BONFILS Louis, Jacques

Par André Balent

Né le 12 août 1924 à Nice (Alpes-Maritimes), fusillé le 22 mai 1944 au champ de tir de la Madeleine à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) ; ajusteur ; résistant de l’Hérault et de l’Aude (AS/CFL)

Louis BONFILS
Louis BONFILS
Cliché recadré par André Balent

Fils de Louis Bonfils, employé aux chemins de fer né à Nice, âgé de vingt-quatre ans, et de Jeanne Chanot, ménagère, née à Chagny (Saône-et-Loire) âgée de vingt ans. Louis Bonfils fut adopté pupille de la Nation le 16 juin 1926. Il était domicilié à Nice, 9 rue de la Foresta. Il avait une sœur, Margueritte, âgée de seize ans en 1944 et écolière à cette date.

Il fit sa scolarité primaire à l’école des Beaumettes de Nice de 1928 à 1934 qu’il quitta sans avoir obtenu le certificat d’études primaires. Du 1er octobre 1936 à janvier 1939, il travailla comme vulcanisateur aux Établissements André Robert, 32 rue François Guizot. Il quitta cet emploi de son propre chef avec un certificat élogieux.. Le 23 janvier 1939, il contracta un engagement de trois ans à la Marine à Toulon (Var). Il fut mécanicien sur le contre-torpilleur "Le Terrible". Il fut congédié le 23 février 1942 avec un certificat de bonne conduite avec la mention "conduite exemplaire". De mai 1942 au 9 juillet 1943, il travailla comme ajusteur mécanicien à la Compagnie des transports de Nice. Il quitta Nice à l’insu de ses parents sans doute parce qu’il fut réfractaire au service du travail obligatoire et vraisemblablement déjà engagé dans la résistance azuréenne. N’ayant pas d’antécédents judiciaires et n’ayant pas fait l’objet de remarques pour des "menées antinationales", il était de ce fait inconnu des services de police.

De fait, il plongea dans la clandestinité dans le département de l’Hérault, destination dont nous ignorons les raisons du choix. Ayant intégré le mouvement Combat et les Groupes francs (GF) de ce mouvement dès le mois de juillet 1943, il fut arrêté le 7 avril 1944 à Narbonne (Aude). Membre du GF de Béziers dirigé par le coiffeur Fernand Pagès alias "Dessenne", chef, aussi, des GF de l’Hérault sous l’autorité de Louis Torcatis chef des GF de la R3, il fut envoyé dans l’Aude par ce dernier, avec un autre membre des GF de l’AS, Roger Mathieu (qui, le 28 juin 1944, fit partie du Groupe franc qui abattit Philippe Henriot et fut tué pendant la Libération de Paris). Au plan régional, on leur avait assigné à la demande des dirigeants départementaux de l’AS audoise, la mission d’exécuter Albert Kromer chef de centaine des Francs gardes de la Milice de Carcassonne (Aude) coupable, le 29 novembre 1943, d’actions de répression, en concertation avec les troupes d’occupation allemandes, contre les résistants de Belcaire et de Camurac, communes du Pays de Sault dans les Pyrénées audoises. Le 24 février 1944, Bonfils et Mathieu se rendirent chez Kromer à Carcassonne. Mathieu le tua avec deux balles de son pistolet. Une troisième balle blessa grièvement la femme de Kromer qui mourut le lendemain à la clinique du docteur Cathala. Le 1er avril 1944, Mathieu et Bonfils qui étaient restés dans l’Aude pénétrèrent dans le café Not de Carcassonne où des miliciens de Castelnaudary tenaient une réunion ceux de Carcassonne. Ils tirèrent sur l’assemblée et blessèrent deux miliciens de Castelnaudary et un de Carcassonne. Ayant pris la fuite, ils tentèrent en vain, le 7 avril, d’abattre le chef du groupe "Collaboration" de Narbonne (Aude). Un contrôle d’identité par la police française dans un bar de la ville leur fut fatal. On découvrit leur fausse identité (Jean Pradel pour Bonfils et Marius Boutonnet pour Mathieu). En entrant dans le commissariat, Bonfils et Mathieu tirèrent sur les deux inspecteurs qui voulaient contrôler leur identité. Mathieu blessa légèrement l’un d’entre eux mais Bonfils fut grièvement blessé par l’autre. Mathieu réussit à s’enfuir. Bonfils fut hospitalisé. Il fut livré livré à la Milice et conduit à Montpellier. Entre temps, il avait été reconnu par la femme du chef de Collaboration de Carcassonne. Julien Allaux (op. cit.) a écrit de façon erronée qu’il avait été exécuté par les Allemands à Nîmes (Gard).

