BASILLE Maurice, Pierre, Charles

Par Jean-Paul Nicolas

Né le 9 octobre 1908 à Raffetot (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort en déportation le 19 septembre 1942 à Auschwitz-Birkenau ; ouvrier tuyauteur à la Raffinerie SFAR de Port-Jérôme ; militant syndical et communiste de Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Inférieure, Seine-Maritime).

Maurice Basille à son mariage
Maurice Basille à son mariage

Maurice Basille était le fils d’Hippolyte Basille, employé des chemins de fer comme poseur de voies, jusqu’en 1933 et de Marguerite Dessolle qui était garde-barrière. Sa famille quitta Raffetot en 1923 pour s’installer à Saint-Pierre-le-Viger dont la gare était située sur la ligne Rouen-Dieppe. Maurice travailla, à ses débuts et jusqu’en 1933, à la sucrerie de Fontaine-le-Dun toute proche de Saint-Pierre-le-Viger.
Maurice Basille effectua son service militaire en 1929 et 1930. Il fut incorporé le 29 juin 1929 au 129e régiment d’infanterie. Puis au 2e régiment de Zouaves stationné à Oran. Libérable le 24 juillet 1930 il ne fut libéré qu’au 15 octobre 1930. Il passa au Centre mobilisateur n° 52 de l’infanterie le 15 avril 1933 et fut versé dans la réserve au 3ème régiment du train le 15 janvier 1938.
En 1934, il habitait rue Auguste Vacquerie à Villequier, chez M. Godefroy, boulanger dont l’épouse était sa cousine. De ce village situé en amont des raffineries de pétrole de Basse-Seine, Maurice se fit embaucher comme opérateur à la Standard Franco Américaine de Raffinage (SFAR) de Notre-Dame-de-Gravenchon. En 1936, il occupa avec son épouse une maison de la Cité Standard de la Petite Campagne, située à ND de Gravenchon au 32, rue Alexandre André.
Selon un rapport de la Police, « Dès son arrivée à Gravenchon, Basille s’intéressa au parti communiste et devint un militant très actif. Par la suite il fut nommé trésorier de la celluleTabacka (sic) et se tint en relation avec les communistes de la région ». (La police, faute de connaître le nom exact de la cellule, l’appelait Tabacka, nom d’un communiste local bien connu. Cet employé municipal de Gravenchon, d’origine polonaise, figure dans un recensement de population des années vingt)
A part ce rapport de la police, on n’a pas une connaissance précise de l’activité politique de Maurice Basille dans la période de 1936 à 1939. On sait que les réunions du Parti et de la CGT se tenaient notamment dans un café restaurant ouvrier qui faisait office de guinguette et d’hôtel logeant des pensionnaires ouvriers. Le " Café Félix", dans le quartier Saint-Georges sur la route des usines, était tenu par un sympathisant nommé Félix Krykwinski, au nom d’origine polonaise.
Maurice Basille fut un acteur important des grèves de juin 1936 dans le raffinage, aux côtés d’Henri Messager, de Louis Daëns, Maurice Bonvin, Raymond Baudry, Félix Guégan, André Burgunder pour la raffinerie SFAR (Esso Standard) ainsi que d’ André Augeray et Emile Robinet de la raffinerie Vacuum-Oil (Mobil-oil).
Ayant participé à la grève nationale du 30 novembre 1938 contre les décrets-lois Daladier, Maurice Basille ne fit pas partie des six licenciés de la SFAR parmi lesquels figurait le leader CGT Henri Messager*. Maurice Basille conserva donc durant l’Occupation sa maison dans la cité jardin.
En septembre 1939, Maurice Basille fut mobilisé au 3e régiment du Train, 353ème compagnie auto. En Mai 1940, il participa à la bataille de France, il combattit dans la poche de Dunkerque et fit partie des soldats français qui, ayant échoué à traverser la Manche, parvinrent cependant à s’échapper de l’encerclement sans embarquer. Le groupe auquel appartenait Maurice, conscient d’avoir réussi l’évasion d’un enfer meurtrier, s’était intitulé lui-même Les rescapés de Dunkerque.
