DELORIEUX Louis [DELORIEUX René, Louis]

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 20 mars 1903 à Cormatin (Saône-et-Loire), fusillé sommaire le 12 juin 1944 à Neuville-sur-Saône (Rhône) ; boucher ; agent des réseaux Action R1 (Mission Armada) et Marc Breton en Saône-et-Loire.

René Louis Delorieux était le fils de Claude Édouard Delorieux, boucher, et Marie Fautrière. La Famille Delorieux demeurait Grande rue à Cormatin (Saône-et-Loire). Claude Delorieux fut mobilisé en 1914 puis renvoyé dans ses foyers en 1915. Il décéda le 10 octobre 1918 à Cormatin, alors que son fils René n’avait que 14 ans. Marie Fautrière reprit la gestion de la boucherie familiale et René Delorieux travailla avec elle comme boucher dès son adolescence. Il fit son service militaire dans l’artillerie vers 1923. Le 24 janvier 1927, il se maria avec Germaine Louise Guillet à Massilly (Saône-et-Loire). René et Germaine Delorieux s’installèrent comme bouchers à Cormatin. Ils demeurèrent Grande rue et eurent trois enfants en 1927, 1930 et 1931.

René Delorieux fut mobilisé le 2 septembre 1939 à la 8e compagnie d’ouvriers d’artillerie et démobilisé le 12 juillet 1940.

Il devint résistant en 1941. Dès le début de l’année, René Delorieux « participa à de nombreux coups de mains et au ravitaillement des maquis ». Comme adjoint du chef départemental A.S. Maurice Pagenel, il « fut un des premiers organisateurs de la Résistance en Saône-et-Loire ». Il devint agent du réseau Marc Breton à partir d’octobre 1942 sous le n° matricule MB/346. Il fit également partie du réseau Action R1 (mission Armada) à partir de juillet 1943 comme agent P2, chargé de mission de 3e classe. Il était « équipier et transporteur pour parachutages » dans le Service des atterrissages et des parachutages (SAP).

Suite à une dénonciation, le 23 janvier 1944, la Gestapo arrêta René Delorieux à son domicile à Cormatin. Il fut conduit avec Maurice Pagenel à Blanot (Saône-et-Loire) où d’autres résistants furent arrêtés, notamment les frères Joanny et Joseph Commerçon. René Delorieux et ses camarades furent transportés en camion à Mâcon (Saône-et-Loire), conduits à l’Hôtel de Genève, siège de la Gestapo, puis transférés à Lyon (Rhône). Le 24 janvier, René Delorieux fut interné à la prison de Montluc (Lyon), cellule 74. Sur sa fiche de prison furent portés deux motifs d’arrestation : « instigateur du meurtre de trois Feldgendarmes » et membre « de l’état-major d’un groupe de terroristes ». Il fut interrogé et torturé à plusieurs reprises.

Le 12 juin 1944, vers 18h, René Delorieux, Joseph Commerçon, Joanny Commerçon et vingt autres prisonniers furent extraits de la prison de Montluc. Sous prétexte de les échanger contre d’autres détenus, les Allemands les entassèrent dans une camionnette, menottés deux par deux. Quatre soldats armés prirent place à l’arrière du véhicule pour les surveiller. Des hommes en civil et en uniforme, dont un agent français de la Gestapo, montèrent dans trois voitures. On imposa le silence aux prisonniers. Le convoi sortit de Lyon et s’arrêta vers 18h45 à Neuville-sur-Saône (Rhône), devant une carrière située sur la route de Civrieux (Ain), à 3 km environ du centre. Onze détenus furent jetés hors de la camionnette à coups de pied et de poing. Ils furent détachés et menés à 200 mètres de distance, dans un lieu isolé situé Montée du Parc (nommée anciennement Montée de la Chaumière). Ils durent se coucher à plat ventre dans un sentier. Vers 19h40, le peloton d’exécution formé d’une dizaine d’hommes tira des rafales de mitraillettes. Puis, les victimes reçurent le coup de grâce. Vint ensuite le tour des douze autres prisonniers. Ils furent conduits dans un pré, à peu de distance, et furent exécutés selon les mêmes modalités. Deux hommes du premier groupe furent blessés. L’un d’eux décéda dans la nuit à l’hôpital de Neuville-sur-Sâone, l’autre, seul rescapé, se réfugia dans une ferme. Les corps furent découverts le soir même par les autorités locales. Le 13 juin, les vingt-deux victimes furent numérotées, photographiées et inhumées dans le cimetière de Neuville-sur-Saône.

Le corps de René Louis Delorieux fut identifié par sa sœur et sa veuve. Il fut inhumé à Cormatin (Saône-et-Loire) le 19 septembre 1944. Le statut de Mort pour la France lui fut accordé en 1945. Il fut homologué sous-lieutenant F.F.C. en 1947. Il reçut le titre d’interné résistant en 1951.

Delorieux et non Dolorieux comme indiqué sur le monument de Neuville-sur-Saône.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article177059, notice DELORIEUX Louis [DELORIEUX René, Louis] par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 1er décembre 2015, dernière modification le 30 avril 2021.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier de René Louis Delorieux.— Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W7, 3808W1078.— Arch. Dép. Saône-et-Loire, fiche matricule de Claude Edouard Delorieux, recensements de population de Cormatin en 1906, 1911, 1921, 1926, 1931, 1936, .— Andrée Commerçon, La rafle de Blanot (Saône-et-Loire), 23 janvier 1944, in Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, n°1, novembre 2011.— André Jeannet, Mémorial de la Résistance en Saône-et-Loire, biographie des résistants, 2005.— Bruno Permezel, Montluc, antichambre de l’inconnu, 1942-1944, 1999.— Note de Maurice Berne.

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