Un doute, en effet, pouvait subsister sur les auteurs de son exécution. Le 21 août 1944, dans une feuille de renseignements recueillis pour l’attribution de la mention "mort pour la France" (21 août 1944) figure la mention suivante : "fusillé croit-on, par les groupes mobiles de réserve". C’est la même version qui apparaît sur un certificat d’appartenance aux FFI délivré à Marseille le 1er février 1944 où il est dit qu’il a été fusillé par les GMR. Toutefois, le rapport du gendarme Albert Guilhem du 21 novembre 1945, chargé de déterminer le lieu exact du décès précise : "fusillé par les troupes allemandes. Les autorités occupantes ont fait transporter son corps à la maison d’arrêt de Montpellier, 1, rue du Château". Le 6 avril 1945, dans une lettre la mère de Bonfils, le bureau militaire de Montpellier expliquait qu’il avait été fusillé par les Allemands. Mais, Jacques-Augustin Bailly qui se réfère aux sources judiciaires des archives départementales de l’Hérault, montre bien que, avec Garcia, il fut bien condamné par la Cour de justice du secrétariat d’État au maintien de l’ordre de Montpellier et fusillé par un peloton de GMR.

En effet, Louis Bonfils fut condamné par la cour martiale de la Milice de Montpellier, selon la procédure expéditive prévue par la loi du 20 janvier 1944. Il fut fusillé à la butte de tir de la Madeleine à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) pour sa participation à la Résistance en même temps qu’Henri Garcia. Bonfils et Garcia furent les troisième et quatrième condamnés à Montpellier par cette juridiction d’exception siégeant lors de sa troisième séance. Le 22 mai 1944, Ils furent extraits de l’intendance de police de Montpellier par une section du GMR Maguelone afin d’être exécutes à la Madeleine. Les GMR les convoyèrent dans une camionnette vers le lieu de leur supplice. Son décès fut enregistré à l’état civil de Montpellier à 12 heures 30, d’après le médecin de l’état civil de Montpellier) alors qu’il fut fusillé sur le territoire de la commune de Villeneuve-lès-Maguelone. Après plusieurs enquêtes, peu de temps après la Libération, il fut établi qu’il n’avait pas été fusillé dans le territoire de la commune de Montpellier, mais que la Madeleine et son champ de tir se situaient sur le territoire de Saint-Jean-de-Védas, de fait une localisation erronée, dans une commune limitrophe de Villeneuve-lès-Maguelone.

Déclaré "mort pour la France", Bonfils fut homologué aspirant FFI le 5 octobre 1945. Il fut d’abord inhumé au cimetière Saint-Lazare de Montpellier avant de l’être définitivement dans la tombe familiale au cimetière de la Caucade à Nice. Une plaque commémorative a été installée sur cette tombe.

Son nom figure sur le monument commémoratif des seize fusillés de la Madeleine entre 14 mars et le 11 juillet 1944, édifié sur le lieu de leur exécution et sur celui édifié en contrebas le long de route reliant Montpellier à Sète.

Voir : Lieu d’exécution de Villeneuve-lès-Maguelone

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article177078, notice BONFILS Louis, Jacques par André Balent, version mise en ligne le 4 janvier 2016, dernière modification le 8 mai 2020.

Par André Balent

Louis BONFILS
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Cliché recadré par André Balent

SOURCE : DACCV, Caen, dossier Louis Bonfils [plusieurs documents apportent des détails sur son activité résistante et son exécution. Un rapport du commissaire principal, chef de la section judiciaire, Nice, 12 avril 1944, donne des informations biographiques plus précises, mais rien ne fait allusion à son activité résistante dans l’Aude, hormis son arrestation à Narbonne]. — Julien Allaux, La 2e guerre mondiale dans l’Aude, Épinal, Éditions du sapin d’Or, 1986, 254 p. [p. 120-123]. — Jacques-Augustin Bailly, La libération confisquée. Le Languedoc 1944-1945, Paris, Albin Michel, 1993, 481 p. [p. 42]. — Site Memorial Genweb , consulté le 3 décembre 2015. — État civil.

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