SÉNIK André

Né en 1938 à Paris ; dirigeant de l’Union des étudiants communistes.

Fils de juifs polonais installés au Sentier à Paris (cordonnier depuis l’âge de sept ans devenu bottier, marchand de chaussure de luxe, entrepreneur, puis à nouveau marchand après une faillite), André Sénik fut naturalisé avec eux en 1947. Son père était selon ses propos "sioniste d’extrême gauche", proches du MAPAM, le Parti unifié des travailleurs, totalement coupé de la religion : "pas une fête, pas un objet". Ce père fut engagé volontaire au début de la Seconde Guerre mondiale et prisonnier évadé. Les grands-parents moururent à Auschwitz mais ses parents purent se cacher.
Lycéen, André Sénik participa de 10 à 14 ans à une organisation marxiste sioniste le (DROR) proche du communisme. En chemise bleu à lacets, il manifestait le 1er mai, le 14 juillet et au mur des fédérés avec les organisations ouvrières. Dans ce cadre, il a lu Marx à treize ans. Dans ces formations "il y a un peu d’histoire juive, et un peu d’histoire sur Israël qui vient d’être créé en 1948. Mais il y a aussi le levé des couleurs, on lève le drapeau rouge et le drapeau d’Israël. On apprend à se battre au bâton, parce qu’en Israël on est amené à se battre."
Très bon élève en primaire, entré premier au concours d’admission au lycée Voltaire, il lacha prise pour des "raisons de perdition sociale", se consacra au militantisme à partir de 1952 à l’UJRF et dut quitter Voltaire pour devenir pensionnaire à Lakanal. Un de ses frères aîné était dejà passé du sionisme au communisme, un autre suivit. C’est la lecture de l’opuscule de Staline, Le marxisme et la question nationale qui fit basculer André Sénik.
Il adhéra au Parti communiste en août 1953.Il suivit les cours de l’Université nouvelle. Inscrit en terminale à Janson-de-Sailly où le professeur de philosophie Caveing était communiste, et membre de l’Université nouvelle.
André Sénik entra à l’UEC en 1956. Il lisait les ouvrages communistes sur la résistance et les camps (Ceux qui vivent de Jean Laffitte) et la littérature soviétique (Et l’acier fut trempé ; La Jeune garde de Fadéev) et aussi Aragon. "J’étais tellement "stal" qu’en fait, je ne lisais pas les choses qu’il ne fallait pas lire". Son secrétaire de cellule, François Hincker, écrivit lors d’une demande de mutation, qu’il était dévoué au parti, "peut-être trop". En 1956, il se battit pour que ses camarades de lycée ne lisent pas le rapport Krouchtchev paru dans Le Monde. Il interdisait aussi de lire L’Observateur.

En 1955, il fut invité au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Varsovie. En 1957, pour le festival de Moscou, il convainquit Jean-Paul Ribes et Tiennot Grumbach, qui n’étaient pas communistes, de venir avec lui. Sénik obtint alors l’honneur, avec Henri Martin, "héros de la résistance à la guerre d’Indochine", de déposer au mausolée de Lénine la couronne de fleurs de l’UEC et du PCF. Il représenta Clarté à Bucarest en 1961. Il se rendit aussi en Roumanie mais jamais à Cuba.

En 1957, André Senik devint dirigeant communiste des élèves des classes préparatoires aux grandes école, succédant à Paul Estrade. Il travailla à Clarté où il s’affirma comme le bras droit de Schalit puis son lui successeur. Elève d’Hypokhâgne n’intégrant pas la Khâgne, il s’inscrivit en faculté, en philosophie, sans aller aux cours. Il passa l’agrégation plus tard, en 1966, à 28 ans.

André Sénik fut membre du bureau national de l’Union des étudiants communistes (UEC) en 1957 et coopéra avec Serge Depaquit pour lequel il eut un grande estime. "On est passé d’une fidélité inconditionnelle à l’opposition inconditionnelle". Un des chefs de file du courant des « Italiens », il quitta l’UEC en 1965, au 8e congrès, sur une "apothéose". Titulaire du CAPES en 1963, il fut professeur à Amiens (Somme) en 1964 et à Troyes en 1966 (Aube).

Il créa avec quelques amis le CRIR (Centre de recherches et d’initiatives révolutionnaires), axé sur la réflexion théorique, de plus en plus antiléniniste, et milita au Comité Vietnam national.

En mai 68, il était professeur de philosophie au lycée Bergson, à Paris, et participa à la nuit des barricades. Sanctionné par le ministre Olivier Guichard, il fut interdit d’enseignement en 1969, Sénik soutenant la révolte des lycéens contre les pesanteurs du système scolaire. Pierre Kahn et Alain Forner, les deux derniers secrétaires généraux de l’UEC, signèrent avec 21 collègues un appel à la réintégration de Sénik.
"J’ai mis vingt ans à sortir d’un monde qui m’avait constitué", dira-t-il

Devenu un théoricien du totalitarisme qu’il faisait remonter à Marx, il fut avec Pierre Rigoulot et Ilios Yannakakis un animateur du Comité de rédaction d’Histoire & Liberté et de l’Institut français d’histoire sociale héritier d’Est-Ouest. Il collabore au journal Causeur et s’affirme "libéral".
Dans Est-Ouest du 7 juillet 2015, il écrivait : "S’il existait un front démocratique, reposant sur une charte de principe, le FN en serait, mais pas le PC et ses avatars révolutionnaire."

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article177486, notice SÉNIK André, version mise en ligne le 21 décembre 2015, dernière modification le 16 septembre 2016.

OEUVRE : Marx, les juifs et les Droits de l’homme, Denoël, 244p. , 2011

SOURCES : Aude Portalis, Les dirigeants de l’Union des étudiants communistes : essai d’analyse prosopographique, Mémoire de Maîtrise, Paris 1, 2001. — Sites internet.

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