A son retour de mobilisation, durant l’été 1940, il retrouva son épouse et leur petite fille Monique dans la cité Standard de Gravenchon. Les deux raffineries avaient été dévastées en juin 1940, sabordées par les autorités françaises afin de les soustraire aux envahisseurs allemands. La plupart des salariés des industries pétrolières qui revenaient de mobilisation durant l’été quarante, ne retrouvèrent pas leur emploi à la Standard ou la Vacuum, aussi Maurice trouva de l’embauche dans la construction métallique chez Morineau à Villequier.
Puis, les 21 et 22 octobre 1941, une rafle parmi les communistes fichés avant 1939 s’abattit sur tout le département de Seine-Inférieure. Les polices française et allemande réunies opérèrent deux cents arrestations.
A Lillebonne et Notre-Dame-de-Gravenchon, un rapport de gendarmerie indiquait : Liste des personnes de sexe masculin arrêtées pour activité anarchiste ou communiste depuis l’Armistice, …individus arrêtés par mesure administrative sur instruction verbale de la sous-préfecture de police.
A Lillebonne et Gravenchon, six hommes furent arrêtés à leur domicile le même jour, ce 22 octobre 1941, dans la nuit ou au petit matin : un syndicaliste anarchisant, Louis Avenel, et cinq militants communistes : Maurice Basille, Raymond Baudry*, Marcel Dupray, Auguste Normand, Fernand Quesnel.
Maurice Basille fut arrêté à son domicile de Notre-Dame-de-Gravenchon par des gendarmes français le 22 octobre à 0 heures 50. Incarcéré au quartier allemand de la prison du Havre en préventive il fut transféré le 30 octobre 1941 à Compiègne Royallieu au Front Stalag 122. Il y reçut le numéro de matricule 2290.
Le 6 juillet 1942, Maurice Basille fit partie du convoi de 1160 déportés qui, parti de la gare de Compiègne, les emmena vers Auschwitz. Ce convoi de déportés politiques a pris le nom de convoi des 45000, car les matricules tatoués sur leur bras commençaient par 45 : ainsi, Maurice Basille portait le matricule 45201 à son arrivée à Auschwitz. Deux syndicalistes de la SFAR, Raymond Baudry* de Lillebonne et Louis Daëns* de Bolbec qui faisaient partie, avec leur camarade Basille, du convoi du 6 juillet 1942, n’en revinrent pas vivants tout comme lui.
Les archives d’Auschwitz indiquent que Maurice Basille est décédé le 19 septembre 1942 d’un « arrêt cardiaque » à Birkenau, deux mois après son arrivée au camp. A ce sujet citons ici Claudine Cardon Hamet dans le site des déportés politiques à Auschwitz : « Il convient de souligner que cent-quarante-sept autres 45000 ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 et qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. Il est plus que vraisemblable qu’ils aient été tous gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie ».
Après la guerre, le jeune frère de Maurice Basille, Jean Basille , rescapé de Buchenwald, a apporté son témoignage sur son frère arrêté dans la rafle du 22 octobre 1941. Jean Basille, jeune instituteur, avait été arrêté le 2 octobre 1941, jour de la rentrée scolaire, trois semaines avant son frère. Les policiers qui arrêtèrent Jean à Envermeu, au nord du département, lui dirent qu’ils recherchaient Maurice Basille son frère ainé. Les policiers semblaient confondre les deux hommes. En réalité, les frères Basille étaient surveillés par la Sûreté (depuis longtemps pour Maurice depuis peu pour Jean), comme le prouvent les archives policières de la Seine-Inférieure.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178418, notice BASILLE Maurice, Pierre, Charles par Jean-Paul Nicolas, version mise en ligne le 5 février 2016, dernière modification le 17 novembre 2020.

Par Jean-Paul Nicolas

Maurice Basille à son mariage
Maurice Basille à son mariage
Photo retrouvée à Auschwitz
Photo retrouvée à Auschwitz

SOURCES : Témoignage de Monique Phillipart fille de Maurice Basille. — AD de Seine-Maritime : état-civil ; registre matricule ; les arrêté(e)s de 40-44 : 51W410 ; témoignage sonore de Jean Basille 1983. — Claudine Cardon-Hamet, Les 45 000, mille otages pour Auschwitz. Le convoi du 6 juillet 1942, Éditions Graphein, 1997 ; site internet : déportés politiques à Auschwitz. — Notes de Claude Pennetier.

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