COMMERÇON Joseph

Par Jean-Sébastien Chorin, Michel Thébault

Né le 6 octobre 1900 à Blanot (Saône-et-Loire), fusillé sommaire le 12 juin 1944 à Neuville-sur-Saône (Rhône) ; courtier en vins ; résistant dans le mouvement Libération, l’Armée secrète et le réseau Action R1 (Mission Armada) en Saône-et-Loire.

Joseph Commerçon
Joseph Commerçon

Joseph Commerçon était le fils d’Antoine et de Françoise Chapuis, tous deux coquetiers de profession et demeurant au hameau de Vivier, commune de Blanot (Saône-et-Loire). Il appartenait à une famille de neuf enfants, huit garçons et une fille. Quatre de ses frères moururent lors du premier conflit mondial et de ses suites immédiates : Claude, né en 1893, le 12 septembre 1914 à Toul ; Jules né en 1890, le 4 avril 1915 à Bois-d’Ailly, commune d’Ailly-sur-Meuse (Meuse) ; Simon né en 1894, le 31 janvier 1919 à Blanot de la grippe espagnole lors d’une permission et Jean né en 1889, le 22 juillet 1919 d’une maladie pulmonaire, séquelle des combats. Joseph Commerçon se maria vers 1926 avec Marie Auboeuf. A cette époque il vivait toujours à Vivier avec sa famille et il était cultivateur. Il résida ensuite successivement à Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire) en 1928, au Creusot (Saône-et-Loire) en 1930, puis à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) en 1933, où il fut employé de commerce. Pendant la guerre, il demeurait à Blanot (hameau de Vivier) où il exerçait la profession de courtier en vins. Il avait deux filles Hélène née en 1926 et Denise née en 1936. .
Il fut mobilisé le 28 août 1939 et affecté au Centre de Mobilisation du Train n°5 dans la 968e compagnie. Il fut ensuite « classé dans l’affectation spéciale au titre du tableau 3 de la 8e Région et des Établissements Pardon à Cluny » pour une durée indéterminée. En mai 1940, il hébergea des réfugiés fuyant l’armée allemande.

Entré dans la Résistance le 1er novembre 1942 dans le mouvement Libération, il intégra l’Armée secrète le 15 novembre 1943. Il employa des réfractaires au STO et ravitailla le maquis AS de Cruzille (Saône-et-Loire) et le maquis de Crue à Blanot. A partir d’août 1943, il fut agent du réseau Action R1 (mission Armada), dépendant du BCRA. A ce titre, il fut chargé du transport de matériel parachuté.

Suite à la dénonciation d’un traitre infiltré parmi les maquisards de Beaubery, Joseph Commerçon et ses frères Joanny et Pierre furent arrêtés le 23 janvier 1944 à Blanot. Joseph se trouvait dans un café lorsque « la Gestapo et quelques soldats allemands » l’interpellèrent. Les frères Commerçon et d’autres résistants (parmi lesquels René Delorieux) furent conduits en camion à Mâcon (Saône-et-Loire) où ils firent une courte halte à l’Hôtel de Genève, siège de la Gestapo. Puis ils furent transférés à Lyon. Le résistant Jean Dumont fit le récit de leur arrivée : « le 23 ou 24 janvier, alors que j’étais au siège de la Gestapo, École de Santé, avenue Berthelot, j’ai vu arriver un convoi dans lequel j’ai reconnu les frères Commerçon [...]. Tous ces hommes ont subi un premier interrogatoire ». Ils furent ensuite internés à la prison de Montluc (Lyon). Joseph Commerçon fut emprisonné cellule 62.

