STERN Joseph

Par Corinne Jaladieu, Michel Lautissier, Fabrice Bourrée, Dominique Tantin,

Né le 19 avril 1916 à Chisinau (en roumain), Kichinev (en russe), capitale de la province de Bessarabie, aujourd’hui de la République de Moldavie, fusillé par les Français (Vichy) le 23 février 1944 à la centrale d’Eysses, commune de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) après condamnation à mort par une cour martiale du régime de Vichy ; officier aviateur  ; résistant du bataillon d’Eysses.

Joseph Stern
Joseph Stern
En uniforme d’aviateur. Circa 1940.
Source : © Dépôt MRN, fonds Amicale d’Eysses. Droits réservés.

Joseph Stern naquit le 19 avril 1916 à Chisinau, capitale de la Bessarabie, province de l’Empire russe jusqu’à la Grande Guerre, annexée par la Roumanie à la fin du conflit. Il était le fils de Georges Stern, commerçant, et de Madeleine Waysberg. Joseph et sa sœur Sonia furent élevés dans un milieu où la Révolution d’Octobre était tenue en haute estime. En 1931, la famille partit s’installer en France, à l’instar de nombreuses familles juives d’Europe centrale fuyant l’antisémitisme. Joseph y suivit les cours de l’Ecole du Travail, organisation éducative juive formant les jeunes enfants de l’immigration afin de leur donner toutes leurs chances. En avril 1934, il entra à l’école aéronautique Breguet, rue Falguière, dans le 15e arrondissement. Après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur des industries électromécaniques, il travailla chez Breguet.
En 1936, en vacances à Berck, il sauva un homme de la noyade ; il reçut une médaille de sauvetage et fut sacré « héros de la civilisation » par la fondation Carnegie.
Il passa avec succès l’examen de pilote de l’aviation civile avant de demander à rejoindre une école d’officiers. Il obtient également son brevet de pilote de chasse de l’armée de l’air. Sergent-chef à Chartres et à Chantilly, puis élève-officier de réserve dans l’aviation, il fut nommé aspirant en 1940. Plus jeune lieutenant de la chasse française, il fut crédité de six victoires en combat en mai-juin 1940.

Photographié en uniforme, Joseph Stern porte sur sa tenue, à gauche, l’insigne du brevet de pilote de chasse. Cet insigne a été officialisé par une instruction du 10 septembre 1916 et son port fut rendu obligatoire à partir de cette date. Il représente une couronne sur laquelle sont posées des ailes surmontées d’une étoile ("devise" du brevet : l’étoile te guide, les ailes te portent et la couronne t’attend). A droite, il porte deux décorations dont la première est la croix de guerre avec, semble-t-il, une étoile de bronze correspondant à une citation obtenue au combat.

Dès sa démobilisation à Toulouse, le 8 août 1940, il trouva du travail comme ingénieur dans l’aéronautique chez Dewoitine. Une partie de sa famille s’installa alors à Toulouse. Victime d’une dénonciation, il fut arrêté à Toulouse avec deux ingénieurs chimistes originaires de sa terre natale et d’un comptable. Soupçonné d’avoir livré des informations sur l’aéronautique au consulat général d’URSS à Vichy, il fut surtout accusé d’avoir favorisé le sabotage des usines françaises travaillant pour le Reich en zone non occupée. Jugé par le tribunal militaire de Toulouse, il fut condamné le 21 octobre 1941 à dix ans de travaux forcés pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Après avoir été incarcéré à la prison de Tarbes, Joseph Stern fut transféré à la Centrale d’Eysses en 1943.

En décembre 1943, il fut nommé chef de section de la 5e compagnie du bataillon FFI constitué par les détenus politiques de la centrale. Il assura l’entraînement militaire clandestin de sa section. Il devient également membre du comité directeur de la résistance à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire et délégué des « travailleurs », c’est-à-dire de tous ceux qui occupaient un emploi dans la centrale. Dans le cadre des enseignements organisés par les détenus, il donna des cours de chimie, de mécanique, de langues russe et allemande.

Lors de l’insurrection du 19 février 1944, il fut chef-adjoint des forces d’assaut auprès du commandant Bernard, puis il le remplaça lorsque ce dernier eut la jambe brisée par une grenade. Armé d’une mitraillette et de grenades, il fit preuve d’un grand courage et risqua sa vie à plusieurs reprises au cours des combats contre les gardes mobiles retranchés dans les bâtiments et les miradors. Blessé au genou, Joseph Stern fut transporté après la reddition à l’infirmerie, où il fut arrêté et transféré au quartier cellulaire. Le 23 février, il fut condamné à mort par une cour martiale du régime de Vichy et immédiatement fusillé avec onze de ses camarades par un peloton de GMR et de gendarmes.

A l’automne 1944, sa dépouille fut ramenée à sa sœur à Cassis (Bouches-du-Rhône) par le comité de libération de cette ville. Sa médaille militaire, cachée dans l’un des préaux de la Centrale d’Eysses, fut retrouvée en 1984.

Voir Site d’exécution : la centrale d’Eysses (commune de Villeneuve-sur-Lot, Lot-et-Garonne), le 23 février 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article177795, notice STERN Joseph par Corinne Jaladieu, Michel Lautissier, Fabrice Bourrée, Dominique Tantin, , version mise en ligne le 7 janvier 2016, dernière modification le 22 novembre 2020.

Par Corinne Jaladieu, Michel Lautissier, Fabrice Bourrée, Dominique Tantin,

Joseph Stern
Joseph Stern
En uniforme d’aviateur. Circa 1940.
Source : © Dépôt MRN, fonds Amicale d’Eysses. Droits réservés.

SOURCES : Corinne Jaladieu, Michel Lautissier, Centrale d’Eysses, Douze fusillés pour la République, Association pour la mémoire d’Eysses, 2004, p. 162-169. — Documentation Fabien Garrido. — Notice in Musée de la Résistance en ligne

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