VIGNERON Léopold, Denis

Par Claude Pennetier, Maxime Ravel

Né le 9 janvier 1915 à Saint-Jouan-de-L’Isle (Côtes-du-Nord), mort le 1er février 1987 à Paris (XIVe arr.) ; scientifique, universitaire ; militant communiste de Paris ; résistant.

Léopold Vigneron
Léopold Vigneron

Fils de Léopold Vigneron, employé de commerce, et de Denise Poisson, institutrice publique, Léopold Vigneron, intégra l’École normale supérieure en 1934. Il joua un rôle important au Comité antifasciste de l’école (voir Jean Daudin). Il y invita Maurice Thorez pour une conférence en 1936. Il devint agrégé de sciences physiques en 1938.

Militant actif du Parti communiste dans le XIIIe arr.de Paris avant 1939, il continua son activité dans le Parti communiste clandestin à partir de septembre 1939.

C’est Frédéric Joliot-Curie qui le fit entrer dans son laboratoire au Collège de France, sous un faux nom, en novembre 1940. Il fut actif dans le groupe autour de la revue L’Université libre, émanation du mouvement Front national.

Léopold Vigneron fut responsable technique au matériel, chargé notamment du montage des postes d’émissions clandestines.
Résistant communiste, ainsi que son frère cadet, René Vigneron (alias Henri Branet), dénoncé, torturé et mort en déportation à Dora, lui-même fut peu après arrêté mais a pu s’échapper. Il n’a pas ensuite continué avec les réseaux de résistants communistes qui ne reprenaient pas un résistant qui avait été arrêté, de peur qu’il n’ait été retourné.
Selon le témoignage de sa fille Renée : "Ses fonctions consistaient essentiellement à faire dérailler des trains de marchandises vers l’Allemagne . début 42 il fut arrêté lors d’un contrôle de routine : on trouva sur lui un paquet de tracts. Il a été incarcéré "provisoirement" à la préfecture de police de Paris. Il y avait 11 résistants et 10 policiers qui les gardaient dans une pièce . Mon père obsédé par l’évasion imagina de proposer de nettoyer la pièce ;la table qui servait à ces messieurs pour jouer aux cartes fut relevée et servit d’écran à un vasistas placé en hauteur. Soulevés par les autres mon père et un camarade sortirent par le vasistas (mon père souhaitait une sortie à 4 ou 5 mais ses compagnons n’osèrent pas tenter l’aventure ). Mon père s’est retrouvé dans un couloir de la préfecture et en s’efforçant au naturel il est tout simplement sorti par la grande porte ( l’autre évadé a pris une autre direction dans les couloirs pour maximiser les chances avec succès). Les autre détenus de la chambrée furent fusillés comme otages le lendemain. Après cette évasion improbable il était de règle dans l’organisation communiste de ne plus réemployer quelqu’un pour des raisons de sécurité . Cela n’a en rien froissé mon père qui était très attaché aux précautions garantes de la survie d’un réseau . Désireux de combattre les nazis coute que coute il a alors rejoint les réseaux gaullistes . Son activité s’est alors orientée essentiellement vers la réception de parachutages et les postes émetteurs pour ses activités en relation avec l’intelligence service il a reçu après la guerre la king’s medal for courage in the Cause of Freedom et de la France la médaille de la résistance avec rosette). par la suite en 43 son frère René Vigneron alias Henri Gabriel Branet a rejoint les réseaux de résistance gaulliste après l’arrestation de sa cousine Henriette Heinemann déportée NN à Ravensbruck et celle de son mari André Heinemann (déporté comme politique allemand à Auschwitz) avant son arrestation en 43 André s’est caché cinq jours chez René ( à l’époque René était certes antinazi mais n’avait aucune activité clandestine structurée et n’était pas un militant communiste). Mon père a alors jugé qu’il valait mieux pour la sécurité de son frère qu’il s’engage totalement dans l’action clandestine gaulliste et l’a certainement influencé en ce sens. Il ne l’a pas pris dans son réseau en estimant qu’il valait mieux ne pas mettre dans une famille " tous les oeufs dans le même panier" .lors d’une réunion d’environ 10 résistants qui devait se tenir dans un camping (quoi de plus normal qu’une bande de jeunes randonneurs) un fort orage a replié le groupe vers un hôtel Selon mon père ils ont eu la folle imprudence de se réunir dans une chambre Attirant ainsi l’attention d’un employé de l’hôtel qui pour des raisons mercantiles a dénoncé le groupe .La résistance a tout de suite été avertie de l’arrestation car l’appel téléphonique à la Kommandantur pour réclamer la prime de dénonciation a transité par le secrétariat de mairie tenu par un instituteur père d’un des dénoncés . Le dénonciateur sera exécuté par la résistance , en outre lors d’un transfert le fourgon sera attaqué mais mon oncle ne pu s’enfuir il avait été torturé et était resté 3 jours dans le coma ,il n’a jamais parlé. Lors de sa déportation il était déjà en mauvais état."

Selon Henri Noguères, il utilisait les pseudonymes Servais et Rochard, et était proche du compagnon de la Libération Paul Schmidt. Il était son adjoint au Service des opérations aériennes et maritimes à Limoges et Clermont. Il fut aussi responsable des atterrissages dans l’Ain jusqu’en 1943. Il était entré à Lyon vers juin 1942 dans le mouvement Libération, par l’intermédiaire de son camarade de l’ENS Eugène Cotton (P. Convert). En 1943, il donna de faux papiers à son autre camarade Évry Schatzmann).
Il fut responsable de sabotages de chemins de fer, puis dans la région Drome-Ardèche chargé de récupérer les parachutages anglais sous le nom de code "Mme Gauthier".

Il s’était marié le 10 mars 1945 à Paris (XIXe arr.) avec Pauline Segal, médecin, et son dernier domicile connu dans les années 1940 était 5 rue des Reculettes Paris (XIIIe arr.).

Après la guerre, il continua à militer au Parti communiste jusqu’en 1956, selon les souvenirs de la famille.
Laurent Schwartz assure qu’il avait rejoint une « gauche très anticommuniste » et mentionne un engagement en faveur des dissidents soviétiques.
Il publia trois ouvrages (dont un essai sur l’énergie atomique) entre 1949 et 1956.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article177378, notice VIGNERON Léopold, Denis par Claude Pennetier, Maxime Ravel, version mise en ligne le 16 février 2016, dernière modification le 5 janvier 2022.

Par Claude Pennetier, Maxime Ravel

Léopold Vigneron
Léopold Vigneron

SOURCES : Arch. PPo. — État civil. — Notes de Claire Paulian, sa petite fille.
L’Archicube 17b, p. 243 de février 2015 (en ligne) signale une nécrologie par son collègue physicien André Blanc-Lapierre, parue dans le Bulletin des anciens de l’ENS de 1988. — Annuaire en ligne de l’ENS : Léopold Vigneron ; Eugène Cotton. — Répertoire des agrégés d’André Chervel, en ligne. — René Maublanc, « French Teachers in the Resistance Movement », Science And Society, no 1, 1974, p. 46 (en ligne). — Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France : et du Nord au Midi (novembre 1942-septembre 1943), t. III, Paris, Robert Laffont, 1972, p. 75. — Sylvain Villard, L’Oubli ou La Face douloureuse de la Résistance en Ardèche, Coux, Ex-libris, 2007, p. 99 et 140. — Notice dans Bruno Permezel, Résistants à Lyon, t. I, 1992, Lyon, chez l’auteur, 1992, p. 495. — Pascal Convert, Raymond Aubrac : résister, reconstruire, transmettre, Paris, Le Seuil, 2011, p. 107. — Laurent Douzou, La Désobéissance : histoire d’un mouvement et d’un journal clandestins, Paris, Odile Jacob, p. 460. — Évry Schatzman, La Science menacée, Odile Jacob, 1989, p. 15. 1 Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle, Odile Jacob, 1997. — Michel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000, p. 183, 231 (notamment). — Notice dans le Who’s Who in France, 1977, p. 1634. — Catalogue de la BnF. — Notice dans les DVD-ROM de l’AERI pour Ardèche (Voir en ligne). — Notes de sa fille, Renée Vigneron (mémoire familiale concernant l’évasion de Léopold Vigneron de la préfecture de Paris et concernant les circonstances exactes de l’arrestation de René Vigneron. Divers documents concernant René Vigneron polytechnicien fiches au nom d’Henri Gabriel Branet soit disant né à Toulouse en 1918 (seul nom connu de la gestapo) consultée sur les archives allemandes partiellement numérisées de Buchenwald, en outre je dispose de témoignages écrits par des compagnons dont Asher-Ravanel).

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