Le 12 juin 1944, vers 18h, Joseph Commerçon, Joanny Commerçon son frère, René Delorieux et vingt autres prisonniers furent extraits de la prison de Montluc. Sous prétexte de les échanger contre d’autres détenus, les Allemands les entassèrent dans une camionnette, menottés deux par deux. Quatre soldats armés prirent place à l’arrière du véhicule pour les surveiller. Des hommes en civil et en uniforme, dont un agent français de la Gestapo, montèrent dans trois voitures. On imposa le silence aux prisonniers. Le convoi sortit de Lyon et s’arrêta vers 18h45 à Neuville-sur-Saône (Rhône), devant une carrière située sur la route de Civrieux (Ain), à 3 km environ du centre. Onze détenus furent jetés hors de la camionnette à coups de pied et de poing. Ils furent détachés et menés à 200 mètres de distance, dans un lieu isolé situé Montée du Parc (nommée anciennement Montée de la Chaumière). Ils durent se coucher à plat ventre dans un sentier. Vers 19h40, le peloton d’exécution formé d’une dizaine d’hommes tira des rafales de mitraillettes. Puis, les victimes reçurent le coup de grâce. Vint ensuite le tour des douze autres prisonniers. Ils furent conduits dans un pré, à peu de distance, et furent exécutés selon les mêmes modalités. Deux hommes du premier groupe furent blessés. L’un d’eux décéda dans la nuit à l’hôpital de Neuville-sur-Sâone, l’autre, seul rescapé, se réfugia dans une ferme. Les corps furent découverts le soir même par les autorités locales. Le 13 juin, les vingt-deux victimes furent numérotées, photographiées et inhumées dans le cimetière de Neuville-sur-Saône.

Après consultation de la photographie du corps n°7 et grâce à des papiers retrouvés sur lui, Joseph Commerçon fut identifié par son épouse et son frère Eugène.

Le corps de Joseph Commerçon fut inhumé le 20 septembre 1944 à Blanot. Il obtint la mention Mort pour la France en 1945. En 1946, il fut décoré de la Médaille de la Résistance et de la Croix de guerre avec étoile de vermeil et citation à l’ordre du corps d’armée : « Chef de réception de parachutage depuis le 1er janvier 1943 – a logé des agents parachutés de Londres et des réfractaires au STO ; ravitaillement des maquis ; coups de main contre l’ennemi ; arrêté par la Gestapo pendant un transport de munitions au maquis ». Il fut homologué FFI avec le grade de sous-lieutenant en 1946. Le titre d’interné résistant lui fut accordé en 1952. Son nom est inscrit sur la stèle commémorative 1939 – 1945 de Blanot ainsi que sur le monument en souvenir de tous les maquisards et résistants tués dans la région dressé au col de Brancion (Saône-et-Loire). Il figure enfin sur la stèle commémorative de Neuville-sur-Saône sous l’inscription : « Honneur et Patrie aux martyrs de la résistance française ! Souviens-toi qu’ici le 12 juin 1944, 22 patriotes ont été fusillés par les Allemands ».
Son frère Pierre Commerçon mourut en déportation. Des huit frères Commerçon, sept sont morts victimes des deux conflits mondiaux et six ont obtenu la mention mort pour la France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article176143, notice COMMERÇON Joseph par Jean-Sébastien Chorin, Michel Thébault, version mise en ligne le 20 octobre 2015, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Jean-Sébastien Chorin, Michel Thébault

Joseph Commerçon
Joseph Commerçon

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W14, 3335W10, 3808W1078, 3808W842.— Arch. Dép. Saône-et-Loire, feuillet matricule de Joseph Commerçon, recensements de population de Blanot (1926), Chalon-sur-Saône (1936), du Creusot (1931).— CHRD, Lyon, ar. 1816 (dossier de René Louis Delorieux).— Note de Maurice Berne. — Bruno Permezel, Montluc, antichambre de l’inconnu, 1942-1944, 1999. — André Jeannet, Mémorial de la Résistance en Saône-et-Loire, biographie des résistants, 2005.- Andrée Commerçon, La rafle de Blanot (Saône-et-Loire), 23 janvier 1944 in Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, n°1, novembre 2011. — Témoignage 2108 et renseignements Renée Grozellier - Commerçon (fille de Pierre Commerçon) — Mémorial genweb — État-civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément