SIMON Marcel, André, alias Alfred

Par Jean-Claude Magrinelli

Né le 4 février 1913 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), abattu le 11 mai 1943 en forêt de Haye, près de Nancy ; chaudronnier ; militant communiste ; chef militaire régional des FTP à partir d’août 1942.

Marcel Simon exerça le métier de chaudronnier, d’abord à l’usine Mécanique Moderne puis à l’usine de Tôlerie Mécanique Fruhinsholtz à Nancy. Il milita activement au Parti communiste sous le Front populaire. En 1938, il était le secrétaire de la cellule de son usine. Il vivait avec Eugénie, Marie Hémard, née le 7 mai 1913 à Nancy, elle aussi communiste. Ils résidaient à Nancy au n° 84, rue du faubourg des trois maisons. Marcel et Marie se marièrent 19 janvier 1935. Ils eurent un enfant, André, né en 1932. Marcel fut licencié le 30 novembre 1938 de son entreprise où la grève avait été suivie par 79 des 150 salariés. Il fut mobilisé le 22 août 1939 à Nancy, affecté dans l’artillerie de DCA à Agris (Charente), Chartres et Petit Quevilly. Il fut fait prisonnier et soigné à l’hôpital Foch à Paris pour une blessure au pied jusqu’au 8 novembre 1940. Il parvint à rentrer à Nancy, sans avoir été démobilisé.

Un rapport de police daté du 16 avril 1941 prêta à Marie Simon les propos suivants tenus dans un magasin : « On met nos hommes en prison pour 15 jours, cela n’a pas d’importance ; il y a du travail à faire et il se fera. » Il s’agissait de militants internés pour 15 jours après des distributions de tracts. Une perquisition fut effectuée le 22 avril au domicile des époux. « Aucun document communiste n’a été découvert » mais un calepin appartenant à Marcel fut saisi. Les annotations qu’il contenait amenèrent la police à conclure que Marcel était en relation avec des dirigeants clandestins. Un mandat d’amener fut alors délivré par le juge Kauffeisen le 23 avril, pour « menées communistes ». Marcel Simon fut arrêté le 25 avril, écroué à Charles III le 29 avril. Le 28 avril, son dossier était transmis à la direction générale de la police à Paris. Le 28 juin 1941, le tribunal correctionnel de Nancy le condamna à quatre mois de prison. Condamné une semaine après le déclenchement de la guerre contre l’Union soviétique, ayant déjà accompli deux mois de préventive, il sortit probablement de Charles III le 25 août 1941 et entra immédiatement dans la clandestinité. Son nom figura sur la liste des « suspects » établie le 22 août 1941 par la police de sûreté de Nancy et aussi sur celle « des personnes qui ont une ascendance dans leur milieu » professionnel établie par le commissaire de police du canton Est de Nancy, le 23 août 1941. La section spéciale le condamna, le 4 octobre 1941, à 10 ans de travaux forcés par contumace, pour « menées communistes ».

Marcel Simon, jusque là responsable d’une dizaine de Nancy, fut versé en février 1942 dans la branche militaire de l’organisation communiste clandestine, dirigée par Giovanni Pacci. Le 18 juin 1942, le commissaire Bascou, le chef de la section anticommuniste de la XVème brigade, rapportait que « Pacci devait trouver à Nancy, un second parfait dans la personne du nommé Simon Marcel (…), individu très dangereux et capable de tout, en fuite, très activement recherché. » Avec les groupes de TP (Travail Particulier, c’est-à-dire de sabotage) du sud du département, il participa, du début avril à fin mai, à toute une série de sabotages à l’explosif contre des voies ferrées et des pylônes du transporteur aérien de Solvay, après la saisie de 425 kg de dynamite à Ludres le 30 mars 1942. Marcel Simon effectua le spectaculaire sabotage du pont levant du canal de la Marne au Rhin, à Malzéville, le 30 avril 1942.

Trois lettres anonymes de dénonciation datées des 21, 25 et 28 mars 1942 parvinrent au préfet. Dans celle du 21 mars, l’indicateur précisait qu’il a « obtenu (également) des renseignements sur un autre individu condamné à 10 ans de travaux forcés Simon Marcel. Je puis vous affirmer qu’il est souvent chez lui le dimanche rue du faubourg des trois maisons. » Dans celle du 25 mars, il évoquait le projet de sabotage « sur une station électrique principale du département probablement à Laneuveville-devant-les-Nancy. » Enfin, celle du 15 avril mettait en cause Marcel Simon. « Je présumais que le nommé Simon faisait partie d’un groupe terroriste, aujourd’hui je puis affirmer qu’effectivement, il est même le chef de groupe, et qu’il l’auteur incontestablement du vol des explosifs et du sabotage commis à Laneuveville, il est pour cela aidé d’individus dont un au moins vient de la région du Nord et qui vit dans l’illégalité. » Le préfet Schmidt, considérant que les informations données étaient sérieuses, mobilisa toutes ses polices pour l’appréhender. Le 30 avril, il fit saisir pour « contrôle » le courrier adressé à la famille Simon.

Marcel Simon resta insaisissable. Il fut l’un des rares FTP du groupe Pacci à échapper aux polices allemande et française en ce printemps 1942. Sa femme Marie fut arrêtée par la police allemande. Marcel réussit à trouver refuge dans une ferme de l’Aisne sous une fausse identité, comme ouvrier agricole. Nous ignorons la date précise de son retour à Nancy et les conditions dans lesquelles il a succédé à Giovanni Pacci comme responsable militaire régional. Le 5 août 1942, les actions reprenaient. Pendant trois mois, elles consistèrent en cambriolages de matériel, équipements et nourriture nécessaires à l’entretien de groupes clandestins reconstitués. Le premier sabotage à l’explosif fut perpétré le 25 octobre 1942, contre les vantaux de l’écluse n° 22 de Dombasle. Cinq autres suivent, le plus important étant le sabotage opéré à la gare de Champigneulles dans la nuit du 7 au 8 janvier 1943 qui fut à l’origine du démantèlement des groupes FTP qu’avait reconstitués Marcel Simon.

Un groupe de trois FTP (Boleslaw Nadany, Édouard Marchewska et Laurent Oberlin) conduits par Marcel Simon sectionnèrent 159 câbles de frein de wagons stationnés en gare de Champigneulles le 7 janvier entre 22 heures et 23 heures 20. Sur le chemin du retour, vers 23 heures 30, ils furent accrochés par deux gendarmes de la brigade de Frouard en patrouille à Champigneulles. Les membres du groupe, indemnes, passèrent la nuit dans la maison de Charles Oberlin, rue des Fourasses à Champigneulles. Au petit matin, Marcel Simon, Laurent Oberlin et Édouard Marchewska quittèrent les lieux. Charles Courrier, le commissaire divisionnaire chef des services régionaux de police judiciaire, ordonna immédiatement « une série de perquisitions simultanées, au nombre de 38, chez les individus connus pour leur sympathie à l’idéologie communiste et leur improbité... ». Fut ainsi découvert et arrêté, au domicile des époux Oberlin, Boleslaw Nadany. Interrogé, ses déclarations permirent à la 15e brigade de procéder à 26 arrestations et d’identifier les militants en fuite : Marcel Simon alias Alfred, Édouard Marchewska alias Jean, Laurent Oberlin alias Bernard. Marcel Simon fut l’objet d’un avis de recherche publié dans L’Écho de Nancy du 19 janvier 1943 et affiché dans toutes les communes du département. Une « importante prime » était offerte aux délateurs. Selon la police, il se réfugia chez un agriculteur « dont il avait fait la connaissance pendant l’exode en le dépannant sur la route, du 18 janvier au 6 avril 1943, (…) au village de Montigny-Lengrain (Aisne) d’où il se rendait fréquemment à Paris et à Reims notamment et où il faisait croire faussement qu’il était un prisonnier évadé. »

