BOYAU Odette [née VALENTIN Odette, Marie]

Par Josette UEBERSCHLAG

Née le 8 juillet 1891 à Arcachon (Gironde), morte le 10 septembre 1956 à Bordeaux (Gironde) ; institutrice ; militante syndicaliste de l’enseignement en Gironde ; présidente de l’obédience franc-maçonnique du Droit humain.

Fille aînée de Jean Valentin, boucher, et de Suzanne Marry, son épouse sans profession, Odette Valentin et son jeune frère furent élevés par une arrière-grand-tante résidant à Caudéran dans la banlieue verte de Bordeaux qui leur assura une vie aisée.

Admise en 1908 au concours d’entrée à l’École normale d’institutrices de Caudéran, Odette Valentin resta externe. À la sortie en 1911, elle fut nommée institutrice stagiaire à Maransin et y obtint son CAP. Maintenant titulaire, elle demanda son changement pour se rapprocher de Bordeaux et obtint la classe enfantine à l’école de filles de Villenave-d’Ornon à compter du 1er octobre 1913. Dans ce poste, elle fit la connaissance de Rémy Boyau, son futur mari et d’Yves Caps, proche de Célestin Freinet. Après la déclaration de guerre, elle dut remplacer son futur mari à la tête de la classe unique de garçons de Villenave-d’Ornon de 1914 à 1919.

Odette Valentin et Rémy Boyau se marièrent civilement le 25 octobre 1920 à Caudéran et n’eurent pas d’enfants.

Le couple obtint un poste double en 1921 à Camblanes sur les côteaux de l’Entre-Deux-Mers à 15 km de Bordeaux, elle comme directrice de l’école de filles à deux classes dont une section enfantine tenue par une adjointe, son mari comme chargé de la classe unique de l’école de garçons. Sans attendre une autorisation des autorités académiques, ils réunirent filles et garçons dans deux classes géminées. Rémy Boyau se spécialisa dans les disciplines mathématiques et sciences qu’il enseigna le matin dans une classe et l’après-midi dans l’autre, inversement Odette Boyau s’occupa exclusivement de l’enseignement littéraire : composition française, grammaire et orthographe en s’appuyant sur l’intérêt naturel des enfants provoqué par les incidents multiples de la vie quotidienne. Bien avant de connaître Célestin Freinet, Odette Boyau partait des "textes libres" de ses élèves pour nourrir son enseignement, s’inspirant des recherches en "Éducation nouvelle" d’Ovide Decroly et d’Adolphe Ferrière. Durant l’année scolaire 1926-1927, elle entreprit une correspondance avec Célestin Freinet qui venait de publier des textes de ses élèves dans L’École émancipée journal de la Fédération unitaire de l’enseignement (FUE) à laquelle elle adhérait.

Odette Boyau, militante syndicaliste de la première heure, adhéra au syndicat girondin de l’enseignement laïc en août 1919 et fut la première femme syndiquée confédérée du département. Quand les syndicalistes en 1922 durent prendre la décision d’être rattachés, soit à la CGT, soit à la CGTU, elle choisit avec son mari de constituer une section syndicale girondine affiliée à la CGTU devenant une des composantes de la FUE. Au départ, Rémy Boyau en assura le secrétariat ; elle, la trésorerie. En 1931, elle devint la secrétaire et, à ce titre, présida la séance inaugurale du congrès de la FUE à Bordeaux en août 1932. Pourtant favorable dès 1934 à l’unité, elle resta secrétaire départementale de la section girondine de la FUE jusqu’à sa fusion avec le SN en 1935.

À leur arrivée à Camblanes dès 1922, Odette et Rémy Boyau réanimèrent l’amicale des anciens élèves et les cours d’adultes pour les jeunes gens et jeunes filles. On y commentait la vie nationale et internationale en n’oubliant nullement d’aborder des problèmes pratiques de modernisation des campagnes comme l’électrification ou la distribution en eau potable. On y proposait également des activités de dessin, peinture, broderie, théâtre, musique, etc. Ensemble, ils organisèrent aussi des fêtes scolaires, puis à partir de 1923, des séances de cinéma avec un projecteur Pathé-Baby actionné par une dynamo à main car la commune n’était pas électrifiée. Une bibliothèque de prêt fut aussi constituée grâce à des dons multiples, si bien que les élèves comme les adultes disposèrent d’une documentation littéraire, artistique et scientifique riche et variée. Cette organisation nécessita la création d’une coopérative scolaire à laquelle s’adjoignit un comité de parents d’élèves, collaborateurs pour des activités autour de l’école (couturières préparant les costumes pour les fêtes, vignerons montrant comment tailler et soigner la vigne, tonneliers donnant des conseils pour l’entretien des pressoirs et des tonneaux, apiculteurs expliquant les soins à donner aux abeilles). Fiers de montrer leurs avancées pédagogiques dans un enseignement vivant débordant le cadre de la classe, Odette et Rémy Boyau pensèrent nécessaire de publier durant l’année scolaire 1925-1926 dans L’École émancipée, des cours d’enseignement fondés sur l’observation directe, l’expérience et la vie, préconisant alors sans le savoir les idées défendues par Freinet. Un an plus tard, leur cinémathèque coopérative préfigura "celle de l’enseignement laïc" fondée à Tours à l’initiative de Freinet dont ils assurèrent le bon fonctionnement jusqu’à octobre 1938. Les statuts de cette Cinémathèque coopérative de l’enseignement laïc furent officiellement déposés à Bordeaux le 27 octobre 1927 par Marguerite Bouscarrut, Jean Gorce, Odette et Rémy Boyau.

