DESCHAPELLES Alexandre Louis Honoré Lebreton

Par Pierre Baudrier

Né le 7 mars 1780 à Ville d’Avray (Seine-et-Oise), mort à Paris le 27 octobre 1847. ; républicain.

Fils de Louis Nicolas Gatien Lebreton Deschapelles, futur maréchal-de-camp, et de Marie Françoise Geneviève Hémerie de la Cartouzière qui furent logés au château de Versailles en 1789, l’auteur de La loi du Peuple (1848) eut la réputation d’un républicain intrépide. En 1832 le préfet de police de Paris vit en lui l’instigateur de l’insurrection des 5 et 6 juin. Gisquet avait démasqué le plan suivant : l’insurrection rétablissait la République, à cet effet Deschapelles présidait une société secrète, "l’Association Gauloise", qui prit part aux combats les 5 et 6 juin, puis on fomentait des troubles tels que les puissances intervenaient et replaçaient la branche aînée sur le trône. La proximité de Deschapelles à l’égard des Bourbons, des milieux aristocratiques parisiens, avait pu faire naître ce projet et favoriser les pourparlers. Deschapelles fréquentait le duc de Fitz-James, l’une de ses sœurs, Caroline Thérèse Martine Lebreton Deschapelles, avait épousé en 1793 à Dusseldorf l’écuyer du comte d’Artois François Pierre Charles Daniel O’Héguerty et en 1832, ils vivaient encore à la cour du roi Charles X, à Holyrood, de même que l’un de leur fils, écuyer de l’orpheline du Temple.
Après l’échec de l’insurrection le pouvoir ne mit pas en doute le républicanisme de Deschapelles mais saisit l’occasion de dénoncer chez les conjurés une alliance carlorépublicaine contre nature. Deschapelles fut arrêté brièvement, provoqua en duel le ministre de l’Intérieur de Montalivet, continua à conspirer quelques années. Le bulletin de police du 5 janvier 1833 le constatait, de même un rapport de 1834 du transfuge italien Michele Accursi. Deschapelles semble avoir cessé toute activité politique si ce n’est qu’en 1848 il sera cité dans le document Taschereau de manière inexpliquée au milieu des inculpés de l’affaire du Moniteur républicain et de L’Homme libre.
Deschapelles était entré à l’école de Brienne en 1790 et avait rejoint les armées républicaines à la dissolution de l’école, il avait perdu la main droite, sabrée par un dragon autrichien à la bataille d’Ettlingen. Équipé d’une main factice, il n’en devint pas moins champion de whist, donnant son nom au « coup Deschapelles » du bridge. Il fut adjoint aux commissaires des guerres, s’évada du ponton espagnol El Vincedor en 1810, fut entreposeur général des tabacs à Strasbourg à la fin de l’Empire sur intervention de la duchesse d’Elchingen, l’« Aglaé » de Marie-Thérèse de France, précitée. Joueur d’échecs sous la Restauration, inscrit sur la liste civile, il vécut du whist sous la monarchie de Juillet alors que sa compagne, Marie Anne Caroline Lefèbvre, chef d’entreprise, fabriquait des serres de jardin. Un journaliste, Eugène Briffault, a décrit les journées de Deschapelles ou plutôt ses soirées et ses nuits dans les cercles de jeu
Il avait prévu d’être enterré dans la fosse commune mais ses proches l’en tirèrent et lui payèrent une concession perpétuelle reprise en 1967.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178070, notice DESCHAPELLES Alexandre Louis Honoré Lebreton par Pierre Baudrier, version mise en ligne le 20 janvier 2016, dernière modification le 12 octobre 2016.

Par Pierre Baudrier

OEUVRES : Deschapelles et O’Reilly*, La loi du peuple, Paris, Giraldon, 1848 – Traités de whist.

SOURCES : AG E5 26, rapport du préfet de police – version moderne dactylographiée : Henri Gisquet, Rapport sur les événements des 5 et 6 juin 1832, 1977 (plusieurs bibliothèques et dépôts d’archives) — AN, F7 3886, bulletin de police du 5 janvier 1833 – Count H. Eltz, J. Hagerty, Pedigree of the O’Hegerty Family, 1948 — Ilario Rinieri, Le Cospirazione Mazziane nel carteggio di un tranfuga, Il Risorgimento italiano. Nuova serie. Vol. XVIII, Aprile-Giugno 1925, Fasc. II, n. 42, p. 352. — Le Précurseur, Journal constitutionnel de Lyon et du Midi, samedi N° 1812, 27 octobre 1832, p. 3, 3ème colonne. — Revue rétrospective ou archives secrètes du dernier gouvernement. Recueil non périodique …, Paris, Paulin, Mars 1848, p. 4. – Philippe Bodard, L’Esprit du whist, Orléans, l’auteur, 2012 – Pierre Baudrier, La notoriété de Deschapelles, pp. 39-46 In Blanqui et les blanquistes… [Actes du colloque Blanqui tenu les 1, 2 et 3 octobre 1981 au Centre Malher de l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) / Ed. par la] Société d’Histoire de la Révolution de 1848 et des Révolutions du XIXe siècle, préf. de Ph [ilippe] Vigier, Paris, SEDES, 1986 – Le même, "Insurgés et forces de l’ordre en 1832. Alexandre Deschapelles et Robert Richard O’Reilly" in Bulletin de l’Association d’Histoire et d’Archéologie du XXe arrondissement de Paris, n° 50, 4e trimestre 2011, pp. 7-27 – Jean-Noël Tardy, L’Âge des ombres : Complots, conspirations et sociétés secrètes au XIXe siècle, Paris, Belles Lettres, 2015, pp. 213-214. – Thomas Bouchet, "Les barricades des 5-6 juin 1832" in Histoire des mouvements sociaux en France de 1814 à nos jours ; ss. la dir. de Michel Pigenet et Danielle Tartakowsky, Paris, La Découverte, 2012, pp. 113-120. — Eugène Briffault, Petite physiologie des cercles, pp. 53-57 in ejusdem Historiettes contemporaines, courrier de la ville par Eugène Briffault,n°. 1.- 31 janvier 1842, Paris 25, rue du Faubourg-Montmartre, 25, 1842 – Pierre Baudrier, Le testament de Deschapelles, Europe-Échecs, juin 1980, n° 258, 21e année, pp. 10-11.

ICONOGRAPHIE : Portrait de Deschapelles in Robert Czoelner, {Alexandre Honoré Deschapelles : The French King of Chess}, S. l. , CreateSpace, 2011.

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