TACQUIN Alain, Alfred, Marcel

Par Pierre Alanche

Né le 18 juillet 1942 à Arcueil (Seine, Val-de-Marne) ; ajusteur, tourneur, dessinateur, étudiant à l’École nationale d’administration, haut-fonctionnaire ; militant CGT, secrétaire national de la Fédération des travailleurs de la Métallurgie CGT ; militant communiste.

Alain Tacquin au congrès de la FTM CGT en 1976.

Fils d’Alphonse, Constant Tacquin, et de Jeanne, Angèle, Gabrielle Kerckhove, Alain Tacquin était le benjamin d’une fratrie de trois. Son père était entré chez les Gardes républicains. Né en 1899, il avait vécu la guerre Première guerre mondiale à Lille (Nord). Réquisitionné, il fut ensuite déporté civil en Allemagne, à dix sept ans. Il tenta plusieurs évasions et reçut la médaille des évadés en 1937. Pendant la Seconde guerre mondiale, il s’engagea dans la Résistance au sein du mouvement Libération-Nord (groupe Montrouge, secteur sud- Banlieue) puis fut sergent FFI. Profitant de sa situation de chauffeur du général Gest, commandeur de la gendarmerie d’Île-de-France, il aida un officier français évadé à franchir la ligne de démarcation. Repéré pour cette action, il fut mis à la retraite d’office en 1941 et devint gardien d’habitations à bon marché (HBM) fin 1942. Sa mère, catholique non pratiquante, était mère au foyer.

Alain Tacquin fréquenta l’école primaire publique de la rue Racine à Montrouge (Hauts-de-Seine) de 1948 à 1952. En 1953, il commença ses études secondaire à l’école rue de Bagneux, devenue depuis Raymond Queneau, et, de 1954 à 1956, cours Saint Jacques de Montrouge où il obtint le BEPC en 1956. Il entra alors en seconde à l’École nationale professionnelle (ENP) de la rue Raspail (Paris XIVe arr.). Peu attiré par une formation technique, il fut exclu à la fin de l’année scolaire. En 1957, il entra comme apprenti à la Compagnie des Compteurs de Montrouge (Hauts-de-Seine) où il obtint le CAP d’ajusteur en 1959, celui de tourneur en 1960, celui de dessinateur en 1961, et le brevet professionnel de mécanicien d’usinage en 1962. De 1959 à 1966, fortement influencé par son frère Serge, athlète de haut niveau, plusieurs fois sélectionné dans l’équipe de France du relais quatre fois cent mètres, Alain Tacquin devint un sportif accompli, se spécialisant pour sa part sur le huit cent mètres, discipline qu’il pratiqua de nombreuses années dans le club de Colombes Sport et à l’Athlétique club de Paris (ACP), ce qui lui valut de fouler la piste aux côtés de Michel Jazy. Il pratiqua également le volley en cadet et junior (Club des cadets de Montrouge). Quand les deux frères ralentirent leurs activités sportives, ils suivirent, à l’initiative d’Alain, à la recherche d’une formation que l’école ne lui avait pas offerte, les cours d’économie politique et de philosophie de l’Université populaire du Boulevard Saint-Germain, à Paris, de 1965 à 1967. Ils ne connaissaient pas alors la proximité de celle-ci avec le Parti communiste.

Le CAP obtenu, Alain Tacquin avait été embauché aux Compteurs de Montrouge, comme ouvrier ajusteur, en 1960. En 1962, à l’initiative de son frère qui y travaillait déjà, il entra comme agent technique 2e échelon à la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM), petit établissement de technologie avancée dont le bureau d’étude était hébergé par le Centre d’étude des propulseurs (CEP), au sein du CEA de Saclay (Essonne) et des ateliers à Villeras (Essonne). Une trentaine de salariés étudiaient et produisaient les compresseurs de l’usine nucléaire de Pierrelate (Drôme), en coopération avec la société Rateau. Il devint successivement dessinateur étude 1er échelon en 1965 et dessinateur projeteur en 1967. La SACM devint Alcatel et fut absorbée par la Compagnie générale d’électricité. L’établissement fut partiellement transféré à Bruyères-le-Châtel (Essonne).

Entretemps, de novembre 1963 à mars 1965, Alain Tacquin avait effectué son service militaire aux 22e puis 23e régiments d’infanterie de marine (RIMA) de la région parisienne, à Satory près de Versailles (Yvelines) alors que son club de l’ACP lui avaient fait espérer le bataillon de Joinville où se retrouvaient les athlètes de haut niveau. Il fut libéré des obligations militaires le 1er mars 1965, après huit mois au Centre militaire de formation professionnel de Fontenay-le-Comte (Vendée) puis à l’École militaire à Paris, comme aide-bibliothécaire au service de l’action sociale aux Armées.

En 1961, à la Compagnie des compteurs, il avait adhéré à la CGT. Chez Alcatel, il exerça son premier mandat de délégué du personnel, présenté sur une liste CFDT qui, en 1967, était le seul syndicat organisé au centre de recherche de Bruyères-le-Châtel. Sollicité par Rémy Allanos et Pierre Alanche*, il hésita à adhérer à la CFDT, mais sous les conseils de son frère et des militants communistes travaillant avec lui il décida de créer la CGT, le 1er janvier 1968. Dans cet établissement de quatre cents salariés, ingénieurs, techniciens et ouvriers, très représentatif de la « nouvelle classe ouvrière » décrite par Serge Mallet et Pierre Belleville, la section trouva rapidement des adhérents, principalement chez les ouvriers, techniciens et dessinateurs. En mai 1968, à l’appel de la CFDT et de la CGT, l’établissement fut occupé pendant cinq semaines et fut le lieu d’intenses échanges qui soudèrent durablement le lien entre les différents services qui auparavant s’ignoraient, chacun étant isolé dans des petits immeubles de bureaux ou d’ateliers répartis dans le cadre champêtre du parc du château d’Arny. Le nombre de syndiqués crut alors fortement, tant à la CFDT et qu’à la CGT, jusqu’à près de 50 % des effectifs. Alain Tacquin devint délégué syndical CGT et représentant syndical au comité d’établissement qui venait d’être créé. Il participa à une commission départementale créée dans l’Essonne par la FTM-CGT pour la syndicalisation des cadres et techniciens et intervint, en 1971, au congrès fédéral de Grenoble en faveur de la création d’une Union fédérale des cadres et techniciens. Sollicité par l’UD-CGT de l’Essonne et la FTM-CGT, il devint l’un des trois secrétaires de l’Union syndicale de la Métallurgie de l’Essonne, créée en 1973. Il entra à la commission nationale de l’électronique. Au congrès de la FTM-CGT de 1973, à Saint-Ouen (Hauts-de-Seine) il fut élu au comité exécutif fédéral. En 1974, il démissionna d’Alcatel pour devenir permanent salarié de la fédération, chargé de la commission de l’électronique et de la Basse-Normandie. Avec les débuts de la crise du pétrole, les années euphoriques des grands projets industriels gaullistes s’achevaient ; les luttes pour l’amélioration des conditions de travail des ouvrières spécialisées se développaient et les conflits étaient nombreux dans le secteur des nouvelles technologies (Thomson, CII-Bull, Grandin, etc.). Le conflit chez Grandin, dont le PDG était alors le chanteur Frank Alamo et dont le siège était à Montreuil (Seine-Saint-Denis), fut l’objet d’une attention très soutenue de la CGT et du PCF et donna lieu à des actions très médiatisées. Au congrès de la FTM de 1976, à Saint Étienne (Loire), Alain Tacquin fut élu au bureau fédéral. André Sainjon remplaça alors Jean Breteau au poste de secrétaire général. Alain Tacquin prit en charge l’activité régionale et conserva le suivi de la Basse-Normandie. Dans cette période, les rapports FGM-CFDT et FTM-CGT étaient très étroits, au point qu’une unification, à l’image de la FLM (fédération unie de la métallurgie d’Italie) fut envisagée. Alain Tacquin participa à une réunion du secrétariat commun avec la FLM à Rome. Parmi ses contacts internationaux, il rencontra secrètement les commissions ouvrières à Madrid. En 1978, il prit la responsabilité de la branche sidérurgie, elle aussi en pleine crise industrielle. Il participa à toutes les actions et aux discussions au niveau national ─ avec le ministère de l’Industrie, le ministère du Travail ─ et au niveau professionnel ─ entreprises USINOR et SACILOR, chambres patronales. Au sein de la CGT, et entre la CGT et le PCF, la stratégie d’action faisait débat. Alain Tacquin participa à l’élaboration du mémorandum de la sidérurgie, sous la houlette de Jean-Louis Moynot, responsable du secteur économique confédéral, représentant de la tendance réformiste, et de Philippe Zarifian. Ce document prônait l’intervention syndicale sur les questions industrielles et sociales comme prolongement de l’action revendicative. Cette orientation fut retenue par la FTM-CGT tandis que le PCF restait sur sa position traditionnelle. La confédération reprit la main sur le dossier, sur fond de désaccords entre Georges Séguy qui la soutenait, et Henri Krasucki. La manifestation du 23 mars 1979, que la CGT organisa seule, signa la fin de l’unité d’action. Au congrès de la FTM de 1979, Alain Tacquin fut réélu. En 1980 il devint président de l’Union internationale de la sidérurgie (UIS) de la Fédération syndicale mondiale (FSM). Il poursuivit alors les contacts internationaux, avec l’ISTC (Iron Steel Trade Confederation) du Pays de Galles en 1981 et les instances de l’UIS, ce qui l’amena faire plusieurs séjour à Moscou et à Berlin et à connaitre le rôle du syndicat dans les pays communistes. Il devint membre du comité consultatif de la Commission européenne du charbon et de l’acier (CECA), du 25 novembre 1980 au 24 novembre 1982.