À la suite d’un différend avec la municipalité de droite de Camblanes à propos de la cantine scolaire, puis en 1933 au sujet de l’approvisionnement en eau, le maire fit des démarches auprès des autorités académiques afin de les faire partir. Ils refusèrent de quitter Camblanes. Aussi le maire organisa-t-il à la rentrée suivante, une grève scolaire des élèves, qui échoua car les parents étaient tous acquis aux Boyau. Lors de la riposte antifasciste du 12 février 1934, tous les parents d’élèves de Camblanes se montrèrent solidaires des Boyau en n’envoyant pas leurs enfants à l’école, ce qui marqua un coup d’arrêt aux poursuites du maire à leur égard. Toutefois "la voix de la sagesse" selon Rémy Boyau, les convainquit de demander leur changement. Odette Boyau fut nommée directrice du cours complémentaire de filles de Saint-Médard-en-Jalles à la rentrée d’octobre 1934, où Odette Boyau reçut le 13 décembre 1937 la visite inopinée d’un inspecteur général qui la félicita pour ses nouvelles méthodes pédagogiques bénéfiques aux élèves.

Elle fit grève le 30 novembre 1938. Elle apporta son aide aux Républicains de Catalogne, en accueillant une famille d’enseignants avec leurs deux enfants, jusqu’au jour où, avec l’aide des organisations syndicales, les Boyau réussirent à les faire passer au Vénézuela.

La guerre déclarée, elle dut rejoindre à la rentrée 1940 un poste à Mérignac-la-Glacière exposé aux bombardements de l’aviation anglaise dans la zone proche de l’aérodrome de Mérignac, occupé par les Allemands.

Odette Boyau fut démissionnée d’office de l’enseignement, trois jours après la réouverture des classes en 1941, en tant que dignitaire des ordres maçonniques. Elle avait été désignée "Vénérable" le 20 novembre 1932 ayant commencé son parcours initiatique le 18 juillet 1925 dans la Loge 51 du Droit humain "Ordre et Progrès" à l’Orient de Bordeaux. Durant la guerre, elle poursuivit secrètement ses activités à la franc-maçonnerie, dissoute, et aida son mari dans ses actes de résistance à l’armée allemande. A partir de 1954, elle fut présidente de l’obédience franc-maçonnique de Droit humain.

À la rentrée 1944, elle fut réintégrée comme directrice dans un des plus importants cours complémentaires de Bordeaux (Saint-Maur) qui comptait seize classes. Elle prit sa retraite deux ans plus tard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17723, notice BOYAU Odette [née VALENTIN Odette, Marie] par Josette UEBERSCHLAG , version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 26 août 2022.

Par Josette UEBERSCHLAG

Iconographie : Odette Boyau lors de l’assemblée générale de la coopérative de l’enseignement laïc avant le congrès de la Fédération unitaire en 1928. Debout, de gauche à droite, X, Raoul Tessier (Indre-et-Loire), Yves Caps, Gauthier (Loiret), Paul Delanoue (Indre-et-Loire), X, X, Raoul Faure (Isère), Rémy Boyau (Gironde), Célestin Freinet, Florentin Alziary (Var), Marguerite Beau (Isère), René Daniel (Finistère).
Assises : de gauche à droite, Élise Freinet, Marguerite Bouscarrut (Gironde), Jean Gorce (Gironde), Alberthe Faure (Isère), Odette Boyau ( ?, Gironde), Jeanne Tessier (Indre-et-Loire).

SOURCES : L’École émancipée – Odette et Rémy Boyau, "Un an d’expérience [de la Cinémathèque coopérative de l’enseignement laïc]", L’Imprimerie à l’’école, n°15, juin 1928 – L’Action corporative, bulletin mensuel des membres de l’enseignement laïque du sud-ouest – Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement (1919-1935), Paris, éd. Syllepse, 2005 – Rémy Boyau, Histoire de la Fédération française de l’Ordre maçonnique mixte international : le Droit humain, Paris, Fédération, 1976 – Rémy Boyau, La vie de la Très Illustre Sœur Odette Boyau Bordeaux, imp. Jarlet, s.d..

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