SAVELLI Robert, Gaston

Par André Balent

Né le 2 février 1933 à Tunis (Tunisie), mort le 30 avril 2007 à Ajaccio (Corse-du-Sud) ; ouvrier chauffagiste ; militant successivement des organisations suivantes : Parti communiste tunisien, PCF, PSU, PCMLF, à nouveau PCF, en Tunisie, dans la région parisienne, dans les Pyrénées-Orientales, en Corse-du-Sud ; militant de la CGT, du MRAP, du Mouvement de la Paix.

Robert Savelli naquit en Tunisie dans une famille d’origine corse : il était le fils d’Antoine, Mathieu Savelli er de Pauline, Antoinette Micheletti. Un de ses oncles, Gaston Micheletti (1894-1959) fut un ténor de talent qui acquit la dans les années 1920 et 1930 la célébrité pour ses rôles à l’Opéra-comique de Paris. Micheletti détermina le goût de Savelli pour l’art lyrique.

D’après le récit de son passé militant qu’il faisait à la fin années 1960, Robert Savelli adhéra au Parti communiste tunisien — ainsi qu’un ami très proche, Claude Autheman (né en 1927) qu’il retrouva plus tard au PSU dans les Pyrénées-Orientales — et vécut de façon intense le processus d’indépendance de la Tunisie et les luttes qui l’accompagnèrent. Il découvrit le marxisme en fréquentant une bibliothèque. Il rentra en France et s’installa dans la région parisienne. À Tunis, il apprit à jouer la guitare, instrument qu’il pratiqua avec bonheur durant toute sa vie ;

Rappelé militaire en Algérie, il manifesta son hostilité à cette guerre, ce qui lui valut d’être soumis au contrôle judiciaire à son retour.

Ayant obtenu un diplôme de géomètre, il obtint un poste au service du cadastre à Digne (Basses-Alpes / Alpes de Haute-Provence). Mais cet emploi ne correspondait pas à son goût. Il d’installa dans la région parisienne. Il habita d’abord à Trappes (Seine-et-Oise / Yvelines) puis à Rosny-sous-Bois (Seine / Seine-Saint-Denis). Il se maria en 1960 avec Michèle Puyjalon née le 6 juin 1935. Le couple eut quatre enfants, trois garçons, Jean-Paul (né le 19 janvier 1963), Jean-François (né le 8 juin 1965), Pierre (né le 10 décembre 1968). Une fille Pier Matea née le 26 janvier 1962, mourut le 21 octobre 1963 des suites d’un atroce accident domestique.

Ouvrier, il travailla dans plusieurs entreprises industrielles ou artisanales ayant toujours un rapport avec la métallurgie. Dans la région parisienne, il était salarié d’une grande entreprise métallurgique. À Angoulème (Charente), il travailla chez Chapuiset. Il fut licencié pour avoir dénoncé son employeur qui faisait travailler de nuit des mineurs apprentis. À Perpignan, il travailla chez Chaffoteaux-et-Maury. Son embauche comme factotum à la Caisse d’épargne de Perpignan coïncida avec sa réadhésion au PCF. Il fut victime d’un grave accident du travail, une porte blindée étant tombée sur un de ses bras. Finalement il put, après rééducation, retrouver la fonctionnalité de son bras.

À son retour en France, il adhéra un moment au PCF qu’il ne trouvait pas, selon ses dires (1969), assez combatif. La mort de sa fille en 1963 en bas âge, provoqua une crise mysticisme et un bref retour à la foi catholique. Un prêtre ouvrier lui permit de reprendre pied et de retrouver progressivement des raisons de vivre plus sereinement. Parallèlement, il fut élu en 1965 conseiller municipal d’opposition de sa commune de résidence dans le cadre d’une liste d’union de la gauche. Avait-il alors déjà rompu avec le PCF et adhéré au PSU ? Ce qui est sûr c’est qu’il n’adhéra pas à ce parti à Perpignan en mai 1968 ainsi que l’écrit Jean-Claude Gillet à la p. 167 de l’ouvrage cité dans les sources. À cette date, selon ses dires et les militants de la section de Perpignan, il était considéré comme un adhérent relativement « ancien » du PSU de la région parisienne. Robert Savelli qui était venu vivre à Perpignan avec sa famille à la fin de 1967 devint l’un des militants les plus actifs de la section de Perpignan du PSU. En effet, débordant d’énergie, il était un activiste volontiers très « ouvriériste ».

Ayant été l’un des acteurs de mai 1968 à Perpignan — il fut de toutes les manifestations et tous les meetings, contestant l’attitude du PCF —, Robert Savelli, par ailleurs syndiqué à la CGT, fut désigné par la fédération départementale du parti suppléant d’Antoinette Claux candidate du PSU aux élections législatives du 23 juin dans la circonscription de Perpignan-Céret. Il participa alors à une campagne électorale intensive dans une circonscription alors en grande partie rurale.

Le congrès de la fédération des Pyrénées-Orientales du PSU l’élut à son bureau avec la responsabilité de la formation et celle des relations internationales. Il fut réélu au bureau fédéral par le congrès du 2 mars 1969 convoqué avant le congrès national du parti à Dijon où il fut l’un des délégués des Pyrénées-Orientales. Il fut élu à la commission exécutive fédérale par le congrès fédéral du 21 juin 1971 et devint au sein de cet organisme dirigeant le responsable de commission fédérale « entreprises ». Il fut l’un des délégués de la fédération des Pyrénées-Orientales au conseil national du PSU de la gare d’Orsay (Paris), les 9 et 10 janvier 1971.

De 1968 à 1972, dans le cadre du PSU, Robert Savelli développa une intense activité militante. Si par inclination il consacra beaucoup d’énergie au secteur « entreprises » du PSU et au syndicat, Il fut très présent dans l’activité du comité Vietnam de Perpignan (Voir Marty Robert) dont l’activité se prolongea jusqu’en 1975, mais que, entre-temps, il abandonna étant revenu au PCF peu de temps avant l’élection présidentielle de 1974. Il s’intéressait de près aux luttes ouvrières de Barcelone et participa à des activités publiques et clandestines d’aide aux anti-franquistes, ouvriers de préférence. Dès 1969, il faisait passer clandestinement la frontière à des militants anti-franquistes. Il fut très actif lors de la grande grève de l’entreprise Harry Walker (filiale de « Solex ») de Barcelone qui débuta le 16 décembre 1970 sur des questions d’hygiène et d’organisation du travail, dura jusqu’au 15 février 1971 et suscita des mouvements de solidarité dans d’autres entreprises. Le « comité de lutte » de Barcelone ayant fait appel à la solidarité financière, trouva des échos en France. Robert Savelli s’y impliqua pleinement. En contact avec l’EE (« Equipo exterior ») d’Harry Walker, il maintint des contacts avec ce groupe qui devait bientôt donner naissance au MIL (Mouvement ibérique de libération). Il participa au transport clandestin d’une machine à imprimer en pièces détachées et de microfilms dans les couches de son plus jeune fils en bas âge. Le MIL avait décidé d’éditer deux brochures en France (un Diccionario del movimiento obrero et El movimiento obrero en Barcelona). Robert Savelli les fit imprimer à Lyon (Rhône) chez un professionnel d’origine roumaine et les ramena à Perpignan. Ami du futur militant du MIL, Oriol Solé Sugranyes, il organisa un passage clandestin vers Barcelone du Diccionario avec deux moines bénédictins de Sant Miquel de Cuixà — abbaye bénédictine du Conflent (Pyrénées-Orientales) où s’étaient réfugiés des ecclésiastiques anti-franquistes de l’abbaye de Montserrat —, de Claude Autheman militant du PSU et Miquel Mayol avocat de Perpignan, ancien du PSU et militant catalaniste du CREA (Comité roussillonnais d’études et d’animation). Le passage devait s’effectuer à pied, de nuit, par la montagne. Mais leur véhicule fut arrêté par la Douane française alors qu’ils approchaient du sentier. Retenus au Boulou (Pyrénées-Orientales), ils furent contraints de payer une amende de 5000 Fr. Par la suite, les deux moines furent expulsés momentanément des Pyrénées-Orientales. Toujours en relations avec le monastère de Cuixà et son prieur, Raimon Civil, Robert Savelli y organisa, dès 1970-1971, des débats avec Bruni de Lotta continua.

À partir de 1971, Robert Savelli fut dans un premier proche de Marc Heurgon et s’engagea, comme une bonne partie de la fédération des Pyrénées-Orientales dans le courant 5 (« mouvement politique de masse ») du PSU. Il signa à ce effet, en qualité de secrétaire de la « section inter-entreprises » des Pyrénées-Orientales une tribune libre pour la préparation du congrès de Lille du parti (juin 1971) dans le n° 500 de Tribune socialiste. Proche de François Marty et de son épouse Suzanne Cymerman avec qui il entretenait des liens d’amitié, il subissait l’influence des idées maoïstes, il se rapprocha progressivement du courant maoïste du parti, la Gauche révolutionnaire à laquelle il finit par adhérer. Il fut exclu du PSU en même temps que la GR. Le bureau fédéral du PSU, en place jusqu’à l’automne 1972 et en opposition aux décisions majoritaires du congrès de Lille n’accepta les sanctions disciplinaires prises par la direction politique nationale réunie les 20 et 21 novembre 1971 menaçant de traduire la tendance devant la commission nationale des conflits. La GR mise à l’écart du PSU en 1972 ne forma pas pour autant un nouveau groupe maoïste. Savelli, quant à lui, tergiversa entre la GOP de Marc Heurgon, autonome, dans les Pyrénées-Orientales, depuis l’automne de 1972 et le PCMLF de ses amis perpignanais, les époux Marty, François et Suzanne. Il adhéra un moment au PCMLF. Mais ce tropisme maoïsant ne dura pas.

Attiré par la perspective de l’union de la gauche qui se concrétisait après la stratégie mitterrandienne mise en œuvre de puis le congrès d’Épinay et qui avait trouvé une première concrétisation avec le programme commun de gouvernement développé dans un premier temps fort lors des élections législatives de 1973, Robert Savelli, déçu par ailleurs par le cours de l’évolution de la Chine populaire amorça son rapprochement du PCF qui se traduisit par une réadhésion au PCF après la candidature de François Mitterrand aux élections présidentielles. À partir de ce moment–là, Robert Savelli milita activement dans les rangs du PCF. Syndicaliste, il siégea, de la fin des années 1970 et dans les années 1980 à la direction de l’UL-CGT de Perpignan. Militant apprécié, il ne fut toutefois pas appelé à des fonctions dirigeantes, y compris au niveau local.

Militant du MRAP pendant de longues années, il fut, à partir des années 1970, l’un des animateurs de cette organisation dans les Pyrénées-Orientales. Il fut élu (ou réélu) membre titulaire de son conseil national lors du congrès national des 31 mars, 1er et 2 avril 1995. Il milita aussi au Mouvement de la paix des Pyrénées-Orientales. Membres d’ONG d’aide au tiers monde, il effectua quelques missions de terrain en Afrique subsaharienne.

Il prit sa retraite en 1990, à l’âge de cinquante-sept ans à Perpignan après son accident du travail et s’installa en Corse après 1995. En 1994, il avait acquis un appartement à Ajaccio. Tout en vivant principalement dans cette ville, il retrouva le village berceau de sa famille, Bocognano (Corse-du-Sud).

Robert Savelli fut candidat du PCF dans le canton d’Ajaccio 1 au premier tour des élections cantonales du 18 mars 2001 et des 21 et 28 mars 2004. En 2001, dans ce canton du centre d’Ajaccio, il ne recueillit que 76 voix (3, 54 % des exprimés). Au premier tour du scrutin de 2004, dans un canton rassemblant les quartiers de l’ouest de la ville et de la route des îles Sanguinaires, en 2004, il obtint 228 voix (5, 25 % des exprimés), plus que les suffrages recueillis par candidat du PS, François Quilichini (196 voix, 4, 51 % des exprimés). Le candidat divers droite, Philippe Cartey fut élu sans concurrent au second tour, alors qu’il avait obtenu 1293 voix (29, 78 % des exprimés) au premier tour.

Atteint d’un cancer du pancréas, il fut terrassé par cette maladie en avril 2007. Antoine Luciani, premier adjoint au maire d’Ajaccio prononça un éloge funèbre où il mit en évidence les qualités humaines d’une personnalité aux multiples facettes. Il fut un amateur de musique, jouait de la guitare avec talent depuis sa jeunesse et il ne connut le solfège alors qu’il pratiquait cet instrument depuis longtemps. À Ajaccio, Savelli, déjà influencé par son oncle Micheletti se rapprocha de musiciens ajacciens parmi lesquels Charles Luzi (mandoline) et Jean Bozi. Ayant appris les techniques de la marine à voile en observant les pêcheurs de Tunis, il devint un marin confirmé. Dans ses dernières volontés, il demanda à être enterré « vistutu di marinaru » (avec des vêtements de marin).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article176884, notice SAVELLI Robert, Gaston par André Balent, version mise en ligne le 20 novembre 2015, dernière modification le 24 octobre 2018.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Pyrénes-Orientales, 100 J, fonds de la fédération du PSU (dépôts d’Antoinette Claux* et d’André Balent). — Différences, organe du MRAP, 163, avril 1999. — Antoine Duhourcq, Antoine Madrigal, Mouvement ibérique de Libération. Mémoire de rebelles, Toulouse, Éditions Cras, 2007, 382 p. [plus particulièrement, p. 87-89, 91, 132 (avec les témoignages de Robert Savelli, Miquel Mayol et Raimon Civil prieur de Sant Miquel de Cuixà). — Jean-Claude Gillet, Le Parti socialiste unifié, une étoile filante dans l’univers politique de la Catalogne du Nord (1960-1990), Perpignan, Trabucaire, 2014, 203 p. [pp. 34 sq. et 166, 167, sq.] ; Brochure complémentaire à cet ouvrage publiée par l’Institut Tribune socialiste, Paris, 2014, 32 p. [en particulier, p. 3). – État civil d’Ajaccio, acte de décès de Robert Savelli. — Éloge funèbre prononcé par Antoine Luciani, premier adjoint au maire d’Ajaccio, 2 mai 2007. — Conversations (2014-2015) avec Jean-Bernard Dumas, militant du PSU de Perpignan et documents fournis par lui. — Entretien (Ajaccio, novembre 2015) de Jean-Bernard Dumas (Saint-Estève, Pyrénées-Orientales) avec Michèle Savelli qui répondit par son intermédiaire à un questionnaire d’André Balent. — Souvenirs d’André Balent.

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