TARLIER Émilien, Paul

Par Rolf Dupuy, Coralie Douat

Né le 10 janvier 1873 à Amiens (Somme), mort le 24 juin 1915 ; cordonnier, ouvrier chocolatier, journalier, marchand de nouveautés ; militant anarchiste d’Amiens (Somme).

Fils de Désiré, Émile Tarlier, employé au chemin de fer, et de Marie, Angélique Sicot, giletière puis ménagère, frère aîné de Camille et Charles Tarlier, Émilien Tarlier grandit dans la demeure familiale au 62 rue Rigollot à Amiens avant d’exercer d’abord le métier de cordonnier. Il résida ensuite avec Camille au 57 rue du Grand Vidame en 1901, puis au 59 rue des Teinturiers en 1903. Il avait l’habitude d’aller faire les vendanges dans la Marne au début des années 1900.

Avec ses frères, Émilien Tarlier était membre du groupe anarchiste d’Amiens au milieu des années 1890. Il participa à l’organisation de nombreuses réunions publiques anarchistes, notamment en 1897, avec son frère Camille, lorsqu’ils convièrent l’anarchiste Joseph Tortelier pour une conférence qui réunit 1500 personnes à la salle de l’Alcazar.

Le 21 octobre 1898 il avait été condamné à un mois de prison pour « coups et blessures ». En septembre 1899 son passage avait été signalé à Reims où il demeurait chez le compagnon Bouchez, 52 rue des Romains et où il avait fait à la Préfecture une déclaration de colportage en vie de diffuser des brochures révolutionnaires.

Le dimanche 10 mars 1901, à l’occasion de la mi-carême, Emilien Tarlier, accompagné notamment par son frère Camille, Carpentier, Lemaire, Dubourguet, Calazel et sa compagne Alice Marcellin, Pépin, Gosselin, Péchin et Goullencourt, avait parcouru les rues de la ville à bord d’un char représentant « Le Capital écrasant le travail » d’où étaient jetés des papillons multicolores portant les inscriptions « A Bas le capital, Ni maître, ni valet ! », « À bas l’autorité, Vive l’anarchie ! », « L’armée est l’école du crime », « La femme est l’égale de l’homme », « La propriété c’est le vol, À bas la propriété »...

Le 2 juin 1901, il s’installa au numéro 8 de la rue Saint-Germain, en compagnie de Jules Lemaire, Camille Tarlier, Edmond Carpentier et Edmond Pépin. Ils y établirent un local de cordonnerie, chantaient toute la journée des chants anarchistes, sifflaient et insultaient régulièrement les membres du clergé qui passaient devant leur porte, et décoraient toute la façade de propagande anarchiste. Une grande pancarte indiquait en guise d’enseigne « Ligue des Anti-Proprios ». Le 8 juin 1901, un article leur est consacré dans le Journal d’Amiens, et dans le Progrès de la Somme, ce dernier donnant la parole à Carpentier. Alors qu’ils étaient surveillés par la police, une gravure de Ravachol indiquant « si tu veux être heureux, nom de dieu, pends ton propriétaire » leur valut des poursuites.

En octobre 1901, sans doute sur appel, Émilien et son frère Camille poursuivis pour « injures à l’armée » avec Lemaire et Carpentier, avaient bénéficié, comme leurs camarades, d’un non lieu ; en juin ils avaient collé sur la vitre intérieure du local qu’ils occupaient, 8 de la rue Saint Germain, au nom de la Ligue des anti-proprios, l’affiche L’armée est l’école du crime ce qui lui avait valu le 2 juillet une condamnation à un mois de prison..

Au début des années 1900 il avait pour compagne l’ouvrière vestonière Marie Mecrent qui était également militante.

En avril 1904, il fut poursuivi pour « entrave au droit de travailler » mais bénéficia d’un non-lieu car les ouvriers appelés à témoigner du fait qu’il les aurait incités à faire grève ne purent quitter leur poste pour confirmer les faits, leur employeur le refusant.

Le 30 juillet 1910, ayant convié André Lorulot pour une conférence à la Maison du Peuple, Tarlier présida la séance. Il contredit l’orateur, ce dernier se disant opposé à la méthode coopérative et collectiviste. Tarlier essaya de le convaincre de l’intérêt des syndicats.

Mobilisé au 272e régiment d’infanterie, pendant la Première Guerre, il mourut le 24 juin 1915 au bois Harm. dans la Meuse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article177403, notice TARLIER Émilien, Paul par Rolf Dupuy, Coralie Douat, version mise en ligne le 17 décembre 2015, dernière modification le 17 septembre 2020.

Par Rolf Dupuy, Coralie Douat

SOURCES : Arch. Nat. BB 186450. — Arch. Dép. Marne 30M81, 30M109. — Arch. Dép. Somme 4M1530 ; 5Mi D229 : Amiens, naissances, 1873 ; 2i16/1 : Rassemblements, réunions, affaires rendues publiques 1814-1910. ; 3U2_1231 : Dossiers de procédures juillet 1901. ; 3U2_405 : Registre des jugements correctionnels mai-août 1901. ; 2i17/2 : Rassemblements, attroupements, cortège, manifestation, cérémonie. Contrôle, organisation, rapport de police. 1900-1918. ; 3U2_1792 : Jugements, ordonnance sur requêtes, référés 1915. — Le Journal d’Amiens, 1901. — Le Progrès de la Somme, 1901. — Coralie Douat « Les illégalismes du logement à Amiens et dans son arrondissement au début du XXe siècle », Mémoire de Master sous la direction de Manon Pignot, Université de Picardie Jules Verne, 2020. — Site Mémoire des Hommes, mort pour la France.

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