TINELLI Léon

Par Christine Frantz, Sylvain Schirmann

Né le 17 mars 1925 à Wittenheim (Haut-Rhin), mort le 1er avril 2004 à Mulhouse (Haut-Rhin) ; ouvrier aux mines de potasse ; communiste, permanent syndicaliste CGT ; secrétaire de l’Union des syndicats CGT de mineurs du bassin potassique (1956-1967), secrétaire général de l’Union départementale CGT du Haut-Rhin (1967-1974).

Léon Tinelli est né dans une famille d’immigrés italiens le 17 mars 1925 à Wittenheim, bourg minier proche de Mulhouse. Son grand-père paternel, Pietro Tinelli avait quitté l’Italie en 1898. Son père Angelo Tinelli, né en 1895, était entré aux mines de potasse en 1924, fut syndiqué à la CGTU, puis après la fusion, à la CGT. En 1937, il demanda sa naturalisation, qui lui fut refusée ; son fils Léon, né en France, obtint en revanche la nationalité française. La mère de Léon Tinelli, Maria Rapp, était alsacienne, femme au foyer et n’eut pas d’activité militante.
Léon Tinelli passa son enfance dans la cité Fernand-Anna de Wittelsheim. En septembre 1939 il fut embauché comme manœuvre dans la métallurgie. En juin 1940, il commença un apprentissage d’ébéniste et obtint son CAP en 1944. De juin à novembre 1944, il fut réquisitionné pour travailler dans l’industrie d’armement à la production de pièces de canons. C’est là qu’il rencontra la Résistance des ouvriers et des prisonniers, qu’il évoquera dans son livre sur l’Alsace résistante : ceux qui rayaient les pièces et ceux qui les laissaient passer au contrôle. En 1945, après la Libération, il revint temporairement au mobilier d’art, puis se fit embaucher aux Mines domaniales de potasse d’Alsace en 1947. Il fut affecté aupuits Anna. Il adhéra immédiatement à la CGT et s’occupa de la collecte des cotisations. En 1948, il épousa Jacqueline Frindel, modiste, fille de militants et militante depuis sa jeunesse, qui participa, au sein de l’UFF, au combat des femmes de mineurs. Le couple eut deux enfants, quitta la cité Jeune-Bois en 1953 pour s’installer définitivement à Kingersheim.
En 1954, Léon Tinelli fut élu au bureau de l’Union des syndicats de mineurs du bassin potassique. En 1956, il devint secrétaire de l’Union des syndicats de mineurs. Il suivit la même année une formation de quatre semaines à l’école confédérale de la CGT à Courcelles. Le 5 mai 1957, il entra au bureau de l’UD-CGT du Haut-Rhin, au moment où Lucien Hugel en était élu secrétaire général. En 1959, Léon Tinelli entra au secrétariat de l’UD. Depuis 1958, il était membre du bureau de la Fédération du sous-sol CGT et administrateur de la Caisse autonome nationale de sécurité sociale minière. A l’UD, Léon Tinelli s’occupait des salaires, des conditions de travail et avait en charge les secteurs du bâtiment, du textile, d’EDF et des papeteries. Il devint permanent en 1962. En 1967, Léon Tinelli succéda à Lucien Hugel au poste de secrétaire général de l’Union départementale CGT du Haut-Rhin. Il y resta jusqu’en 1974. Le 26 octobre 1967 une très puissante manifestation intersyndicale eut lieu à Mulhouse contre l’insécurité de l’emploi. Elle fut marquée par des affrontements avec les forces de l’ordre. Léon Tinelli eut ensuite à coordonner les luttes de mai 1968 dans les entreprises du Haut-Rhin, les mines de potasse, la mécanique, le textile, la gare de Mulhouse et EDF. Un accord, intervenu le 29 mai, entre la Chambre syndicale patronale et les syndicats stipula une avance de 80% des salaires perdus et une augmentation de 10 % à partir du 1er juin. La reprise du travail s’effectua alors progressivement. Tinelli dut aussi gérer les mouvements revendicatifs importants de la rentrée 1968, en particulier à la Société alsacienne de constructions mécaniques-SACM, chez Peugeot ou encore aux PTT.
Il siégea à partir de 1969 au conseil de développement économique régional d’Alsace (CODER), puis de 1975 à 1978 au CESA (Conseil économique et social d’Alsace). Après son départ du secrétariat de l’UD en 1974, il s’occupa de 1975 à 1978 du secrétariat du comité régional CGT et, à partir de 1978, du Syndicat des retraités CGT. En 1984, il succéda à Lucien Hugel à la tête du centre régional Alsace de l’Institut d’Histoire sociale CGT et il conserva cette fonction jusqu’en 1998. Il y consacra passionnément tout son temps, décidé à faire connaître l’histoire des luttes ouvrières, le sort des militants, le double jeu du patronat mulhousien vantant son action paternaliste mais toujours disposé à sévir contre les ouvriers syndiqués. C’est ainsi qu’il s’attacha à écrire l’histoire des luttes sociales à Mulhouse, l’histoire des mines de potasse, l’histoire de l’Alsace résistante. Il organisa des expositions, des journées d’études auxquelles il invita les acteurs des luttes et des historiens universitaires. Il participa également, avec son épouse, à l’animation d’ateliers et au tourisme social en liaison avec l’Université populaire de Cernay.
Léon Tinelli avait adhéré au Parti communiste le 2 janvier 1961 et entra au comité fédéral du Haut-Rhin lors de la conférence du 7 mai de la même année et au bureau fédéral l’année suivante, à la conférence du 24 juin 1962. Il y fut réélu jusqu’en 1969. Il suivit une école d’un mois en 1966. En 1974, il prit la direction du Comité français contre les interdictions professionnelles en Allemagne fédérale (« Berufsverboten » qui visaient les communistes candidats à des postes de la fonction publique allemande). Il quitta le PCF en 1988, sur un désaccord avec la fédération.
Il avait milité au bureau fédéral du Mouvement de la Paix, à partir de 1962.
Une cérémonie d’hommage fut organisée à Kingersheim par la CGT le 10 mai 2004, au cours de laquelle intervinrent de nombreux responsables locaux et nationaux, de la CGT, de la CFDT, de l’ANACR, de la VVN (Vereinigung des Verfolgten des Naziregimes, Association des victimes du nazisme). Des universitaires avaient aussi envoyé des messages.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article176686, notice TINELLI Léon par Christine Frantz, Sylvain Schirmann, version mise en ligne le 15 novembre 2015, dernière modification le 12 juin 2016.

Par Christine Frantz, Sylvain Schirmann

ŒUVRE : Les travailleurs du livre dans le mouvement ouvrier, Mulhouse, 1981 . – Les luttes sociales à Mulhouse 1798-1945, Mulhouse, 1998. – L’histoire inédite des Mines de potasse 1904-1945. Les luttes des mineurs, Mulhouse, 1999. – Les Mines de Potasse. De l’entreprise d’État à la société anonyme 1945-1967. Les luttes et l’unité du personnel, Institut CGT Alsace d’histoire sociale, Strasbourg, 2000. – L’Alsace résistante. De juin 1940 à février 1945, Institut CGT Alsace d’Histoire sociale, Strasbourg, 2002. – Les métallos de la Manuhrin, Institut CGT Alsace d’Histoire sociale, Strasbourg, 2003.

SOURCES : Archives Institut CGT Alsace d’histoire sociale, Bulletin spécial Hommage à Léon Tinelli, septembre 2004 . — Interview de Léon Tinelli par Christine Frantz et Sylvain Schirmann. — Notes de Françoise Olivier-Utard.

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