BAUDRY Raymond, Henri

Par Jean-Paul Nicolas

Né le 26 janvier 1893 à Louvetot (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort en déportation le 29 septembre 1942 à Auschwitz ; ouvrier de la Raffinerie SFAR de Notre-Dame-de-Gravenchon (Port-Jérôme) ; militant syndical et communiste de Lillebonne (Seine-Inférieure, Seine-Maritime).

 Raymond Henri BAUDRY Matricule 45208
Raymond Henri BAUDRY Matricule 45208

Raymond Baudry était l’enfant naturel d’Angélique Baudry, née en 1873, couturière à Louvetot (canton de Caudebec-en-Caux). En 1902 Angélique Baudry épousa Gaston Delaroque, un voisin du quartier de l’Eglise. De ce mariage naquirent cinq enfants portant le nom de Delaroque : Gaston en 1903, Suzanne en 1905, Marthe en 1907, Raymonde en 1910 et Charlotte en 1912.
Après sa scolarité, Raymond Baudry fut initié à son premier métier, celui de boulanger qu’il exerça jusqu’à son appel sous les drapeaux le 27 novembre 1913 au 74e régiment d’infanterie. Au huitième mois de son service militaire survint la grande guerre à laquelle il participa dans un régiment d’infanterie.
Pendant la guerre 1914-1918 il fut fait prisonnier à Verdun le 1er février 1916 et passa deux ans et demi en captivité au Kriegsgefangenelager de Giessen (Gießen-Wieseneck, Hessen). Il fut libéré et rapatrié en France le 15 décembre 1918. Rentré en France, ses obligations militaires ne se terminèrent que le 3 septembre 1919.
De retour de la guerre, il revint habiter dans son village de Louvetot, dans la maison des Baudry où vivaient sa grand-mère et son oncle Félix. Sa mère, veuve de Gaston Delaroque, mort au feu en 1915, vivait dans la maison Delaroque, voisine des Baudry et y élevait les demi-sœurs et le demi-frère de Raymond. Il était en 1921 employé comme bûcheron avec son oncle Félix qui exerçait la même activité.
Puis, durant cinq ans, il fut employé à la Société Industrielle de Caudebec-en-Caux, cette société fabriquant des hydravions Latham sur les bords de la Seine. Classé affecté spécial en 1923 comme employé de cette Société, il fut rayé de cette affectation pour cause de départ de l’usine le 27 mars 1928.
Le 6 janvier 1933, Raymond Baudry, quarante ans, épousa à Lillebonne Louise, Marguerite Nicolle, une veuve de 52 ans, tisserande. Le couple habitait à Lillebonne au 92 rue Fontaine Bruyère, dans le quartier ouvrier de La Vallée, siège des usines textiles. Raymond indiqua, à l’occasion de son mariage, qu’il exerçait le métier de Cimentier.
Au début des années trente, les raffineries de pétrole de Port-Jérôme s’installèrent dans la région, proposant des emplois. II devint alors poseur de voies à la Standard Franco Américaine de Raffinage (SFAR), à Port-Jérôme Notre-Dame-de-Gravenchon vers 1934. Dans ce nouvel emploi il fut à nouveau « affecté spécial » à la raffinerie en cas de mobilisation : on tenait, par là, compte de sa situation d’ancien combattant.
En juin 1936, Raymond Baudry était un militant de la CGT de la SFAR, il participa à la grève aux côtés du leader Henri Messager. Un rapport de police ultérieur aux années trente, nous apprend qu’il était aussi adhérent à une cellule "Staline" et membre du comité de section communiste de Lillebonne. Après la guerre, sa veuve, décrivait l’activité de Raymond comme étant celle d’un permanent du Parti communiste à Lillebonne, juste avant 1939.
Dès la déclaration de guerre, Raymond Baudry fut rayé de son affectation spéciale (AS) en septembre 1939, comme de nombreux autres militants syndicaux et politiques dans le cadre de l’interdiction du Parti communiste sous le gouvernement Daladier. Cette radiation de l’AS nous indique que Raymond Baudry était bien, en 1939, toujours membre du personnel de la Standard et qu’ainsi, il n’avait pas été licencié lors de la grève générale du 30 novembre 1938 comme plusieurs autres syndicalistes de la Standard tels qu’Henri Messager et Félix Guégan.
