BOVILLE Henri, Jean, Gabriel

Par Jean-Michel Brabant, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 25 février 1896 à Faget Abbatial (Gers), mort le 6 mars 1978 à Auch (Gers) ; ouvrier boulanger ; marié, père d’un fils ; militant communiste jusqu’en 1929 puis militant socialiste SFIO ; secrétaire général de la Fédération unitaire de l’Alimentation (1923-1931) ; membre de la Commission exécutive de la CGTU (1922-1929) ; nommé par le gouvernement de Vichy conseiller général de Vanves (1941-1944).

Mobilisé en 1914, Henri Boville fut renvoyé dans ses foyers en juillet 1917 comme réformé temporaire puis définitif (pension de 520 F par an). Il travailla à la boulangerie coopérative « La Fraternelle », attenante à l’École professionnelle du syndicat de l’Alimentation, 33, rue de Doudeauville à Paris et fut élu, le 17 juin 1924, à son conseil d’administration. Il était alors un syndicaliste minoritaire, actif dans l’Union des syndicats de la Seine et à la Fédération de l’Alimentation. Il avait été également élu en septembre 1924 secrétaire à la propagande de la Fédération sportive du Travail.
Boville adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920). Malgré l’absence de preuve on peut penser qu’il militait déjà à l’ancien Parti socialiste avant la scission. Secrétaire de la 6e section communiste de Paris, il participa à la création des cellules d’entreprises 241 et 241 bis aux Halles de Paris. Il possédait une grande indépendance d’esprit et n’hésitait pas, sur le plan politique comme syndical, à manifester ses sentiments même minoritaires. Ainsi il signa, en octobre 1925, la Lettre ouverte au comité exécutif de l’Internationale communiste dite lettre des 250 - cf. t. 16 du Dict. Il était déjà considéré par la direction comme un opposant, lorsque les militants de son département d’origine, le Gers, lui demandèrent de défendre les idées du Parti communiste aux élections législatives d’avril 1928, dans la circonscription d’Auch-Lombez. L’implantation communiste était très faible aussi Boville, malgré ses qualités d’orateur, ne réunit que 2,98 % des voix des inscrits au premier tour (22 avril) et 0,2 % au second (29 avril).
Dès la création de la Fédération unitaire de l’Alimentation, Henri Boville assura le secrétariat de la 14e région et siégea à la commission exécutive d’où il aurait été rapidement écarté, sous l’accusation de vouloir subordonner le syndicalisme au Parti communiste. Son élection au secrétariat général de la Fédération en novembre 1923 (congrès de Bourges) indiquait un renforcement de l’influence des communistes, mais Boville avait appris à ne pas affaiblir le syndicat en acceptant des mots d’ordre ou des consignes non discutés dans la Fédération. Membre de la commission exécutive de l’Union des syndicats unitaires de la Seine en 1922, il démissionna pour des raisons inconnues en cours de mandat (y a-t-il un lien avec les critiques dont il avait été l’objet à l’intérieur de son syndicat ?). Au Ve congrès de la Seine (janvier-février 1925) le secrétaire de la Fédération de l’Alimentation critiqua vivement le bureau de l’Union, mettant en cause les interventions « étriquées » de celui-ci, sa « mauvaise interprétation du fascisme » et les formes d’organisation du meeting du Pré-Saint-Gervais pour l’Unité syndicale. Il aurait également souhaité une discussion sur le discours de Monmousseau avant la publication en brochure. Ses interventions lui attirèrent une vive réplique d’Henry Raynaud. Faut-il interpréter comme une défiance à son égard la présence à ses côtés, à partir de 1926, d’un secrétaire général adjoint Maurice Simonin* entré au Comité central du Parti communiste lors du congrès de Lille (20-26 juin 1926) ? En mars 1929, la Commission exécutive comprenait, outre Boville et Simonin : Georges Beaugrand (député communiste), Jacques Duclos (idem), Jacques Sarda, Julien Racamond, Jean Chaussin, René Soulié, Pierre Grandin, Ernest Cot, Jean Briand, Paul Hog, Claude Lichon. La Fédération avait pour organe l’Alimentation ouvrière. Elle groupait environ 16 000 membres dont 2 000 dans le département de la Seine.
« Nous avons été d’accord avec l’ensemble de la majorité confédérale, avec le Parti jusqu’en 1929 » affirma Boville en 1931, ajoutant que les « syndicalistes de la vieille formation » ne pouvaient accepter de voir « russifié le mouvement français » (Le Cri du Peuple, 26 août 1931). En désaccord avec la nouvelle politique dite « classe contre classe » et les analyses communistes sur la radicalisation ouvrière, Boville dut s’affronter à Simonin au XIVe congrès national de la Fédération de l’Alimentation réuni à Paris les 22-24 septembre 1929. Il qualifia la « radicalisation des masses » de « nouvelle invention de Moscou » et réclama une « Fédération indépendante des partis politiques ». Le rapport moral présenté par Simonin (qui avait donc pris le contrôle du secrétariat) fut repoussé par 32 voix contre 38 et 2 abstentions. Simonin contesta la validité de certains mandats pour aboutir au résultat suivant : 41 voix pour le rapport moral, 39 contre ; il réclama un congrès extraordinaire, proposition repoussée par 40 voix contre 33. Henri Boville ne rallia pas la minorité dite Ligue syndicaliste, organisée autour de la revue Révolution Prolétarienne ; il créa un comité pour l’indépendance du syndicalisme qui forma la « Minorité n° 2 ». L’Humanité du 4 septembre 1929 indiquait que parmi les signataires du document minoritaire publié par la Vie ouvrière du 3 septembre, « il est des membres du Parti [...] qui, de ce fait n’ont plus rien à y faire ». Avaient signé ce texte avec Boville : Guerbois, Gohier, Levanneur des Asiles de la Seine - Chaussin, Guérin, Poussif des Boulangers de la Seine - Auclerc, Bonamour et Andrieux du Gaz de Paris - Schumacher de la Fédération du Livre-Papier - Parmentier du Livre de Reims - Bour des Ports et Docks - Devaux, Fabre et Vaquette de la TCRP (Transports en commun de la région parisienne) - Delenne du Spectacle - J.-B. Valet des Charpentiers en fer - Cot des Cuisiniers - Louis Jeanne, Félix Arrighi et Forcy des PTT - Salvatory du Métro Nord-Sud - Bourhes des Communaux de la Seine - Lenard des Métaux - Tuffier des Charcutiers - Antourville des Confiseurs - Alberti des Employés de commerce. Boville, qui siégeait à la Commission exécutive de la CGTU depuis 1922, ne fut pas réélu en 1929. En septembre 1931, il se rendit à Moscou, répondant ainsi à une convocation du CE de l’ISR pour s’expliquer sur les divergences de la minorité CGTU avec le Comité confédéral. Sans résultat.
Avec Ernest Cot, Boville entraîna la Fédération de l’Alimentation dans l’autonomie puis la fit fusionner avec la Fédération CGT en décembre 1932. Entre-temps, il avait accepté de travailler en commun avec les minoritaires de la Ligue syndicaliste. Il participa avec eux à la création du journal le Cri du Peuple et signa l’appel du Comité des 22 pour l’Unité syndicale. (Voir Maurice Chambelland*.)
Henri Boville resta un syndicaliste actif à la CGT mais il dut se contenter d’une place de secrétaire fédéral adjoint, Auguste Savoie* conservant le secrétariat général (bureau après le XVe congrès, Paris, 24-25 septembre 1933 : Savoie, secr. gén., Didaret, secrétaire, Cognet, Boville, Cot, Clay, secrétaires adjoints. Il assurait le secrétariat du syndicat des ouvriers boulangers de la Seine en 1935 et siégeait au comité exécutif fédéral en 1937. Membre de la Commission exécutive de l’Union des syndicats de la Seine en 1937, il fut battu aux élections d’avril 1938.
Après son exclusion du Parti communiste, en septembre 1929, Boville adhéra au Parti socialiste SFIO qui le présenta aux élections législatives du 26 avril 1936 dans la première circonscription du XVe arr. de Paris. Il recueillit 3 925 voix sur 26 715 votants (14,7 %) et 23 989 votants, puis se désista pour le communiste Dobel. Il avait été délégué de la Seine au XXXIe congrès socialiste national, à Toulouse, du 20 au 23 mai 1934. Il fut membre du Conseil national économique (section des commerces de l’Alimentation) de 1936 à 1940.
Employé au ministère du Travail sous l’Occupation (1941-1942), il accepta d’être nommé conseiller général de Vanves (Seine) en 1941. Il dirigea également la Fédération nationale des travailleurs de l’Alimentation jusqu’à la Libération. Henri Boville fut nommé membre de la commission provisoire d’organisation de la famille professionnelle des commerces de l’alimentation par arrêté du 4 février 1943.
Domicilié à Châtenay-Malabry (Seine), il avait été désigné conseiller municipal le 1er mars 1942, sur proposition du maire socialiste Richet. Il fut arrêté le 5 janvier 1945 « pour collaboration avec l’ennemi ».
Boville s’était marié le 23 mars 1920 à Paris (VIe arr.). Son fils, Jean, naquit le 26 juillet 1920 à Paris. Franc-maçon, Henri Boville avait été initié le 9 mars 1933 ; il était membre de la Loge de la « Libre Pensée » du Grand Orient de France.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17720, notice BOVILLE Henri, Jean, Gabriel par Jean-Michel Brabant, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 2 mai 2022.

Par Jean-Michel Brabant, Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13016, F7/13588, F7/13618, F7/13633 et F7/13634. — Arch. PPo. 300. — CAC, versement 199440500 (dossiers revenus de Moscou), dossier 187, fiche de police de février 1929. — Arch. J. Maitron. — Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — Cahiers du Bolchevisme, décembre 1929 et janvier 1930. — Le Travailleur du Lot-et-Garonne (et du Gers), 1928-1929. — La Révolution prolétarienne, février 1925 et 15 octobre 1929. — L’Humanité, 4 septembre 1929 et 23 septembre 1929. — Le Cri du Peuple, 1930-1931. — Le Travailleur parisien, 1936-1938. — Comptes rendus des congrès de la Fédération de l’Alimentation. — Comptes rendus des congrès de l’Union des syndicats unitaires de la Seine. — Caroline Andréani, Du bon côté de la barrière, essai d’histoire de la Fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT, Le Temps des cerises, 2002. — Arch. Com. Châtenay-Malabry. — Notes d’A. Caudron.

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