Sollicité par un vendeur de l’Humanité-Dimanche à Montrouge en automne 1966, Alain Tacquin et son frère Serge, sans antécédent d’engagements familiaux, avaient adhéré au PCF. En 1967, Alain Tacquin fut désigné membre du bureau de la cellule Danièle Casanova et fut candidat aux élections municipales sur la liste d’Union de la Gauche à Montrouge. Dès son entrée à la FTM-CGT, il devint collaborateur à divers groupes informels du comité central du Parti communiste, découvrant le nouveau siège de la place du colonel Fabien (XIXe arr.). Lors des élections législatives de 1978, il fut envoyé à Lyon, en support à la campagne électorale dans le VIIIe arrondissement. Mais, tant au sein de PCF que de la CGT, les positions prises sur les interventions extérieures de l’URSS à Prague en 1968, en Afghanistan en décembre 1979, la remise en cause de la stratégie de la FTM-CGT lors du conflit de la sidérurgie entretinrent sa vigilance. Il fut l’un des deux membres du bureau de la FTM-CGT à ne pas approuver l’intervention en Afghanistan.

En 1980, l’opération d’une entorse de la cheville l’immobilisa quarante cinq jours ; il se fixa alors comme objectif d’honorer son dernier mandat et de préparer sa reconversion. La FTM-CGT envisagea de lui confier la responsabilité du Centre de formation professionnelle Jean-Pierre Timbaud à Montreuil (Seine-Saint-Denis) puis se ravisa. Une nouvelle opportunité se présenta après l’arrivée de la gauche au pouvoir. Le nouveau gouvernement avait en effet décidé la création d’une troisième voie de l’ENA, ouverte aux responsables d’organisations de la société civile. Alain Tacquin releva le défi et s’y prépara comme au temps de son activité de coureur de demi-fond. Reçu au concours en 1983, il retrouva, sur les bancs de l’école de la promotion Léonard de Vinci, Claude Sardais*, ancien secrétaire général de l’UPSM-CFDT.

Ses activités militantes prirent fin à son arrivée à l’ENA. Il continua d’être simple adhérent à la section syndicale CGT des élèves de l’école et du PCF, qu’il quitta en 1985. Il participa à aux travaux du Forum social européen, créé début 1990 par des militants unitaires de gauche dont Pierre Héritier (CFDT), Anne-Marie Grozelier* (CFDT), Jean Grosset (FO), Christian Dufour, Daniel Bailly (CGT) et fut un des fondateurs du « Cercle du 26 août 1789 » créé en octobre 1988, en réaction à la progression de Jean-Marie Le Pen lors de l’élection présidentielle

À la sortie de l’ENA, son choix d’un poste d’administrateur civil à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) n’était pas tout à fait le fruit du hasard hasard : sauf cas de force majeure, il n’avait jamais manqué un salon de l’aéronautique du Bourget depuis son adolescence et avait gardé en mémoire le type de tous les avions empruntés au cours de ses voyages internationaux. En 1985, il travailla au siège de la DGAC à Paris (VIe arr.), successivement comme chef de bureau à la direction des programmes de l’aviation civile, chef de bureau de l’équipement (service administratif), chef du bureau des compagnies régionale et des charters (service des transports aériens) et saisit l’opportunité de passer la licence de base du brevet de pilote. De 1990 à 1992, il fut ingénieur principal adjoint à la SNCF, Direction Grandes lignes, département des ressources humaines. En 1992, il retourna à la DGAC à Fort-de-France (Martinique) comme directeur régional adjoint de l’aviation civile Antilles-Guyane puis, en 2004, à Nouméa comme directeur des services de l’aviation civile de l’État et du gouvernement de la Nouvelle Calédonie et des services de l’État aux Iles Wallis et Futuna. En 2004, il fut chargé de mission du Directeur de l’aviation civile Sud Est à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Il fut nommé Administrateur civil honoraire en 2006, il prit sa retraite le 3 août 2006 et depuis se consacre à l’écriture et à la poésie.

Il épousa Janine Legay en 1964 et eurent une fille, Isabelle. Il divorça en 1980. Il épousa en secondes noces Marie-Claude Verret en 1981, secrétaire à la FTM-CGT, déjà mère d’un fils, né en 1975.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article177305, notice TACQUIN Alain, Alfred, Marcel par Pierre Alanche , version mise en ligne le 13 décembre 2015, dernière modification le 21 janvier 2016.

Par Pierre Alanche

Alain Tacquin au congrès de la FTM CGT en 1976.
Alain Tacquin lors d’une réunion de l’OICA, secteur Amérique, en 1998

ŒUVRE : L’apprenti de l’ENA, éditions Amalthée, 2015. — Agua tchupa muzungu,
Éditions Amalthée, 2012. — Les fleurs de l’âge, Ed. Lacour, 2012.

SOURCES : Jean Lochkine, Le tabou de la gestion : la culture syndicale entre contestation et proposition, Edition de l’Atelier. — Mark Kesselman, 1968-1982 Le mouvement ouvrier français : crise économique et changement, Paris, Éditions de l’Atelier. — Le Nouvel Observateur ; 25 septembre 1978. — Site personnel de Philippe Zarifian. — Entretien avec Alain Tacquin, octobre 2015.

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