Le 3 octobre 1939, à 47 ans, il fut mobilisé et reçut son affectation au 33e Régiment Régional de Travailleurs à Saint-Lô (Manche). Sérieusement blessé à la jambe à la suite d’une fracture ouverte pendant la « drôle de guerre », en décembre 1939, il fut réformé à Rouen au moment des débuts de l’attaque allemande par les Ardennes, le 16 mai 1940, et fut renvoyé dans ses foyers.
Rentré à Lillebonne, il assista à l’arrivée de la Wehrmarcht à Lillebonne et dans la raffinerie de Port-Jérôme sabordée en juin par les autorités françaises pour soustraire l’outil de raffinage et les stocks de pétrole aux occupants vainqueurs.
Raymond Baudry ne retrouva pas son poste à la raffinerie SFAR en raison de ces destructions et comme de nombreux ouvriers du raffinage se retrouva au chômage technique. On sait par les archives de police qu’il était chômeur en fin 1941 au moment de son arrestation.
Raymond Baudry fut arrêté dans le cadre d’une rafle en milieu communiste organisée dans tout le département de Seine-Inférieure les 21 et 22 octobre 1941. Deux cents militants le plus souvent fichés avant 1939 furent appréhendés par la police et la gendarmerie française au service direct des occupants. Des gendarmes arrêtèrent Raymond Baudry chez lui à 2 heures 45 à Lillebonne, on lit dans les écrits de la gendarmerie les mentions Marié, sans enfant. Rien à dire sur sa femme. L’intéressé était affilié au Parti communiste, cellule « Staline » et membre du comité de section de Lillebonne. Militant très actif et fervent. Auteur présumé de distribution de tracts communistes fin juillet 1941.
Interné au Front stalag 122 de Compiègne le 1er novembre 1941, il y reçut le numéro matricule 2291. Le 6 juillet 1942 il fit partie d’un convoi pour Auschwitz d’un millier de déportés politiques, convoi dit des 45000.
Raymond Baudry est mort à Auschwitz le 29 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz.
Plusieurs photos anthropométriques de détenus d’Auschwitz, sur plaques de verre, ayant été sauvées de la destruction, celle de Raymond Baudry parvint en France au tournant de l’an 2000 depuis le musée polonais d’Auschwitz. L’homme avait le matricule 45208, mais on n’était pas sûr qu’il s’agissait bien de Raymond Baudry. De plus sa situation familiale au sens de l’état-civil, masqua longtemps à l’enquêteur le fait qu’il avait eu quatre demi-sœurs et un demi-frère ne portant pas le même nom que lui (Delaroque). Ainsi, Il semblait ne pas avoir de famille. Il était de plus marié sans enfant ce qui ajoutait encore à son oubli quasi complet. La publication de sa photo de déporté et de sa biographie sur internet dans le site cité à « Sources », a permis en décembre 2012 d’identifier formellement Raymond Henri Baudry grâce à une photo fournie par Madame Sophie Gréaume, de Foulbec près d’Honfleur (Calvados), dont la grand-mère était Charlotte Delaroque, en photo en compagnie de son demi-frère Raymond Baudry durant les années trente.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article178538, notice BAUDRY Raymond, Henri par Jean-Paul Nicolas, version mise en ligne le 15 février 2016, dernière modification le 11 juin 2021.

Par Jean-Paul Nicolas

 Raymond Henri BAUDRY Matricule 45208
Raymond Henri BAUDRY Matricule 45208
Raymond Baudry et sa demi-soeur Charlotte Delaroque
Raymond Baudry et sa demi-soeur Charlotte Delaroque
Photo fournie par Sophie Gréaume, petite fille de Charlotte Delaroque. Cette image a confirmé, en 2012, que le déporté de la photo provenant d’Auschwitz était bien Raymond Baudry.

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime : état-civil ; registre matricule ; les arrêté(e)s de 40-44 : 51W410 ; étude des recensements de population de Louvetot 1906, 1911, 1921. — État civil Lillebonne .— DAVCC Caen. — Échanges d’informations avec le site des déportés politiques à Auschwitz, de Claudine et Pierre Cardon Hamet. — Remerciements à Sophie Gréaume pour l’iconographie de cette notice.

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