BOTTINELLI Joanny

Par Laurent Gonon

Né le 28 novembre 1875 à Voiron (Isère) ; ouvrier typographe ; dirigeant syndical du Livre à Lyon (Rhône) (1909-1922) ; Conseiller prud’homme (1913).

Fils naturel, sa mère Isaline Blanc était ouvrière en soierie. Il fut légitimé en 1879 et porta dès lors le nom de Bottinelli.
Joanny Bottinelli, demeurant 66 rue Montgolfier à Lyon (Rhône) devint trésorier général de la Chambre syndicale typographique de Lyon en juin 1909, puis secrétaire général permanent à partir d’octobre de la même année et, en mars 1911, il fut élu secrétaire général, délégué permanent. Succédant à Joannès Seguin jusqu’en 1922. A partir de 1910 jusqu’en 1922, il appartint à la commission mixte des cours professionnels créés par les syndicats du Livre de Lyon depuis 1894. En octobre 1913, il fut élu au Conseil des Prud’hommes de Lyon. En 1912, il était préposé au Viaticum de la Fédération Française des Travailleurs du Livre et tenait permanence 7 place des Terreaux toute la journée pour recevoir les typographes qui voyageaient à travers le pays à la recherche d’emploi. Le viaticum assurait aide et solidarité aux travailleurs du Livre de passage à Lyon pour rechercher un employeur où poursuivre leur chemin ; il s’agissait d’une survivance d’une vieille tradition dans la profession. Pendant la durée de son mandat, il siégea à la commission mixte réunissant les représentants des diverses professions de la corporation, organisant les actions communes pour la défense des revendications de celle-ci.
En 1921, il siégea à la commission paritaire chargée de la négociation des salaires, de l’emploi, des conditions de travail, de la formation professionnelle, etc. avec les maîtres-imprimeurs.
Si Bottinelli eut une activité syndicale extrêmement positive, il laissa le souvenir de son intransigeance vis-à-vis de l’insertion des femmes dans la profession et le syndicat. Lors de l’assemblée générale du syndicat des typographes lyonnais, le 27 Juillet 1913, éclata l’« affaire Couriau ». Plusieurs intervenants s’opposèrent à l’entrée des femmes dans le syndicat. Bottinelli demanda à l’assemblée de se prononcer contre l’admission des femmes compositrices dans le syndicat. Il rappela un ordre du jour du comité central du syndicat, en date de décembre 1911, qui se reconnaissait impuissant à faire appliquer la décision du congrès de Bordeaux et rendait leur liberté aux sections en les priant d’agir au mieux des intérêts locaux et fédératifs. Bottinelli termina son intervention en laissant les camarades seuls juges de la situation et le soin d’émettre un vœu selon leur conscience. L’appel nominal eut lieu et 300 votants sur 337 s’opposèrent à l’admission de la femme au syndicat (26 pour l’admission et 11 abstentions). Ils en restèrent à la décision de l’assemblée de 1906, interdisant à tout syndiqué lyonnais uni à une typote de laisser exercer à cette dernière la profession de typographe. En conséquence, Louis Couriau, époux d’Emma Couriau, déclarant « sa femme libre et indépendante », fut radié par 264 voix contre 48 et 22 abstentions. Mais cette position fut de moins en moins défendable, le débat se poursuivant à chaque assemblée. La guerre de 14-18 l’interrompit cependant. Il reprit le 13 août 1918 en vue de la conférence nationale convoquée sur l’accueil de l’élément féminin dans la profession, question renvoyée par Keufer au congrès suivant. Celui-ci eut lieu à Nancy le 27 août 1919 et approuva l’admission de la femme à la fédération par 120 voix contre 33 et 6 abstentions. A la réunion du comité du syndicat de Lyon, le 29 octobre 1919, l’admission de 26 femmes fut décidée ; le 26 novembre 1919, 6 autres femmes furent admises ; le 22 février 1928, Jeanne Trémaux typote fut élue au comité « au bénéfice de l’âge » avec 212 voix, Édouard Éhni, alors secrétaire adjoint, en recueillant 240 juste devant elle. Ce regard biographique permet de souligner le long cheminement de ce combat pour l’entrée des femmes dans l’action syndicale du Livre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article176793, notice BOTTINELLI Joanny par Laurent Gonon, version mise en ligne le 23 novembre 2015, dernière modification le 23 septembre 2020.

Par Laurent Gonon

SOURCES : Arch. Dép. de l’Isère et du Dauphiné, Etat-civil, E567/50. - Arch. dép. Rhône 10M242, 10M244, 10M298. Bibliothèque municipale de Lyon, archives du syndicat du Livre de Lyon. - L’École Jean-de-Tournes, premiers cours professionnels pour les ouvriers du Livre à Lyon par Laurent Gonon et les élèves BTS de la SEPR, Lyon, 2008-2009. - Les Associations ouvrières typographiques, Fédération Française des Travailleurs du Livre (FFTL), Imprimerie Nationale, Paris 1900.

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