 1943, Potier a été parachuté près de Florenville en Belgique, sur le territoire de la commune de Suxy, accompagné d’un opérateur-radio canadien, Conrad Lafleur. Ainsi a commencé la Mission Martin. Elle a été initiée conjointement par la section 9 du Military Intelligence (MI 9), chargée au sein des services secrets britanniques des réseaux d’évasion des pilotes alliés abattus au-dessus de l’Europe occupée, et par la Sûreté de l’État belge, équivalent pour le gouvernement belge réfugié à Londres, du Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de la France libre. Cette mission consistait à mettre en place un réseau d’évasion par air des équipages alliés abattus par l’aviation ou la DCA allemandes et de les ramener en Angleterre par avion Lysander.
Dès son arrivée en Ardenne, Dominique Potier fut contacté par Pierre Geelen, un ancien agent belge du réseau Carte, passé au service du réseau SOE Physician-Prosper. Recherché par la Gestapo en tant qu’agent qui effectuait la liaison entre l’état-major parisien de ce réseau et le groupe Buckmaster d’Origny-en-Thiérarche dans l’Aisne, Pierre Geelen était venu se réfugier en Belgique. Intégré à l’équipe de Dominique Potier, il lui a fourni à Potier ainsi qu’à Lfleur des papiers d’identité, des certificats de travail et des cartes de ravitaillement français. Dominique Potier sous les pseudonymes de Martin et de Jules Nollet implanta ce réseau, homologué après la guerre sous le nom de réseau Possum, dans la région de Fismes et de Reims.

Rappelé à Londres en novembre 1943 où il a ét élevé au grade de commandant, Dominique Potier a été ramené en France au cours de la nuit du 20 au 21 décembre 1943. Le 29 décembre, il a été arrêté à Reims par la Gestapo, dans une chambre de l’Hôtel Jeanne d’Arc, où il était descendu sous le nom de Monsieur Duchesne. Transféré à Fresnes, il y a été détenu pendant trois jours et confronté à Jean Lorgé, un agent belge du réseau Possum qui avait été arrêté à Paris le 31 décembre. Ramené à la prison de Reims et torturé, il s’est ouvert les veines des poignets, puis s’est jeté du haut de la galerie intérieure de la prison, alors que les Allemands tentaient de lui poser des garrots pour stopper l’hémorragie. Conduit dans le coma à l’Hôpital de Reims où les Allemands ont essayé de le réanimer pour l’interroger à nouveau et tenter de le faire parler, il y est décédé après de longues heures d’agonie, sans avoir parlé, le 11 janvier 1944.

Le 15 janvier 1944, son cadavre a été enterré dans la fosse commune du cimetière du Sud à Reims. Le 24 août 1950, à Reims, sa dépouille a été exhumée pour être transférée en Belgique. Son cercueil a été rapatrié au cimetière communal de Bruxelles-Evere pour y être ré-inhumé le 18 septembre 1950 dans la Pelouse d’honneur-Force aérienne 155. Sur sa stèle est gravée l’inscription « Fusillé », pieux mensonge qui s’explique sans doute par le fait que le commandant Potier était catholique, et qu’en 1950 il n’était pas politiquement correct d’affirmer qu’un officier belge s’était suicidé.

En 1954, au cours d’une cérémonie présidée par M. Spinoy, ministre de la Défense nationale, le nom du chef du réseau Possum a été donné à la 109e Promotion polytechnique de l’École royale militaire de Belgique, qui est devenue la Promotion Major Aviateur Dominique Potier. Le commandant Potier avait lui-même fait partie de la 84e Promotion.

Son nom est gravé sur le Monument aux morts de Florenville où en juillet 1996, une plaque commémorative a été érigée sur la façade de la maison où sa famille a résidé :
« Au Major aviateur Edgard Potier - Agent parachutiste - Fondateur de la ligne POSSUM pour le rapatriement des aviateurs alliés - Martyrisé à la prison de Reims, s’est donné la mort pour assurer la certitude du silence à ses compagnons de la résistance ».

Le 30 août 2008, à l’occasion du 64e anniversaire de sa libération par les Alliés, la Ville de Reims a rendu hommage au commandant Potier en présence de son fils et ayant droit, Fred Greyer, en inaugurant une plaque commémorative 36, rue Jeanne d’Arc, sur la façade de l’immeuble où le commandant Potier avait été arrêté le 29 décembre 1943.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article176091, notice POTIER Dominique [Edgard, Dominique, Antoine] [Pseudonymes dans la Résistance : MARTIN, Jules NOLLET » par Jean-Pierre Husson, version mise en ligne le 29 octobre 2015, dernière modification le 24 mars 2021.

Par Jean-Pierre Husson

Dominique Potier
Dominique Potier
SOURCE : Archives Fred Greyer
Avion Lysander
Avion Lysander
SOURCE :
Photo communiquée
par le commandant Philippe Connard
Sur le monument aux morts de Florenville
Sur le monument aux morts de Florenville
36, rue Jeanne d'Arc à Reims
36, rue Jeanne d’Arc à Reims
SOURCE : 
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson
La prison de Reims
La prison de Reims
Dans la nécroipole de Bruxelles-Evere
Dans la nécroipole de Bruxelles-Evere
SOURCE :
Photos communiquées
par le commandant Philippe Connard
La sépulture de Dominique Potier</br> à Reims avant son transfert en Belgique
La sépulture de Dominique Potier
à Reims avant son transfert en Belgique
SOURCE : Archives Fred Greyer
Au domicile des parents de Dominique Potier
Au domicile des parents de Dominique Potier
SOURCE :
Photographies communiquées
par Annette Biazot

SOURCES : Archives privées de Fred Greyer, fils et ayant droit du commandant Potier (photos). – Documents d’archives communiqués par le commandant Philippe Connart, chef du Service des Archives notariales au ministère de la Défense à Bruxelles, conservés au Centre d’Études et de Documentation-Guerre et Sociétés contemporaines (CEGES) à Bruxelles. – Fred Greyer, " The Possum Escape Line ", site Internet en anglais. – Jean-Pierre Husson, " Le réseau d’évasion Possum, une histoire douloureuse, une mémoire partagée ", dossier en ligne sur le site « Histoire et mémoires », CRDP -Académie de Reims, 2010. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dvd-rom, AERI- Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013. – État civil, Reims (acte de décès).

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