BRÉCY Robert, André

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 5 juillet 1912 à Paris (Montmartre), mort le 10 juin 1996 ; employé de banque, employé municipal à Maisons-Alfort (Seine, Val-de-Marne) ; employé dans l’édition ; militant syndicaliste et politique ; historien de la chanson sociale.

Né d’une famille pauvre, issue de la paysannerie du Gâtinais, Robert Brécy fréquenta l’école communale de la rue Clignancourt jusqu’au cours complémentaire ; bien qu’excellent élève, le manque de ressources familiales (son père était mort en 1918) l’obligea à interrompre ses études à quatorze ans.

D’abord apprenti métreur, faisant des semaines de 60 heures, suivies de cours de mathématiques et de dessin, il entra fin 1926 dans une petite banque et suivit des cours professionnels pendant trois années (opérations de banque [Camille Rosier] et droit commercial [René Cassin]).

Après avoir été fervent catholique, il devint athée vers quinze ans. Bien que touché par les événements politiques depuis 1934 (lecteur de l’Œuvre et du Canard enchaîné), son engagement social ne date que de 1936 : adhésion à la CGT réunifiée, aux Amis de l’Union soviétique (secrétaire adjoint du groupe Belleville-Saint-Fargeau fin 1936), puis au PCF ; cours à l’Université Ouvrière de 1936 à 1939 (économie politique, philosophie, histoire, arts, etc. « à la lumière du marxisme »). En raison de son activité syndicale, il fut licencié en 1938 (chômeur trois mois). Après un bref intermède chez un agent de change, il fut embauché début avril 1939 à la mairie de Maisons-Alfort (Seine, Val-de-Marne) dirigée par Albert Vassart. Il prépara et réussit l’examen de commis de mairie en juillet et fut titularisé par le maire, mais, après l’arrestation de celui-ci au début de la guerre, il fut licencié par le président de la Délégation spéciale.

Entre temps, il avait été mobilisé début septembre 1939 : sergent d’infanterie en Alsace (« drôle de guerre » dans les petits postes en avant de la ligne Maginot). Soumis à une active surveillance (livret matricule marqué P.R. = présumé révolutionnaire), il fut renvoyé par le colonel au dépôt d’Epinal en mars 1940. Hospitalisé en juin, il s’échappa lors de l’arrivée des troupes allemandes et échoua en Bretagne sans être fait prisonnier.

Il rejoignit la région parisienne à la mi-juillet et fut chômeur pendant quatre mois avant de trouver un emploi de comptable.

Dès juillet, Robert Brécy reprit contact avec le PC clandestin, fut nommé responsable adjoint à l’organisation pour Maisons-Alfort, Alfortville et Charenton (Seine, Val-de-Marne), mais perquisitionné en mars 1941, il déménagea à Paris (VIIe arr) où il milita aussitôt sur la base locale au PC puis au Front national. Début 1943, il s’inscrivit au « Chantier des intellectuels en chômage » et fut engagé par Jacques Jaujard et Joseph Billiet auprès de la direction des Musées de province (évacuation des musées du littoral méditerranéen dans des dépôts de l’arrière-pays puis, en mai-juin 1944, dans le Centre). Rappelé à Paris en septembre 1944 pour affectation au Cabinet de Joseph Billiet, directeur (provisoire) des Beaux-Arts, il démissionna lors du remplacement de celui-ci.

Robert Brécy devint alors permanent au siège au Front national (administrateur adjoint et adjoint au secrétaire national à l’Éducation, Henri Wallon) et fut élu au premier comité fédéral communiste de Paris fin 1944. Elève puis directeur de l’École fédérale, il participa au Xe congrès national (Paris, 26-30 juin 1945).

Appelé par Étienne Fajon à la section centrale d’éducation du PC en octobre 1945, il organisa des écoles en province et dirigea trois écoles centrales (Jeunes, Journalistes, dirigeants coloniaux) avant de devenir en 1948 rédacteur en chef des Cahiers du communisme (directeur Victor Michaut). Il collabora pendant de nombreuses années à la section idéologique du Comité central, dirigée par François Billoux. Nommé directeur des Éditions sociales, fin 1955, il fut licencié trois ans après pour désaccords politiques avec la direction thorézienne depuis 1956 (problèmes de l’Algérie, du XXe congrès soviétique, de Budapest, de la démocratie dans le Parti, du birth control, etc.) et participation à l’opposition (tendance « l’Etincelle », « Voies nouvelles » en 1957-1958).

Jugeant « stériles les tentatives internes de déstalinisation et de démocratisation », il ne reprit pas sa carte en 1961. Sans adhérer à un autre parti, il resta partisan d’un « socialisme révolutionnaire et démocratique et d’un syndicalisme indépendant ».

Sur le plan professionnel, il travailla de 1959 à 1972 dans des maisons d’édition « bourgeoises » (encyclopédies, histoire, arts, etc.). Il continua à militer à la CGT (Fédération du Livre), comme secrétaire national des Cadres de l’édition, et signa à ce titre les accords de juin 1968.

S’étant passionné pour l’histoire du mouvement ouvrier français et international, Robert Brécy écrivit divers articles dans des revues spécialisées et publia Le Mouvement syndical en France (1871-1921). Essai bibliographique, Mouton, 1963 (réédition, éd. du Signe, 1982), La Grève générale en France, préface de Jean Maitron, EDI, 1969, Florilège de la chanson révolutionnaire, 1978. Il est co-auteur d’un film intitulé Ecoutez Bizeau, réalisé en 1980 par Bernard Baissat et consacré au vieux poète-chansonnier libertaire (voir Eugène Bizeau).

En 1989, Robert Brécy publia La Révolution en chantant aux éditions F. van de Velde-C. Pirot.

Marié avec Simonne Jacquerot (voir Simone Brécy), il était père de trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17835, notice BRÉCY Robert, André par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 22 novembre 2022.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

ŒUVRE : Ouvrages cités.

SOURCES : Cahiers du communisme, 1949. — Le Débat communiste, n° 24, 15 février 1964 et n° 25, 15 mars 1964. — Renseignements fournis par Robert Brécy.

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