ZILBERBERG Esther dite Estoucha dite Juanita Lefevre en Espagne, Jeanne Lefebvre en France [version provisoire]

Par Claude Pennetier

Née officiellement 9 août 1910 à Kaliszn, en vérité en 1912 (Pologne, alors Russe), morte le 6 octobre 1994 à Malakoff (Hauts-de-Seine) ; médecin ; volontaire en Espagne républicaine, résistante, déportée, militante communiste de Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine).

Fille d’un ouvrier dentellier, talmudiste, nommé Zilberberg, et de Mathilda Arkusz, la famille d’Esther comptait cinq enfants qui furent élevés dans une relative pauvreté. En tant que fille, elle n’eut pas à aller à l’école juive traditionnelle. Esther Zilberger fréquenta le lycée tout en faisant des répétitions pour payer ses frais scolaires. Avec deux amies, elle quitta la Pologne pour Bruxelles et débuta des études de médecine d’abord à Liège qu’elle quitta ayant été licenciée de l’entreprise qui l’employait pour activité syndicale puis à l’Université libre de Bruxelles tout en travaillant.
Petite femme d’un mètre cinquante, déjà dotée d’un fort caractère, Esther Zilberberg s’engagea dans le soutien aux prisonniers politiques polonais ce qui la mit en contact avec les communistes. Elle participa à des manifestations antifascistes en 1935-1936. Ayant réussi ses examens de fin d’année de médecine, elle se proposa pour les services de santé en Espagne républicaine. Elle quitta Bruxelles le 8 août 1936 avec son ami, un étudiant juif polonais, Abram Gsotinski, qui mourra dans les premiers jours de combat près d’Irun.. À Paris, pris en charge par le Secours rouge, ils avaient participé à un grand rassemblement pour l’Espagne. Affecté au service sanitaire, elle fit l’apprentissage de la violence du combat à Durango au pays basque où elle fut légèrement blessée par balle. Elle séjourna ensuite à Bilbao et devint collaboratrice du journal Mujeres sous le nom de Juanita Lefevre. Juste avant l’évacuation de Bilbao elle travailla pour la radio en faisant un bulletin en français. Santander étant tombé le 26 août, Estoucha fut évacuée sur une péniche puis elle gagna Paris. Elle revint en Espagne, côté Catalogne, affectée au poste de traductrice interprète auprès des escadrilles soviétiques et se retrouva à la frontière française le 9 février 1939 où elle échappa à l’internement.
À Paris, des communistes polonais connus en Belgique, anciens d’Espagne, Régine et Arek Kowalski la logèrent. L’ULB (Université libre de Bruxelles) lui offrit une bourse d’étude pour reprendre son cursus à Bruxelles, elle devint alors interne en dermatologie.
Peu après l’entrée des troupes allemandes, elle quitta Bruxelles avec un groupe d’amis dont son compagnon Mouni (Jean Waysand), futur ingénieur. Ils aboutirent en Haute-Garonne où elle travailla dans un cabinet médical et fut en contact avec les communistes espagnols des camps d’internement. Les persécutions contre les étrangers et les consignes données par le Parti communiste provoquèrent leur retour à Bruxelles.
Le 30 avril 1941, elle donna naissance à un garçon prénommé Georges (Georges Waysand dont le père était Mouni (Jean Waysand. Le couple n’avait pas pu se marier pour se protéger. Ils entrèrent dans la Résistance. À la demande d’un émissaire de Paris, ils passèrent complètement dans la clandestinité en juin 1942.Mouni fut affecté aux problèmes techniques de la région Nord des FTPF. À Estoucha, on demanda de s’occuper d’un service de santé et de former des infirmières et d’assurer des liaisons. En septembre (Jean Waysand fut arrêté puis fusillé après condamnation le 15 décembre 1942 au Vert Galant.
Le 6 février 1943, Estoucha fut elle-même arrêtée par la Feldgendarmerie à Wawrin (ou à Lille), torturée, mise à l’isolement 97 jours et subit 26 interrogatoires. Elle connut la prison de Saint-Gilles dans la banlieue de Bruxelles puis en Allemagne, Essen et à Mesum, à Gross-Strehlitz puis au camp de Ravensbrück où elle fut affectée au block 32 réservé aux NN nacht und nebel (Nuit et brouillard), puis devant l’avance russe fut transférée à Mauthausen d’où elle fut libérée fin avril 1945. Elle revint par la Suisse, passa par Paris et elle gagna Lille.
Un docteur la convainquit de reprendre ses études de médecine à Bruxelles en laissant son enfant à une famille ouvrière résistante communiste de La Bassée (Nord) Jeanne et Fernand Deroubaix qui l’avait gardé pendant l’Occupation. Ayant obtenu son diplôme, elle demanda la nationalité française mais ne l’obtint qu’en 1950. Son premier emploi en France fut d’accompagner médicalement des mineurs polonais qui retournaient au pays. Elle plaça son fils, Georges dans une maison d’enfants de la Commission centrale de l’enfance (CCE), émanation de l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide (UJRE), organisation communiste juive créée par les communistes. Elle refusa la direction d’une clinique en Pologne et choisit d’habiter à Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine). Elle travailla comme administratrice guichetière d’un dispensaire rue de Paradis à Paris.
Le Parti communiste en fit ensuite une permanente communiste dans le secteur de la main d’œuvre immigrée, notamment polonaise, rédigeant le journal, prenant la parole dans les réunions publiques. En 1951, son domicile fut perquisitionné, une procédure de retrait de nationalité engagée sans aboutir en raison des protestations des milieux résistants. Elle se lia pendant plusieurs années avec Stanis Walschak, leader syndical polonais de Montceau-les-mines. En mars 1953, la mort de Staline la mit en pleurs et elle fut choquée par le portait du Petit père des peuples par Picasso dans les Lettres françaises, portrait qui abandonnait l’imagerie paternelle. En raison de la répression gouvernementale contre la presse communiste, elle dut, pour poursuivre son travail, changer d’employeurs officiels, le plus souvent des imprimeries où elle était déclarée comme traductrice correctrice.
Pour exercer en France comme médecin, il fallait que son diplôme belge soit transformé en diplôme français. En juillet 1955, elle soutint sa thèse sur "le saturnisme" à la faculté de médecine de Paris, vingt-cinq ans après avoir débuté ses études. En mars 1958, elle put ouvrir son cabinet dans un HLM de la Caisse des Dépôts et devint la première femme médecin de Malakoff. Puis la nouvelle municipalité communiste de Chatillon-sous-Bagneux, sous la direction de Lucien Bailleux, ayant ouvert un dispensaire dénommé Pierre Rouquès, elle en fut la responsable tout en gardant son cabinet de Malakoff ouvert à mi-temps. Elle donna un rôle aux médecins du Planning familial et à créa un service d’orthogénie, ce qui irrita des communistes conservateurs, mais elle eut le soutien du maire. Suite à une lettre anonyme (sans doute une jalousie professionnelle) envoyée à la police, disant qu’elle avait usurpé son titre de docteur, elle dut présenter ses diplômes pour faire valoir ses droits. Avec son fils étudiant, communiste lui-aussi, mais militant du courant "italien" de l’UEC, des désaccords politiques s’installèrent à partir de 1964, ils furent à leur comble lors l’état de siège proclamé par Jaruzelski le 13 décembre 1981.
Elle fit un séjour à Cuba, par la suite elle visita Ceylan et Bali. En 1986, elle se rendit en Espagne à l’occasion des 50 ans de la guerre civile.

Morte le 6 octobre 1994, Ester Zilberberg repose au cimetière de Malakoff. Son fils entreprit alors le grand récit qui devint en 1997 le livre Estoucha, ouvrage sensible, informé et de grande qualité littéraire qui connut un net succès et eut les honneurs de l’émission Apostrophe de Bernard Pivot.

Estoucha Zilberberg avait reçu la Croix de guerre 1939-1945 et la médaille de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178429, notice ZILBERBERG Esther dite Estoucha dite Juanita Lefevre en Espagne, Jeanne Lefebvre en France [version provisoire] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 mars 2016, dernière modification le 19 juillet 2020.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Georges Waysand, Estoucha, Denoël, 1997. — État civil.

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