Les actions ne reprirent qu’en avril et dans le département des Vosges. Marcel Simon y passa plusieurs jours, en avril, pour recruter des jeunes réfractaires au STO. Le 9 avril, il rencontra à Saint-Dié Joseph Luron, un vieux militant qui fut trésorier de la section locale avant la guerre ainsi que René Joannès, qui militait aux jeunesses communistes de Fraize. Joannès fut chargé de prendre contact avec ceux de ses camarades susceptibles de rejoindre les FTP. Une seconde réunion, tenue le 24 avril 1943, au café de Mme Marie Joannès à Fraize, rassembla autour de Marcel Simon plusieurs jeunes gens : François Cuny, Armand Blaise, Robert Viry, Louis Chaunavel, Roger Lathmann et René Joannès. François Cuny rapporta que Simon « avait dit qu’il n’était pas nécessaire d’appartenir à un parti politique quelconque pour devenir partisan et qu’il était nécessaire de cambrioler les mairies afin de se procurer des titres d’alimentation pour vivre dans l’illégalité. » Les jeunes gens décidèrent d’entrer dans l’organisation FTP. Au cours de cette réunion furent décidés - puis réalisés - le cambriolage à la mairie de Mandray et un sabotage en gare de Saint–Dié. Marcel Simon attribua à chacun son pseudo, décida que Joannès, Chaunavel et Viry le rejoindraient à son campement en forêt de Haye le 28 avril, Lathmann faisant la liaison entre Nancy et les Vosges. Il les arma de pistolets et révolvers. Il leur expliqua qu’il fallait « tirer sur qui tenterait de nous arrêter. Il nous faisait entrevoir qu’il valait mieux procéder de la sorte et sauver notre peau en tuant les policiers plutôt que de mourir fusillés. » L’Écho de Nancy, édition du 8–9 mai 1943, publia pour la seconde fois l’avis de recherche de Marcel Simon, qualifié de « chef de bande de malfaiteurs. »

Une dénonciation faite par des habitants du village de Velaine permit à la 15e brigade mobile de localiser le campement. Un traquenard fut organisé le 11 mai. Charles Courrier et Gustave Lienemann abattirent Marcel Simon. La 15e brigade procéda à l’arrestation de toutes les personnes qui avaient, à Nancy et dans les Vosges, de près ou de loin, aidé à la constitution du groupe FTP et au développement de ses actions. La SIPO und SD se saisit de l’affaire. Les personnes arrêtées furent déportées selon la procédure Nuit et Brouillard. Le 13 mai 1943, Charles Courrier adressa « à tous les fonctionnaires placés sous ses ordres », un ordre de service. Il cita en exemple « la belle attitude de M.M. : Lienemann, commissaire de police, chef de la section (anticommuniste) ; Étienne, Thomas, Didierjean, inspecteurs de police régionale et Dayez, Perrière et Deny, inspecteurs de police nationale qui, après des efforts persévérants, ont hier 11 mai, localisé le repaire, situé en forêt de Haye, de quatre terroristes dangereux dont le chef interrégional Simon Marcel, et ont prouvé, à l’occasion de l’arrestation de ce groupe qu’ils savaient fortement armé de pistolets et de grenades et animé du désir de se défendre, des qualités de sang froid et de courage et une méthode policière telles que, au dépit (sic) des dangers courus, les arrestations ont pu être opérées sans perte, tandis que Simon, l’arme à la main, devait être abattu. » Charles Courrier intervint auprès du directeur des services de police de sûreté à Vichy en juin 1943 pour que « la prime de 10 000 francs (…) soit répartie aux personnes de qui nous avons reçu les renseignements (ayant permis les arrestations)… » Le kommandeur de la SIPO und SD de Nancy, le SS–Hauptsturmführer Schmaeling, adressa le 17 mai au préfet Schmidt une lettre ainsi libellée : « Déjà au cours des mois de janvier et février 1943 la police française sous la direction de M. le commissaire Courrier a pu procéder à l’arrestation de plusieurs terroristes dangereux de la bande Simon, opérations au cours desquelles trois gendarmes français furent gravement blessés. Par ces opérations exécutées en étroite collaboration avec les fonctionnaires de mon service, la majeure partie d’une bande composée de criminels et terroristes dangereux fut mise dans l’impossibilité de nuire. Après un travail inlassable la police française put, et ce, à nouveau sous la direction de M. le commissaire Courrier, arrêter le 11.3.1943 le meneur de ce groupe de terroristes, le dangereux André Marcel Simon, recherché depuis un an, et 12 autres complices.  »

