BOURRAT Charles, Jean-Louis

Par Gilles Morin, André Balent

Né le 1er janvier 1884 à Sigean (Aude), mort le 3 septembre 1964 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; avocat, puis préfet ; militant radical puis socialiste des Pyrénées-Orientales, conseiller général de Mont-Louis en 1945-1961.

Charles Bourrat était fils d’une des grandes « vedettes » politiques des Pyrénées-Orientales d’avant 1914, le député Jean Bourrat (1859-1909), élu radical très à gauche, proche des syndicats réformistes de Perpignan, et tribun populaire renommé dont la notoriété était encore importante près de 50 ans après sa mort. Il naquit à Sigean (Aude), localité proche des Pyrénées-Orientales d’où était originaire son père.
Après son service militaire (27 octobre 1902-19 septembre 1903), Charles Bourrat fut attaché au cabinet du ministre de la marine Camille Pelletan (son père était député des Pyrénées-Orientales et soutenait la majorité issue des élections de mai 1902, ce qui n’est sans doute pas étranger à cette nomination), puis au cabinet du ministre de la Justice de 1906 à 1908. Il passa durant ses fonctions une licence en Droit en 1905 et un doctorat. Il entra dans la carrière préfectorale comme secrétaire général du Var en 1909, puis fut intendant dans la Creuse et devint sous-préfet en 1912, avant d’être mobilisé du 21 septembre 1914 au 1er mars 1919. Il avait alors le grade de lieutenant-colonel. Il reprit sa carrière après sa démobilisation, occupant divers postes (Puy-de-Dôme, Isère, Cher), avant d’être nommé préfet des Basses-Alpes en 1928, du Cher puis de la Côte-d’Or. Il fut préfet du département d’Alger en septembre-octobre 1935, puis de septembre 1936 à janvier 1939 (nommé donc par le gouvernement de Léon Blum). Puis il fut préfet de la Moselle (en mars 1939). Arrêté par les Allemands le 15 juin 1943, expulsé, il se replia avec les éléments de sa préfecture à Montauban où il conserva ses fonctions en s’occupant des expulsés. Résistant, il installa à Lyon un service de renseignements sur l’Alsace, la Lorraine et l’Allemagne. Il fut arrêté par la Gestapo le 9 juin 1944, puis déporté en Allemagne à Neuengamme puis à Tinck (Tchécoslovaquie). À son retour, il devint préfet honoraire et s’installa comme avocat à Perpignan. On devait évoquer son nom pour remplacer Yves Chataigneau à Alger à l’automne 1947.
Charles Bourrat ne commença sa carrière politique dans les Pyrénées-Orientales que lorsqu’il fut à la retraite.
Il adhéra à la SFIO à la veille des élections cantonales de 1945. Élu conseiller général de Mont-Louis le 21 septembre 1945, au second tour, grâce au désistement du communiste, François Rouquet, maire de Fontpédrouse, il fut candidat à la première assemblée constituante en octobre suivant, colistier de Louis Noguères et Léon-Jean Grégory (seul Noguères fut élu).
Bourrat fut réélu contre les candidats communistes et RPF, aux seconds tours (mars 1949 ; avril 1955), grâce au désistement du candidat MRP. Il avait peu de rapports avec la SFIO, qui n’avait pas de section dans son canton en 1949. Il fut président de la commission des Finances de l’assemblée départementale de 1949 à 1955 au moins. Selon le préfet, résidant à Perpignan « il peut suivre auprès des divers services administratifs la marche des affaires intéressant son canton où il séjourne rarement ».
En 1951, il était présenté comme un ami personnel de Louis Noguères, mais aux élections législatives du 2 juin 1956, il ne se représenta pas, ayant laissé la 3e place à Arthur Conte.
Devancé par un candidat communiste et un candidat UNR, au premier tour, des cantonales de 1961, la fédération présenta un autre candidat au 2e tour.
Son fils Jean-Guy Bourrat (sous-préfet honoraire en 1989) avait publié des souvenirs d’adolescence de 1936, mettant en scène son père et relatant les discussions qu’il a pu entendre pendant des séjours dans le village de son grand-père à Saint-André, alors que son père, de passage dans les Pyrénées-Orientales entre Port-Vendres et Alger, pouvait avoir avec le préfet des PO, Raoul Didkowski : les discussions avaient principalement pour thème, sensible dans un département frontalier, la guerre civile espagnole.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17625, notice BOURRAT Charles, Jean-Louis par Gilles Morin, André Balent, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 20 octobre 2008.

Par Gilles Morin, André Balent

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3228 et 3229 ; F/1cII/270, 279, 305, 314 et 703 ; F/1cIV/154 ; 158. — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, série W. — Jean-Guy Bourrat, « Témoignage : le préfet des Pyrénées-Orientales, la guerre d’Espagne et les passages d’armes », dir. Jean Sagnes, Sylvie Caucanas, Les Français et la Guerre d’Espagne, actes du colloque de Perpignan, sept 1989, introd. Bartolomé Benassar, conclusions Pierre Vilar, Presses universitaires de Perpignan, 437 p.(pp. 45-47). — René Bargeton, Dictionnaire biographique des préfets, septembre 1870-mai 1982, Paris, Archives nationales, 1994, p. 113. — Roger Bernis, Les Pyrénées-Orientales sous la IVe République, thèse de droit (dactylographiée), Montpellier 1971 ; Roussillon Politique. Du réséda à la rose..., 1 : Le temps de la Quatrième, Toulouse, Privat, 1984, 286 p. — Horace Chauvet, La politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan, Imprimerie de l’Indépendant, 1934, 255 p.

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