Charles Courrier établit le 11 mai à 20 heures son rapport sur les circonstances de la mort du chef régional des FTP : « … Alors que Lienemann et moi (Charles Courrier) qui étions au plus près de Simon, arrivions à une distance d’un mètre de lui et nous disposions à le ceinturer et le désarmer, celui – ci abattait vivement ses deux mains, faisait un geste de recul, plaçait sa main droite dans sa musette où nous savions qu’il avait un révolver et une grenade. C’est au moment où il saisissait son révolver, que, devançant de quelques secondes seulement, le feu qu’il n’allait pas manquer d’ouvrir sur M. Lienemann et moi, alors que tout dans son attitude annonçait l’imminence du danger que j’ordonnais le feu sur lui. Seuls M. Lienemann et moi avons tiré, lui trois cartouches d’un calibre 6.35, moi deux cartouches de calibre 6mm modèle 1892. Les coups ont atteint Simon en divers points de l’abdomen… Il s’est effondré aussitôt sur le sol, et lorsque je saisissais sa main droite placée dans la musette, je constatais qu’elle tenait la crosse d’un révolver automatique Mauser 8mm, chargé de sept cartouches, prêt à tirer. Dans la même musette, il avait une grenade de guerre FM à cuiller et dans la poche droite de son pantalon un deuxième pistolet automatique Unique 6.35 chargé de cinq cartouches prêt à tirer… ». La thèse de la légitime défense étant avancée, le dossier fut clos.

L’Humanité clandestine n° 224 du 1er juin 1943 consacra un petit article à l’ « action des FTP » : « A Saint–Brieuc, la police française a abattu le chef des FTP Marcel Brejon et à Nancy, le commissaire Charles Courrier a tué le chef des FTP Marcel Simon. Ces deux soldats de la libération nationale doivent être vengés. Le sang des boches et des traîtres doit payer ces assassinats… ».

Marie Simon fut arrêtée le 29 avril 1942. C’est la date qu’elle mentionna sur la fiche de renseignements qu’elle établit à son retour de déportation pour le bureau de la sécurité militaire. Elle fut emprisonnée au quartier allemand de la prison Charles III puis transférée à la prison parisienne du Cherche-Midi. Selon les sources allemandes et ministérielles, ce fut la seule déportée Nuit et Brouillard partie de la gare de l’Est le 29 mars 1942. Il est donc possible que Marie Simon ait fait une confusion de mois. Elle connut les prisons d’Aix-la-Chapelle, Flussbach, Cologne, Lubeck-Lauerhof à partir du 9 novembre 1943, Cottbus à partir du 28 mars 1944, Jauer, Godberg, Aichach à partir du 28 février 1945. Elle fut libérée dans cette ville le 29 avril 1945 par les Américains et rapatriée.

Une plaque à la mémoire de Marcel Simon figure square du faubourg des Trois maisons. Suite à des travaux, elle a été déplacée provisoirement à l’angle de la rue Charles V et du Faubourg des Trois maisons.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article177382, notice SIMON Marcel, André, alias Alfred par Jean-Claude Magrinelli, version mise en ligne le 16 décembre 2015, dernière modification le 22 décembre 2020.

Par Jean-Claude Magrinelli

SOURCES  : Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, 6 M 33-394, 10 M 64, WM 310, WM 313, WM 314, WM 332, W 1304 – 9, 102 W 40, 102 W 137, 927 W 223, 1447 W 1, 1739 W 2, 1739 W 10 à 13, 1836 W 100, 1836 W 13, 2101 W 10, 2 Y 301. — L’Écho de Nancy, 29/30 juin 1941, 19 janvier 1943 et 8/9 mai 1943. — L’Humanité clandestine du 1er juin 1943. — La Voix de l’Est, 14 septembre 1946. — Service historique de la Défense, Caen, AC 21 P 160775 et Vincennes GR 16 P 549483 (nc).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément